Le Royaume-désuni

À chaque fois que l’on parle d’Écosse dans les médias, je rigole. Car son premier ministre s’appelle Alex Salmond (presque comme salmon, ou saumon en anglais) et son adjointe Nicola Sturgeon (esturgeon). Au pays du saumon fumé, c’est génial – un peu comme si le président français s’appelait M Nicolas Camembert...
Mais voici que cette semaine on parlait beaucoup d'un truc beaucoup plus sérieux: l'union entre l'Écosse et l'Angleterre, et d'un possible divorce. Commençons par le commencement: savez-vous ce que c'est que la dévolution du pouvoir? C'est un transfert ou une délégation de pouvoir politique d'une entité à une autre. Dans le cas du Royaume-Uni, c’est le transfert du pouvoir de l’état central aux pouvoir régionaux d’Irlande du Nord, du Pays de Galle et d’Ecosse. Ce processus a commencé en 1997 avec l’élection de Tony Blair, dont l’une des promesses de campagne était de créer ou re-créer des insitutions pour l’Écosse et le Pays de Galles.
Le résultat aujourd’hui c’est que le Pays de Galles et l’Irlande ont chacun une Assemblée Nationale, et l’Écosse un parlement, fondé après plusieurs référendums. (De fait, le seul membre du Royaume-Uni sans parlement propre c’est l’Angleterre). Ils ont donc leurs propres lois, leurs propres ministres de la justice, finance ou agriculture, et même leur propres billets de banque pour certains. Westminster n’a pas cédé tous ses pouvoirs, et se réserve le droit de réguler le salaire minimum, l’aviation civile, les marchés financiers ou des droits de propriétés intellectuelles par example.
Le premier ministre écossais, Alex Salmond donc (on dit first minister, alors que Cameron est prime minister), est partisan d’une séparation de l’Écosse, selon lui l’étape suivante après la dévolution. Il a donc remis sur le tapis l'idée d'un référendum qui demanderai aux écossais de choisir leur camp: avec ou sans le UK. Salmond dit qu’il faut du temps pour débattre et prendre une décision sur un sujet aussi important, et souhaite l’organiser pour 2014 (accessoirement l’anniversaire de la bataille de Bannockburn, une victoire décisive de l’Écosse sur l’Angleterre).
Cameron l’a pris au mot et souhaite organiser un référendum le plus vite possible – il s’attend donc à ce que la majorité des Scottish refuse de se séparer. Après tout, cela fait des siècles (enfin depuis 1707 et les Acts of Union) qu’ils font leur petit bout de chemin ensemble. Selon les sondages, seul un tiers des Écossais seraient pour une séparation d’avec le Royaume-Uni. C’est pourquoi Salmond veut poser une seconde question durant le referendum (en gros, voulez-vous plus de dévolution et plus de pouvoir pour l’Écosse), ce que Cameron refuse. Pouvez-vous imaginer le drapeau Union Jack sans la croix bleue écossaise?
S’il est difficile d'imaginer le Pays de Galles (trop petit, pas assez de ressources) ou l’Irlande du Nord (un passé chargé pas encore réglé, le voisin du sud trop puissant) s’émanciper, il n’en est pas de même pour l’Écosse, qui a de nombreuses industries (whisky, tourisme, pêche. hi-tech, centres d'appel, etc), une longue histoire, et surtout... du pétrole et du gaz (sans parler du vent et de la marée pour les énergies renouvelables). Vous trouverez ici un petit résumé des dates importantes dans l’histoire des relations Anglo-écossaise, et là 12 problèmes/questions posée par le référendum.
Il semblerait que le processus de dévolution soit de plus en plus normal pour les habitants du UK. Selon un sondage Ipsos Mori de ce mois-ci, deux tiers des Britannique pensent que le Royaume-Uni n’existera plus dans deux décennies... Personnellement, je n’en suis pas si sûre... après tout, the more the merrier (plus on est de fous plus on ri)!
Terence Conran au Design Museum

Difficile de trouver une personnalité qui a plus changé le mode de vie des Anglais que Terence Conran, le créateur d’Habitat. Ce designer et entrepreneur touche-à-tout – meubles, décoration d’intérieur mais aussi cuisine, édition, graphisme, architecture, restauration et hôtellerie – fête ses 80 ans avec une exposition consacrée à sa longue carrière au Design Museum de Londres, une institution qu’il a d'ailleurs fondée dans les années 1980s. ‘The Way We Live Now’ (Comment Nous Vivons Aujourd’hui) retrace donc le parcours de Conran, né en 1931 à Kingston-upon-Thames, ainsi que son influence sur la vie de tous les jours en Angleterre, ses inspirations, ou ses projets autour du monde.
J’ai beaucoup aimé visionner les films d’archives, ou l’on voit des magasins Habitat au décor ultra-moderne, qui pourraient avoir été ouverts aujourd’hui, contrastant fortement avec les habits très datés des vendeurs et les vieilles bagnoles qui passent devant la vitrine. On comprend tout de suite à quel point Conran était en avance par rapport aux modes de l’époque. D’ailleurs il a ouvert ses propres magasins car personne ne voulait vendre ses produits, jugés trop différents...
J’ai aussi été étonnée par ses tapisseries et textiles, créés dans les années 1950s, alors qu’il quitte la Central School of Arts & Crafts pour travailler pour le Festival of Britain, l’architecte Dennis Lennon, et comme créateur de vitrines pour l’ancien grand magasin Simpson sur Picadilly.

Conran ne s’arrête pas aux textiles: il commence à produire des meubles et ouvre son premier restaurant, le Soup Kitchen, inspiré par les restos européens. On y trouve la deuxième machine à café Gaggia de Londres – c’est donc en partie grâce à Conran que les Anglais commencent à apprécier leur coffee.

Dans les Swinging 1960s, c’est l’explosion Habitat. Le premier magasin ouvre à Chelsea, avec les employés portant des uniformes créés par Mary Quant et des coupes de cheveux par Vidal Sassoon – le design devient chic et sexy. On y trouve des objets basés sur des formes simples et des matériaux naturels. Conran croit dur comme fer aux idées du Bauhaus et du mouvement Arts & Crafts: ‘a good design should be available to the whole community, not just to a few.’ (Le beau design devrait être accessible à tous, et pas juste à quelques élus).

On y trouve des meubles sortis de l’usine de Conran, ainsi que des plus petits objets venus d’Europe, des carafes à vin, des paniers... Des choses simples, sans prétentions, qui vendent un lifestyle mélangeant le pratique et le romantique. Il distribue aussi de très beaux catalogues qui font rêver les classes moyennes anglaises, bien avant ceux d’Ikea (Conran aurait même inventé le meuble en kit avant les Suédois).

Je ne m’étais pas rendue compte à quel point Conran avait aussi influencé les rues commerçantes anglaises – il a été derrière le succès de Heals, Next, British Home Stores and Mothercare (et apparemment, la ligne Habitat Basics connu un si grand succès au Japon que le grand magasin qui la vendait, Seibu, s’est empressé de créer sa propre version: Muji).
Mais son influence la plus surprenante à mes yeux c’est son travail dans la restauration. Ouvert en 1970, le Neal Street Restaurant, tenu par sa soeur Priscilla et son mari Antonio Carluccio, popularise la cuisine italienne. (Dans les années 1960s en Angleterre, il fallait aller à la pharmacie pour acheter de l’huile d’olive, utilisée pour déboucher les oreilles). Il ouvre ensuite toute une série de restaurants, les plus à la mode du pays, comme le Lutyens, le Bluebird café dans un ancien garage de la King’s Road, ou Quaglino’s, tellement cool que tous ces cendriers (Conran a créé des cendriers différents pour tous ses restos) se font voler par les clients qui veulent un souvenir de leur diner.

Aujourd’hui, Habitat n’existe plus vraiment en Angleterre, mais vous pouvez toujours faire un tour au Design Museum (Conran vient d'aider le musée qu'il a fondé en finançant son déménagement vers un lieu plus grand, prévu pour 2014, voir les détails du projet ici) ; acheter des livres de cuisine, de jardinage ou d’architecture publiés par Conran Octopus; faire du shopping au Conran Shop (situé dans la Michelin House de Fulham, à côté du fameux Bibendum); manger au restaurant Skylon dans le Royal Festival Hall; ou se meubler avec ses designs abordables pour M&S.

Et Conran n'a pas perdu la main: après avoir transformé le quartier de Shad Thames avec son musée, il a montré encore plus récemment ses talents de précurseur en ouvrant à Shoreditch, le Boundary, un hotel, restaurant, grill, café et épicerie avec 17 chambres au décor inspiré par des classiques du design. Cela va sans dire que c'est un grand succès; Shoreditch et sa Redchurch Street est devenu depuis le quartier le plus cool de la capitale.

> ‘The Way We Live Now’, £8, jusqu'au 4 mars 2012, Design Museum, 28 Shad Thames, London SE1 2YD (voir carte). Il a aussi un café sympa et une superbe boutique...
Mandchurian Legends

Cela ferait un beau titre pour un film de kung fu, mais Manchurian Legends, c'est en fait un restaurant de Chinatown. Je vous en parle aujourd'hui pour vous souhaiter 新年快乐! En effet c'est le nouvel an chinois, et Chinatown ce week-end était plus plein à craquer que le XiuShui market (là où on achète les faux Dior et Fred Perry) de Beijing. Il y a des lampions partout sur Gerrard Street pour souhaiter la bienvenue à l'année du Dragon (qui dansera pour les touristes le 29). Un dragon crache du feu, donc... j'ai choisi de vous parler d'un resto dont les plats hot hot hot vous feront cracher des flammes également... (oui, toutes les petites taches rouges sur le plat de brochettes ci-dessus, c'est bien du piment!)
Manchurian Legends, c'est le restaurant dont tout le monde parle ici, puisqu'il a ouvert il n'y a pas très longtemps et propose un décor et un menu plutôt original pour Chinatown. De dehors, rien de bien grandiose (remarquez quand même un gros signe pour la salle de karaoke, essentielle). L'intérieur est sympa, genre cantine rouge et noire inspirée peut-être un peu du Shanghai des années 1920...


On y sert un menu alléchant et déconcertant tout à la fois. Il s'agit de plat du Dongbei, la région du nord-est de la Chine (entre Beijing et la Sibérie). C'est le grand nord, et il y neige, gèle et fait très froid – d'où sans doute le besoin de petits plats biens chauds, avec chilli à gogo... On mange donc beaucoup de brochettes, de ragoûts, et de plats servis dans des poêles fumantes... Et on se désaltère avec du bubble tea, les jus/thés avec des boules de tapioca (plutôt de Taiwan mais bon c'est tellement bon...)

L'idée c'est de proposer des plats que l'on trouve sur les marchés du nord de la Chine. Il y a des raviolis chinois bien sûr, et toutes sortes de plats de nouilles – porc braisé et vermicelles par exemple. Les brochettes (il y en a aux crevettes, ainsi qu'au boeuf et cumin) viennent toutes avec une bonne dose de chilli flakes, mais sont délicieuses – 很好吃! . Les végétariens aimeront sans doute les racines de lotus au wok avec poivron (et ... vous l'avez deviné, piment rouge) ou le plat trois légumes.


Photo: Charlotte Hu
La cuisine Dongbei, je ne vais pas vous le cacher, se spécialise donc dans le piment mais aussi dans les tripes, coeur de poulet, gésier sautés, tête de poisson et langues de canards... (celles-ci ont d'ailleurs un petit os, et ne sont pas mauvaises du tout...) Ne vous inquiétez pas il y a aussi des options plus faciles, comme du poulet au gingembre... Enfin ce serait l'occasion d'essayer des plats authentiques que vous ne trouverez sans doute pas chez le chinois du quartier...

Et le mieux, c'est que les prix sont très très très abordables – la preuve, Time Out a même élu Manchurian Legends le Best Cheap Eat 2011 (le meilleur resto pas cher 2011; pensez donc à réserver une table si vous souhaiter y diner). Vous y pouvez festoyer pour £20 par personne, largement, et les portions sont généreuses (nous on a pas réussi à finir). N'oubliez pas, c'est un restaurant chinois, donc la meilleure façon d'y manger c'est de commander à la chinoise: des plats à partager tous ensemble en même temps.
Si le piment c'est pas votre truc, je vous recommande le restaurant Leong's Legends, juste à côté au 4 Macclesfield Street, W1D 6AX. Il appartient aux mêmes propriétaires, avec le même genre de décor et de prix, mais se spécialise plutôt dans des plats taiwanais – raviolis xiao long bao, aubergine sautée, ou crabe à l'ail (et bubble tea bien sûr!).
Je ne vous souhaite pas bon appétit, puisque cela ne se fait pas en Chine, où l'on se dépêche d'engloutir les bons petits plats le plus vite possible pour repartir aussi tôt! Bonne année quand même!
Drôles de fêtes

Mais qui est donc cet homme vert et feuillu? À quelle tribu étrange appartient-il? En fait, c'est un acteur de la Royal Shakespeare Company, qui joue le rôle du Holly Man, l'homme houx, pour le Twelfth Night Waissailing. Dans ce rituel très ancien ayant lieu à l'Épiphanie (6 janvier), le Holly Man wassail (de l'ancien anglais waes hael, be well), c'est-à-dire fait un toast aux gens et à la Tamise pour garantir une nouvelle année fertile...
Ce portrait fait partie du travail de la photographe Sara Hannant, qui s'est penchée sur les rituels et les fêtes traditionnelles au Royaume-Uni. Le résultat, intitulé Mummers, Maypoles and Milkmaids: A Journey through the English Ritual Year, est une série de photos (+ une expo et un livre) qui rappelle un peu celles des anthropologues partis au fin fond de l'Afrique tirer les portraits de danseurs masqués et grand marabouts... Sauf qu'ici, on est bien au 21ème siècle, au Royaume-Uni.
Voici quelques-une des autres photos étonnantes de Sara Hannant – et une petite explication des fêtes plus bizarres les unes que les autres...

Des membre de l'Ordre des Druides sur Primose Hill à Londres, où cela fait depuis 1792 qu'ils participent à une cérémonie marquant l'équinoxe d'automne.

Un nouveau festival sur le thème de l'environnement, inventé en 2004 à Carshalton en Surrey par le groupe de batteurs RumpleDrumskin. Chaque août, ils font revivre des coutumes anciennes qui célébraient la dernière récolte de maïs, à l'aide d'un personnage en paille géant et de leurs batteries bien sûr...

Le festival celtique de Beltane marque le début de la partie claire de l'année (c'est l'opposé exact de Samhain, ou Halloween). Ici la Pagan Pride Parade marche à travers Bloomsbury à Londres.

Les Britannia Coconut Dancers du Lancashire seraient inspiré des pirates Maures. Chaque dimanche de Pâques, accompagnés d'une fanfare, ils dansent dans les rues de Bacup en marquant le rythme en frappant avec des 'noix de coco', des disques en bois d'érable qu'ils portent dans leur paume, sur leurs genoux et à la ceinture...

Et enfin voici les Abbots Bromley Horn Dancers du Staffordshire, dont l'origine remonterait à la foire de la Saint Barthelmy en 1226. Chaque année, le lundi d'après le 4 septembre, six hommes-cerfs, des musiciens, un homme cheval, un archer, un bouffon et une jeune fille participent à une procession et à toutes sortes de danses, pour garantir une année fertile...
> L'exposition des photos de Sara Hannant est au Horniman Museum de Londres jusqu'au 5 septembre 2012. (c'est par ailleurs un musée très sympa qui plaît beaucoup aux enfants)
> Le livre Mummers, Maypoles and Milkmaids: A Journey through the English Ritual Year, £20, est publié par Merrell.
Pour des 'fêtes' plus traditionnelles, je vous renvoie à mon calendrier 2012... (auquel j'ai rajouté deux évènements, sur Heatherwick Studio et David Shrigley)
Carte postale de... Blackpool, Lancashire

Je trouve un charme certain aux endroits visités hors saison. Sans touristes, sans fioritures, ces villes désertées sont presque plus intéressantes qu’en plein été. Voici une petite carte postale de Blackpool, une station balnéaire du nord de l’Angleterre, que j’ai découverte un jour de janvier...
Blackpool
Avec sa mini-Tour Eiffel, sa plage longue de 11km, ses parcs d’attractions et jeux d’arcades, grands huit et néons, bars gays, théâtres resplendissants, et illuminations d’automne, Blackpool c’est un peu le Las Vegas/Atlantic City de l’Angleterre... un mélange de glamour et de glauque, de paillettes et d'empaillés... Grâce à son ambiance si particulière et ses nuits de folies, Blackpool a quand même été élue station balnéaire préférée des Anglais (devant Brighton, Whitby, Bournemouth and Scarborough). Pas mal pour une ville qui reste quasi-inconnue en dehors du Royaume-Uni...
Où donc?
Blackpool est située dans le Lancashire, dans le nord-ouest de l’Angleterre. C’est une station balnéaire sur la mer d’Irlande, située environ 40km au nord de Liverpool et 60km au nord de Manchester (voir carte). Vous pouvez vous y rendre en train de London Euston avec Virgin Train. Cela met environ 3h, avec souvent un changement à Preston, et coûte environ £80 aller-retour (sauf s’y on s’y prend très en avance ou très en retard bien sûr).
Son histoire
Blackpool apparaît véritablement sur la carte du UK à la fin du 18ème siècle, lorsque la mode est aux bains de mer. Blackpool attire les riches Anglais du nord, qui y viennent dans les années 1780s, puis les classes populaires (les travailleurs des usines de textile du Lancashire), qui viennent y passer leur semaine de congé annuel (les usines ferment chacune une semaine différente, comme ça Blackpool marche tout l'été) à partir des années 1840s, grâce à la nouvelle ligne de train.
Vers la fin du 19ème, Blackpool est un seaside resort en plein boom, avec jetées, diseuses de bonne aventure, fish and chips, théâtres et donkey rides (promenades en ânes sur la plage). C’est aussi une ville électrique: en 1879, Blackpool devient la première municipalité au monde à avoir un éclairage public électrique, et en 1885 on installe sur sa promenade l’un des premiers tramways électriques.

La promenade de Blackpool en 1898; un poster de 1910 par Wilton Williams; et un poster British Railways des années 1950s
Son heure de gloire survient entre 1900–1950, lorsque Blackpool devient la plus importante des destinations de vacances au Royaume-Uni (Selon des documents retrouvés après la guerre, Blackpool aurait échappé aux bombardements allemands car Hitler avait décidé d’en faire son lieu de villégiature une fois son invasion du UK réalisée...) Blackpool passe de 8 millions de visiteurs dans les années 1920, à 17 millions dans les années 1950s, lorsque le photographe Bert Hardy prend cette photo devenue classique... les Blackpool Belles de 1951:

Dans les années 1960s, la fermeture des usines textile et l’apparition des vols peu cher pour l’étranger font que Blackpool est délaissée par les touristes anglais qui lui préfèrent la Méditerrannée. Plus récemment, la ville a retrouvé un peu de son aplomb, en retapant la promenade du bord de mer, et rénovant la fameuse Blackpool tower. Une chapelle de mariage style Las Vegas a même ouvert ce mois-ci. Mais son charme un peu désuet reste intact, sa plage est toujours aussi belle, et sa réputation de party town très kitsch toujours d’actualité font que Blackpool est toujours appréciée par les Anglais pas snobs (environ 10 millions de visiteurs par an aujourd’hui) qui viennent y profiter de ses attractions pour une journée ou un weekend (beaucoup viennent pour des enterrements de vie de jeune fille ou de garçon)...
Qu'y faire?
Commencer par faire une balade au bord de la mer, sur la célèbre Promenade... en admirant les trams qui passent, et les sculptures modernes comme une boule disco géante et le Blackpool High Tide Organ, un orgue de mer...




Vous pouvez regarder les mouettes sur la mer d'Irlande:

Ou admirer les néons des magasins et attractions...



Et puis ensuite grimper sur la Blackpool Tower évidemment! Elle fut construite en 1894, après que le maire de la ville, John Bickerstaffe, soit revenu enchanté par la Tour Eiffel qu’il avait découverte à la Grande Exposition de 1889. Elle fait 158m de haut et offre des vues magnifiques sur la région. Par temps clair, on voit jusqu’à l’île de Man, les montagnes écossaises et les collines du Lake District. Par mauvais temps, l’horizon s’étale à l’infini dans un camaïeu de gris et de blanc. Ceux qui n'ont pas le vertige pourront s'aventurer sur son plancher de verre...
Au bas de la tour se niche le Tower Circus, ouvert en 1894. Les plus grandes troupes de cirque ont joué dans cette salle qui se vante d’avoir une scène se transformant en bassin/piscine, et permettant des finales à coup de ballets aquatiques et de fontaines dansantes (il ne resterait plus que quatre salles de ce type dans le monde). Le bâtiment abrite également le Dungeon (où vous pouvez prendre l'ascenseur pour l'enfer), Jungle Jims, un parc d'aventure pour les enfants, ainsi qu'une magnifique salle de danse, le Tower Ballroom:

Photo: Visit Lancashire
C'est ici que le célèbre Reginald Dixon jouait sur son orgue Wurlitzer des airs classiques comme 'Oh I do like to be beside the seaside' (ou voir une vidéo avec des vieilles cartes postales et la version du chanteur Mark Sheridan). Blackpool, c’est aussi la capitale du ballroom dancing (juste au cas où vous n'auriez jamais vu ça, c'est un peu Ken et Barbie vont au bal...), et la magnifique Tower Ballroom accueille de nombreuses compétitions et festivals (Blackpool Dance Festival). Y ont été tournés de nombreux épisodes de Strictly Come Dancing, une émission incroyablement populaire au UK...
Autres lieux d'entertainment magiques qui ont fait la réputation de Blackpool, la ville qui 'irradie le monde de plaisir': le Grand Theatre et les Winter Gardens qui comprennent six salles (Opera House, Pavilion Theatre, Empress Ballroom, Spanish Hall, Arena and Olympia) et quelques restaurants, et qui est en train d'être rénové...

Il y a aussi trois différents piers (ou jetées) à Blackpool. Sur le North pier, vous trouverez une belle entrée,


ainsi que des jeux d'arcades et des carousels...

Sur le Central Pier, plus de jeux, des auto-tamponneuses et une grande roue. Et sur le South Pier, une fête foraine – l'Adrenaline Zone – avec trampoline géant et grand huit... Le South Pier est situé juste en face de l'autre grande attraction de Blackpool: le Pleasure Beach Blackpool, le parc d’amusement le plus visité du pays: 11 grands huit, dont le Big One, l'Avalanche et le Wild Mouse (Souris Sauvage!), l'un des trois seuls grands huit en bois au monde...



Si vous aimez les néons qui brillent dans la nuit, faites un tour à Blackpool entre le 31 août – 4 novembre 2012. Chaque automne depuis 1879, la ville et surtout sa promenade du bord de mer s'illuminent avec des millions d'ampoules... cela s'appelle les Blackpool Illuminations. Un invité mystère (en 2010 c'était Robbie Williams) allume les lumières, dont l'électricité provient seulement de sources renouvelables (vent, hydro, déchetterie et biogaz).
Blackpool c'est aussi la capitale gay du Nord (Brighton est celle du sud) et il y a tout plein de radios, bars et hôtels gays – et ce depuis la deuxième guerre mondiale. Toutes les adresses de ces bars (comme Flying Handbag et Mardi Gras) sont sur le site Gayzout Network Blackpool...
Finalement, vous pouvez aussi vous promener à Stanley Park, où on peut faire du bateau sur le petit lac; ou visiter le Model Village, le Madame Tussaud's Waxworks, le Sandcastle Water Park (le plus grand parc aquatique du pays); et le SeaLifeCentre aquarium. Et si le ballroom dancing ce n'est pas votre truc, il y a aussi le Rebellion Punk Rock Festival début août.
Où manger?
Il y a des fish & chips à tout les coins de rues, bon appétit! Le plus anciens et le plus réputé c'est The Cottage, dans la banlieue de Marton. Sinon n'oubliez pas de vous casser les dents sur de Blackpool rock, un bâton de sucre à la menthe avec Blackpool écrit tout en travers du bonbon. C'est un souvenir traditionnel, en vente à côté des chapeaux Kiss me quick dans tous les magasins de souvenirs tacky de la ville.

Photo: Dusty Burrito, Flickriver
Apparemment, AJ Bistro sert des trucs british pas mal, et le Mandarin sur Clifton Street est un excellent chinois; il y aussi beaucoup de bon resto italiens très simples. Le meilleur glacier c'est Notarianni, cela fait plus de 70 ans qu'on y sert de délicieuses gelati et sundae. Et pour un brunch/lunch après une soirée au cabaret burlesque trans Funny Girls, essayez Toast – ils servent des english breakfasts.
Où dormir?

Et pour dormir, la ville est remplie de petits B&B pas chers, mais pas tous aussi chics que le Number One (voir la liste complète ici). Les meilleurs hôtels de la ville seraient le Kenley Hotel ; le Arthington
Edenfield Guest House... Le Guardian recommande aussi le Langtrys et les appartements The Beach House. Le plus vieux et le plus imposant des hôtels c'est le Imperial Hotel ouvert en 1867.
A Room for London

Amarré sur le toit du Queen Elizabeth hall au Southbank Centre, sur la rive sud de la Tamise, ce petit bateau s'appelle A Room for London et est le résultat d'une collaboration de Living Architecture (vous vous souvenez peut-être, je vous avais déjà parlé de leur Balancing barn), Artangel, de l'architecte David Kohn et de l'artiste Fiona Banner.
Surplombant en partie le vide, il a été perché tout là haut par une grue l'année dernière. Il a l'air d'être arrivé là par hasard, mais est en fait extrêmement bien placé, avec vue sur la rivière et le Waterloo Bridge, à côté du National Theatre et à quelques minutes à pied des plus grands musées de la capitale.
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Et il n'est pas là que pour décorer: c'est un bateau à louer, pour £300 la nuit pour deux personnes. Les chambres sont disponibles de juillet à décembre 2012 – pas mal comme crèche si vous êtes à Londres pendant les JO... Intéressés? Il vous faudra aller sur cette page, à 12h le jeudi 19 janvier, et croiser les doigts très fort. En effet, les nuits pendant la première partie de l'année, mises en vente l'année dernière, sont parties en 12 minutes seulement. Vous pouvez également gagner une nuit gratuite en proposant une idée de génie pour la capitale – plus de détails sur la compétition Ideas for London ici. (vous avez jusqu'en septembre 2012 pour vous creuser les méninges...)
Le bateau doit être un endroit merveilleux tard dans la nuit, lorsque ses habitants se sentiront sans doute seuls au monde dans une ville assoupie. Il contient deux lits simples qui peuvent se transformer en lit double grâce à un système de rails, une cuisine, une bibliothèque, un bureau, et une salle de bain avec vue sur Big Ben et le London Eye:
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Photos: presse, Charles Hosea
L'idée du bateau vient de l'écrivain Joseph Conrad, qui a navigua le fleuve Congo sur le bateau Roi des Belges à la fin du 19ème siècle, avant d'écrire le classique Au Coeur des Ténèbres. Sauf qu'ici à la place de la jungle africaine, les navigateurs en herbe font face à la jungle londonienne, et peuvent observer tranquillement les drôles de zigotos qui l'habitent ou la visitent.
A Room for London est aussi un projet culturel: chaque mois quelques nuits sont réservées à un artiste, écrivain ou musicien. Pour le moment, trois écrivains ont joué le jeu, et vous pourrez bientôt écouter tout ceci sur les site du programme, A London Address et Sounds from a Room. En attendant, une journaliste du Guardian, Liz Bird, a eu la chance de pouvoir dormir sur le bateau. Elle raconte dans cet article sa nuit, elle semble ravie... Le mieux dans cette histoire, c'est qu'en 2013, le bateau va sans doute voguer vers d'autres rives, et s'amarrer sur un autre bâtiment de la capitale...
2012, une année bien chargée

Si vous vivez à Londres, en 2012 vous aurez du pain sur la planche! JO obligent, toutes sortes de belles choses sont prévues cette année. Voici une liste des plus grands évènements de ces prochains mois (qui vous aidera peut-être aussi vous les touristes à choisir le bon moment pour venir faire un saut en Angleterre)... et ce n'est que la pointe de l'iceberg. À vos agendas!
JANVIER

ART David Hockney, A Bigger Picture – l'un des plus grands peintres britannique installe ses dessins iPads, ses films et ses paysages du Yorkshire à la Royal Academy (21 janvier – 8 avril)
ART & ARCHITECTURE Les papiers peint et broderies William Morris sont exposée à Two Temple Place ( – 29 janvier)
CINÉMA The Iron Lady, le film sur Margaret Thatcher, divise l'opinion
FÊTE Chinatown fête l'année du dragon avec tout le tintouin (23 janvier)
FÉVRIER
ART Lucian Freud – une rétrospective du portraitiste à la National Portrait Gallery (9 février – 27 mai)
MUSIQUE Le nouvel album de Paul McCartney sort le 6 février – est-ce qu'il sera fab ou bof?
CINÉMA L'adaptation au cinéma de la pièce The Woman in Black de Susan Hill: le premier rôle sur grand écran de Daniel Radcliffe post-Harry Potter (10 février)
LITTÉRATURE On fête les 200 ans de la naissance de Charles Dickens un peu partout... y compris au London Museum
ART L'artiste David Shrigley expose au Southbank Centre (1 février – 13 mai)
MARS
FÊTE Music Nation, un week-end gratuit au Barbican rempli d'art, de danse, de théâtre et film inspirés des histoires urbaines de Londres. (3 – 4 mars)
CINÉMA Ouverture du Harry Potter Studio Tour à Watford (31 mars)
FÊTE Les farfadets irlandais verts et leur Guinness sont de retour avec la St Patrick’s Day Parade sur Trafalgar Square, comme chaque année (13 mars)
EXPOSITION 'British Design 1948–2012: Innovation in the Modern Age', une célébration du design British, de la Mini à la minijupe, ouvre au V&A, avec plus de 300 objets (31 mars – 12 août)
AVRIL

THÉÂTRE Le 2012 World Shakespeare Festival permettra à 37 compagnies théâtrales du monde entier de jouer 37 pièces de Shakespeare dans leur langue – y compris en français (à partir du 23 avril )
ART Damien Hirst, l'artiste contemporain britannique connu pour ses tableaux à pois et son requin dans du formol, sera le sujet d'une rétrospective à la Tate Modern (4 avril - 9 septembre)
SPORT Des milliers de fondus parcourent la capitale pour le London Marathon (22 avril)
EXPOSITION Réouverture attendue du Cutty Sark, le bateau clipper de Greenwich, qui avait été ravagé par un incendie il y a quelques années (date à confirmer)
MAI
MUSIQUE Les Rolling Stones seraient prêts à faire une tournée – rumeur ou vérité?
DANCE Le célèbre chorégraphe Matthew Bourne (Swan Lake) fête les 25 ans de sa compagnie avec la première de La Belle au Bois Dormant (date à confirmer)
TÉLÉ Shakespeare est à l'honneur sur BBC2, avec des adaptations télé de Richard II, Henry IV et Henry V par de grand réalisateurs
MUSIQUE Le musicien Matthew Herbert, connu pour son électronique expérimentale, joue One Pig, une oeuvre basée sur les sons d'un petit cochon, de sa naissance à sa mort et au delà (!) au Southbank Centre (9 mai)
ARCHITECTURE Heatherwick Studios (ceux du UK Pavillion) au V&A (31 mai – 30 septembre)
JUIN

MUSIQUE Après Monkey: Journey to the West, le chanteur de Blur Damon Albarn a préparé un nouvel opéra, Doctor Dee, basé sur la vie du scientifique élisabéthain John Dee, racontée dans une BD d'Alan Moore (26 juin)
FÊTE C'est le Diamond Jubilee (2 – 5 juin): de la reine, qui fête donc ses 60 ans de règne. Il y aura toutes sortes de célébrations, dont le Jubilee Pageant (3 juin) avec une flottille d'une centaine de bateaux naviguant pavillons au vent sur la Tamise. Une parade et encore plus de célébrations sont attendues pour l'anniversaire de la reine, Trooping the Colour (16 juin).
SPORT Wimbledon – ah, les fraises, la crème... et le tennis (à partir du 11 juin)
MUSIQUE C'est la saison des festivals: Field Day et Lovebox à Victoria Park; et aussi le Isle of Wight festival
JUILLET
SPORT Euh je sais pas si vous êtes au courant, mais cette année il y a les JO à Londres (27 juillet – 12 août)
DANCE Pour Titian 2012, le Royal Ballet a demandé à sept grands chorégraphes, dont Wayne McGregor et Chirstopher Wheeldon, de créer trois spectacles inspirés par des tableaux de Titien (14 – 20 juillet)
LITTÉRATURE Sortie du livre très attendu du romancier acerbe Martin Amis, Lionel Asbo, sur le Royaume-Uni d'aujourd'hui (Jonathan Cape, 5 juillet)
FÊTE Londres accueillera la World Pride 2012 – il n'y a pas que les anneaux olympiques ici, mais aussi des drapeaux arc-en-ciel pour une parade haute en couleurs (7 juillet)
AOÛT

FÊTES C'est bien sûr le mois du Notting Hill Carnival, le plus grand street festival d'Europe (26-27 août); mais aussi de la London Mela, la fête indienne de Gunnersbury Park (19 août) et du Carnaval del Pueblo 2012 d'Amérique du Sud à Burgess Park (19 août)
SPORT C'est le tour des Paralympic Games (29 août – 9 septembre)
CINÉMA Sortie du dessin animé Brave de Pixar, les aventures d'une princesse rouquine écossaise... (17 août)
FÊTE Pour les assoiffés, il y a aussi le Great British Beer Festival à Olympia (7–11 août)
SEPTEMBRE
CINÉMA Sortie de Anna Karenina, de Joe Wright, avec Keira Knightley, Jude Law et Aaron Johnson (7 septembre)
TÉLÉ Titanic, la série, de Julian Fellowes (Downtown Abbey) est au programme sur ITV
FÊTES La Tamises est à l'honneur, avec le Thames Festival (8–9 septembre) et The Great River Race (15 septembre)
ARCHITECTURE Le Open House London vous ouvre les portes de nombreux bâtiments exceptionnels de la capitale et célèbre cette année ses 20 ans (22–23 septembre)
OCTOBRE

ART C'est le retour de la Frieze Art Fair à Regents Park, le beau monde de l'art contemporain se réunit et c'est l'occasion de voir de nouvelles oeuvres de grands artistes ou de se moquer des installations débiles qui prétendent être de l'art, selon ses préférences... (11–14 octobre)
CINÉMA Le London Film Festival ouvre ses portes, et les nouveaux films de Tim Burton, Londonien d'adoption, Frankenweenie (5 octobre) et le James Bond, Skyfall (26 octobre) de Sam Mendes avec Daniel Craig, sortent sur les écrans
ART Seduced by Art: Photography Past and Present à la National Gallery retrace l'histoire de la photographie, avec des images entre autres de Sam Taylor-Wood (31 octobre – 20 janvier)
MUSIQUE Le nouvel album de Muse serait prévu pour ce mois-ci...
NOVEMBRE
THÉÂTRE Première de Bridget Jones's Diary, The Musical, de Stephen Daldry (Billy Elliott) à la mise en scène et Lily Allen à la musique, avec Sheridan Smith dans le rôle star... ça promet!
FÊTES C'est le mois de Bonfire Night et de Diwali, la fête des lumière indienne
MUSIQUE Blue notes et cool cats au London Jazz Festival (9–18 novembre)
SALONS C'est vraiment la fête aux foires-expositions ce mois-ci, avec la Vintage Fashion Fair 2012 (11 novembre), TechWorld in London (14–15 novembre), Musicmania (17–18th novembre) et même Erotica 2012 (23–25 novembre)!
DÉCEMBRE
CINÉMA The Hobbit: An Unexpected Journey, le film de Peter Jackson avec Martin Freeman, basé sur le classique de JRR Tolkien sort sur les écrans le 14 Décembre
THÉÂTRE L'adaptation de War of the Worlds (La Guerre des Mondes) de H G Well par Jeff Wayne en grand show avec musique live et effets spéciaux arrive à Wembley (6 décembre) et au Millennium Dome (15 décembre)
FÊTE Comme d'habitude, les feux d'artifices sur la Tamise pour le 31 promettent d'être du grand spectacle...
De nombreux évènements ci-dessus font partie du London 2012 Festival, organisé en parallèle avec les Jeux Olympiques. Je vous conseille vivement de faire un petit tour sur leur site pour vous rendre compte – il y a plus de 300 évènements... Sinon le calendrier de Time Out est pas mal non plus... Et n'oubliez pas, vous pouvez imprimez mon Year Planner 2012 pour vous organiser en beauté...
Le parenting anglais

L'autre jour, je suis montée dans le bus et me suis assise en haut comme d'habitude. Devant moi, aux meilleures loges (les quatre places de devant avec la plus belle vue) il y avait deux enfants très sages et leur maman. Ils ne disaient pas grand chose, mais rigolaient en regardant ce qui se passait dans la rue. Je me suis dis: tiens, ils sont bien élevés ceux-là dis donc, ils ne sont pas en train ni de crier, ni de se taper dessus, ni de gueuler sur leur maman pour qu'elle leur donne des chips.
Puis ils se sont mis à chanter une comptine anglaise. Et avec de plus en plus d'entrain. Lorsque c'est devenu un peu trop fort, et avant même que je commence à ne plus apprécier leur concert, leur maman leur a dit: "Doucement les enfants, il ne faut pas déranger les autres passagers." Et là, j'ai enfin compris pourquoi ils étaient si sages: c'était une maman française et des petits frenchies! Ils ont continué à chantonner tout bas, tout gentiment.
Comme je n'ai pas d'enfant, je suis mal placée pour critiquer les pauvres mummy anglaises. Mais je ne m'en prive pas, parce que j'ai remarqué certaines différences flagrantes de parenting (un synonyme d'éducation en anglais). Les plus évidentes sont: les bébés sont beaucoup moins emmitouflés ici, même quand ils sortent dans leur poussette en hiver; et que l'on n'apprend pas aux enfants à rester à table, d'où de belles scènes de cirque dans les restos. D'un autre côté, bien plus positif, les enfants sont beaucoup plus libres d'être créatifs, et de laisser court à leur imagination; les parents sont plus relax.
Je vous en parle aujourd'hui car je suis tombée récemment sur cet article du Observer, qui m'a bien fait rigoler. Il s'intitule "Le fossé éducatif: comment les mères françaises préfèrent la claque ferme de l'autorité", et il est basé sur la sortie iminente du livre French Children Don't Throw Food (Les enfants français ne jettent pas la nourriture), un titre lui-même inspiré d'un autre livre, French Women Don't Get Fat (Les Françaises ne grossissent pas), dépeignant les Françaises comme plus élégantes et saines. S'ils savaient! En tout cas j'ai trouvé l'article très intéressant. Voici deux petits extraits pour vous tenter:
Passengers on the Eurostar can often identify a child's nationality without hearing them speak. You can more or less bet the one running up and down the carriage screaming his head off will not be French. (Les passagers de l'Eurostar peuvent souvent identifier la nationalité d'un enfant sans les avoir entendu parler. On peut plus ou moins parier que celui qui est en train de courir d'un bout à l'autre du wagon en criant a plein poumon ne sera pas Français.)
Ça suffit! (That's enough!) the single most effective weapon in the French parent's arsenal. Said loudly and curtly with the emphasis on the 'ça'. Usually follows an 'arrête!' (stop!). Nine times out of 10 it cuts short any arguments, whining or bad behaviour. (Ça suffit! c'est l'arme la plus efficace dans l'arsenal des parents français. Dit très fort et sèchement, en mettant l'accent sur le Ça. Suit souvent un 'arrête!' Neuf fois sur 10 cela résout bagarres, plaintes ou mauvais comportement.)
Évidemment ce ne sont que des généralités pas très sérieuses, mais il y du vrai là dedans!
Two Temple place

Le weekend dernier je suis allée faire un petit tour à Two Temple Place, un magnifique palais du 19ème qui vient juste de rouvrir au public après avoir été réservé pendant des années à des évènements VIP et réceptions privées. La maison vaut le détour: c’est une sorte de Disneyland Victorien, bâti pour le richissime Américain William Waldorf Astor, fondateur – entre autre – des hôtels Waldorf. Un palais qui a coûté plus de £250,000 – £25 millions d’aujourd’hui – à Astor en 1895. L’équivalent d’une maison d’oligarque russe ces temps-ci je suppose.
Situé au bord de la Tamise, le bâtiment a été conçu par l’architecte John Loughborough Pearson. Il est déjà impressionnant de l’extérieur, avec des grilles en fer forgé, une façade en pierre Portland sculptée, et même une girouette représentant le navire Santa Maria de Christophe Colomb.

Photos: presse, Mmbrooks, Didimendum
Mais c'est encore plus grandiose à l'intérieur, où chaque surface est faite d'un matériel précieux différent, sculpté ou orné par les artistes les plus doués du moment. Vous y trouverez toutes sortes de sculptures en acajou inspirées de grands personnages littéraires: dans le grand hall 12 personnages tiré du roman gothique Ivanhoe de Walter Scott; dans l’escalier monumental des personnages des Trois Mousquetaires de Dumas, le livre préféré d’Astor. Dans d’autres pièces ce sont les personnages de Shakespeare, ou des légendes du roi Arthur, qui sont alignées en frises sous les plafonds chargés.



Photo: presse, Urban Squirrel, Stiffleaf
Il y également de beaux vitraux, dont un plafond en verre coloré au dessus de l’escalier, et deux fenêtres kitsch représentant des montagnes suisses avec même un bateau avec un drapeau à la croix blanche naviguant sur un lac (la Suisse était la destination touristique à la mode à l’époque).

Photo: Victorianlondon
Tout ce luxe déplairait sans doute à William Morris, l'un des artistes anglais les plus important du 19ème et le fondateur du très influent mouvement Arts & Crafts (l'équivalent de l'art nouveau français), qui était socialiste et bien moins bling bling. Et pourtant c’est bien lui et son travail qui sont à l’honneur à Two Temple Place. En effet les propriétaires de la maison, l’organisation caritative The Bulldog Trust (il y une figurine de bouledogue sur la cheminée), ont décidé d’utiliser ce lieu pour y exposer gratuitement des oeuvres des musées du pays manquant de place ou étant en travaux.
Ils ont donc profité de la rénovation de la William Morris Gallery de Walthamstow, fermée jusqu’en juillet 2012, pour préparer cette première exposition: “William Morris: Story, Memory, Myth.” On peut y voir de nombreuses oeuvres de Morris, souvent basée sur des légendes anciennes, par example des illustrations pour les contes de Chaucer, les Saga scandinaves ou une tapisserie inspirée du Roman de la Rose, avec ces motifs floraux si détaillés qui ont fait le succès de ses fameux papiers peints.

C'est très beau, très fin, et très intéressant de voir les dessins et esquisses de Morris, puis le résultat brodé ou peint. J'ai ramené quelques cartes postales des oeuvres exposées: la déesse des pommes, Pomona (1885); papier peint Acanthus (1874); tissu Wandle (1884) et esquisse pour un textile d'ameublement Acanthus (1885):

Bref ce sont des dessins envoûtants, exposés dans un palais de conte de fée. Vous avez jusqu'à la fin du mois pour être enchanté par cette histoire londonienne...
> “William Morris: Story, Memory, Myth", entrée gratuite, jusqu'au 29 janvier 2012, Two Temple Place, WC2R 3BD (voir carte). Tel: 020 7836 3715. Ouvert lun-mer-jeu-ven-sam de 10h à 16h30; dimanche de 12h à 17h, fermé les mardis. Métro: Temple
Ab Fab

Sweetie darlings, Ab Fab est de retour! Enfin, était de retour sur les écrans ce Noël et j'ai juste eu le temps de voir ça en rentrant de vacances. Si vous habitez au UK, vous avez encore quatre jours pour voir l'épisode Job sur BBC iPlayer, dans lequel Patsie parle français... ("You want to sing. Like Marlene, like Piaf... Le petit filou") et Edina tente de faire chanter une star française... c'était très drôle, les filles n'ont pas perdu de leur panache...
Absolutely Fabulous ou Ab Fab est une série créée par Jennifer Saunders en 1992. C'est l'histoire d'Eddie (Jennifer Saunders), experte en relations publiques très riche, et de son amie Patsy (Joanne Lumley), ex-top model et journaliste de mode qui n'a rien avalé de solide depuis 1974, qui font tourner en bourrique Saffie (Julia Sawalha), la fille d'Edina, une intello à lunettes, à cause de leur débauche, stupidité et égoïsme. Cf cette scène ou Eddie rentre un tout petit peu bourrée d'un fashion show, ou Eddie et Patsy en vacances de ski...

S'ajoutent à ces trois personnages une assistante complètement givrée, Bubble, et une grand-mère à l'ouest. Le tout filmé pour la plupart du temps dans la cuisine de la maison d'Eddie à Holland Park. Tournant tout ce qui est à la mode (faux bronzage, séries télé, vêtements) ou dans l'actualité (le Royal wedding) en dérision, Ab Fab est tout de suite devenue une série culte, dans laquelle toutes sortes de stars viennent faire des apparitions. Il y a même une chanson des Pet Shop Boys...
Aujourd'hui Patsy et Edina sont de véritables héroines nationales, et leur retour pour ces deux émissions spéciales de Noël, pour célébrer les 20 ans de la série, ont beaucoup fait jaser. En ces temps moroses, tout le monde ici semble content de se replonger dans leur univers complètement déjanté...
Un troisième épisode est prévu pour cet été avant les JO, et un film est en route. Jennifer Saunders explique ainsi son idée pour le film: "We thought it would be hilarious if [Edina and Patsy] went to a party on an oligarch's yacht, got drunk, fell asleep and woke up in the middle of the ocean … Everyone else has left." (On a pensé que ce serait hilarant si Edina et Patsy allait à une fête d'un oligarque russe sur un yacht, se saoulaient la gueule, s'endormaient, et se réveillaient au milieu de l'océan. Tout le monde est parti.) Ça promet!
Stephen Lawrence

Tout le monde au Royaume-Uni connaît cette photo de Stephen Lawrence, un grand jeune homme qui adorait les maths, le dessin et la peinture, et qui voulait devenir architecte depuis tout petit. Un rêve coupé court brutalement: Stephen est mort à 19 ans, alors qu'il attendait le bus pour rentrer chez lui à Eltham, dans la banlieue sud-est de la capitale, tué par une bande de jeunes sans neurones et sans avenir.
Ce meurtre – le plus connu de tous les crimes racistes en Angleterre – a eu lieu le 22 avril 1993, et pourtant, c'est bien cette semaine que sa photo a refait surface sur la une de tous les journaux et sites internet britanniques. Pourquoi? Parce qu'il s'agit d'un des plus grands scandales judiciaires et policiers du pays. En effet, il a fallu aux autorités plus de 18 ans pour condamner les meurtriers. Et encore, ils n'ont réussi à emprisonner pour une vingtaine d'années que deux des cinq coupables, Gary Dobson et David Norris.
La raison de tels délais? L'incompétence, la corruption et le racisme de la police londonienne. Ce qui explique pourquoi tout le pays se passionne à présent pour cette affaire (la BBC présente ici les points principaux; Paris Match résume l'affaire en français). En 1996, un premier procès acquitte les meurtriers présumés; en 1997, le Daily Mail accuse publiquement les cinq meurtriers présumés en publiant leurs photos en une (aucun d'entre eux n'ose attaquer le journal en justice). En 1998, l'enquête Macpherson est rendue publique: elle accuse la Metropolitan Police de racisme institutionnel. Après moultes péripéties judiciaires, deux des cinq meurtriers passent enfin devant le juge en 2011 et sont donc reconnus coupables. Les trois autres devraient bientôt les rejoindre... L'opinion générale ici, c'est que les deux meurtriers aurait dû recevoir une peine plus longue, même s'ils étaient mineurs lors des faits.
Tout cela n'aurait pas eu lieu sans la persévérance des parents de Stephen, qui ont lutté toutes ces années contre le système et qui ont réussi à ce que leur fils ne meurre pas en vain, transformant leur tragédie personnelle en un problème de société compris de tous . Comme l'explique le journaliste Mark Easton ici, leur combat et leur dignité ont fait d'eux des héros aux yeux de beaucoup (voir le site de leur fondation).
Aujourd'hui, s'il existe des crétins racistes ici comme partout, la société britannique est bien plus tolérante et ouverte qu'il y a 20 ans – et ce peut-être en partie grâce à la réflexion générale déclenchée par ce meurtre. Tout n'est pas rose pour autant: en 2009, plus de 43,000 personnes (sur 60m d'habitants) ont été attaquées à cause de leur couleur de peau (et beaucoup de victimes avaient la peau blanche, le racisme n'étant pas l'apanage des white british mais aussi des jeunes d'origine pakistanaise ou indienne par exemple). La police non plus n'a toujours pas très bonne réputation ces temps-ci, entre les affaires de corruption et leur mauvaise gestion des émeutes de l'été dernier... déclanchée par le meurtre d'un gangster noir par des policiers.
Feeling toasty

Cet hiver la mode est aux bonnets et pantoufles toasty (douillet, bien au chaud). Et plus précisément aux animal hats, ces chapeaux en formes de têtes d'animaux. En tricot ou en fausse fourrure, peu importe tant qu'ils ont deux petites oreilles. Et attention, je ne vous parle pas de mode enfantine. Ce sont bien les grands (hommes ou femmes d'ailleurs) que l'on peut voir se promener dans la rue portant des chapeaux nounours, grenouille, hibou, pingouin ou panda. On en trouve sur tous les marchés, dans tous les magasins (et même dans défilé haute couture d'Anna Sui, Gucci et Givenchy)... Londres, c'est un vrai zoo pendant les soldes.

C'est une mode qui nous vient d'Amérique, ou la marque SpiritHoods fait fureur. Ici les pop stars comme Jessie J, Nicki Minaj, ou le designer Henry Holland, ont tous bien chaud sous leur chapeau. Les SpiritHoods viennent avec moufles incorporées. Ça donne un certain style, quoi... Apparemment cela se porte avec des mini jupes en Californie:

L'autre accessoire douillet que vous trouverez dans toutes les boutiques londoniennes en ce moment, c'est les slipper boots (pantoufles bottes). L'autre jour je me suis promenée dans les magasins de mon quartier, et tous sans exception proposaient au moins une sorte de ces pantoufles (j'en ai même reçu une paire pour Noël, et je confirme que cela tient bien chaud!):

Bref de quoi se sentir très cosy et très toasty!
Hit No 11: Cash and carry me home

On attaque 2012 en douceur avec cette chanson de Ghostpoet illustrant parfaitement à mon sens le blues de janvier. La fête est finie, et qui de mieux pour nous en parler qu'Obaro Ejimiw, 28 ans, "poète fantôme" londonien (originaire du Nigeria et de la Dominique via Coventry) se spécialisant dans le blues urbain. Cet héritier de The Streets, Massive Attack et Tricky a l'air à moitié endormi. Tel un somnambule il se promène avec ses poèmes à travers des scènes de la vie de tous les jours.
La première fois que je l'ai rencontré, c'est lorsque je suis tombée sur ce clip, Survive It, où il se balade en peignoir, une tasse de thé à la main (!), dans les rues de son quartier. Comme Cash and Carry Me Home, elle fait partie du premier album de Ghostpoet, Peanut Butter Blues and Melancholy Jam, sorti l'année dernière. Avec ses boucles minimalistes et envoûtantes, il mêle légèreté et appréhension, rythmes lents et paroles hypnotiques empruntés à la grande tradition britannique du trip-hop.
Cash and Carry Me Home est une chanson décrivant notre poète perdu et saoul après une grosse soirée. Il n'a qu'une envie – qu'on le ramène chez lui... Plus généralement, il cherche une sortie de secours à sa vie qui s'enlise. Mais je ne me fais pas trop de souci pour Ghostpoet... Le très beau clip est de Tim Brown.
Cash and carry me home, de Ghostpoet, 2011
The right distance, the right distance/ la bonne distance, la bonne distance
My hand grip whisky like a newborn child/
Ma main serre le whisky comme si c’était un nouveau né
Last night I must admit it got quite wild now/
Hier soir je dois l’admettre ce fut assez sauvage
Morning's approached and I wrestle with a headache/
Le matin s’est approché et je lutte avec un mal de tête
That was spawned in hell by the devil himself/
Qui fut créé en enfer par le diable lui-même
Now it's not quite clear/ Maintenant c’est pas très clair
But I wonder what shenanigans brought me here/
Mais je me demande quelles embrouilles m’ont amené ici
While I'm cryin' out loud and I'm feeling quite sorry for myself/
Pendant que je crie tout haut et que je m'apitoye sur mon sort
I need to check my health/ Je dois vérifier mon état de santé
Cause I ain't mashin' no one but myself/
Car je n’écrase personne d’autre que moi-même
I know we fuss and fight here a little bit/
Je sais que nous nous tracassons et nous battons ici un petit peu
I've had a couple drinks well a little bit/
J’ai descendu un ou deux verres, enfin un petit peu
I'm beggin' you/ Je t’en supplie
Just carry me home home home home home/
Porte moi juste jusqu’à la maison
I'm all on my own/ Je suis tout seul
Smashed up my phone/ J’ai cassé mon téléphone
Not sure of whereabouts/ Je ne sais pas trop où je suis
My mum kept on callin' me just tellin' me to sort it out, sort it out/
Ma maman ne fait que de m’appeler, me disant de tout arranger, tout arranger
Mum look, readin' books and takin' tests won't take away the pain in chest/
Maman écoute, lire des livres et passer des exams n’enlevera pas la douleur dans mon coeur
The aching limbs decide to vapor, sparked up your cigarette/
Mes membres douloureux décident de s’évaporer, étincelle de ta cigarette
Lookin' out the window at the world/
Regardant le monde par la fenêtre
I just ain't ready yet/ Je ne suis pas encore prêt
Such things just get me stressed/ Les choses comme ça cela me stresse
Grey hairs are springin' up and I'm startin' to shake a bit/
Des cheveux gris poussent, et je commence à trembler un petit peu
I've still got some whisky left, maybe I'll just take a sip/
Il me reste encore un peu de whisky, peut-être que je vais prendre just une gorgée
I know we fuss and fight here a little bit/
Je sais que nous nous tracassons et nous battons ici un petit peu
I've had a couple drinks well a little bit/
J’ai descendu un ou deux verres, enfin un petit peu
I'm beggin' you/ Je t’en supplie
Just carry me home home home home home/
Porte moi juste jusqu’à la maison
I'm all on my own/ Je suis tout seul
I've kinda lost my throne, I'm absent from the scene/
J’ai perdu mon trône en quelque sorte, je suis absent de la scène
I'm searchin' for a way in life, I'm lookin' for a theme/
Je cherche une voie dans la vie, I cherche un thème
A plan or a scheme, a road to a better place/
Un plan ou un projet, une route vers un endroit meilleur
I'm splashin' water on my face/ J’éclabousse mon visage
Wake up lazy bones, please just take me home/
Réveilles-toi feignant, s’il te plait ramène moi juste à la maison
I'm out of my comfort zone, the liquid's wearin' off/
Je suis en dehors de ma zone de confort, le liquide se dissipe
Now I just feel alone/ À présent je me sens juste tout seul
I know we fuss and fight here a little bit/
Je sais que nous nous tracassons et nous battons ici un petit peu
I've had a couple drinks well a little bit/
J’ai descendu un ou deux verres, enfin un petit peu
I'm beggin' you/ Je t’en supplie
Just carry me home home home home home/
Porte moi juste jusqu’à la maison
Joyeux Noël!

Puisque vous avez été sages cette année, je vous ai préparé un arbre de Noël décoré avec des Quality Streets et un petit cadeau: un calendrier 2012! Comme l'année dernière, les Bank holiday anglais sont en rouge, les jours fériés français en bleu. Nouveauté cette année: la période des Jeux Olympiques est en gris.
Enjoy... et dites moi si vous l'utilisez!

Le voici d'un peu plus près:

Vous trouverez un PDF haute-résolution par ici...
Merry Christmas & Happy New Year!
Londres Calling raccroche jusqu'en janvier 2011... A l'année prochaine! See you next year!
Les postcodes

Aujourd'hui je vais vous expliquer pourquoi le Père Noël fait très vite son boulot au Royaume-Uni. C'est parce qu'ici, les codes postaux sont très très très précis - au mètre près en fait. Les postal codes, que l'on appelle plus couramment postcodes, datent de 1959 (depuis 1857 à Londres) et sont composés de chiffres et de lettres (5 à 8). Ils sont si précis qu'ils permettent de savoir de quel côté d'une rue, et presque dans quelle maison on habite. Résultat de ce système très compliqué: il y environ 27.5 millions de postcodes différents dans le pays.
Un postcode anglais est composé de plusieurs parties. Prenons par exemple celui du magasin de jouets Hamleys, même si le Père Noël en connait certainement l'emplacement. Hamleys est situé à W1B 5BT. On peut décomposer le postcode comme ceci:
W1 : le code de district postal, dans ce cas West 1, Londres
B: l'un des centres de distribution du district postal W1
5BT: séparé de la première partie du postcode par un espace, ce code est réservé à une zone de distribution minuscule du centre B, d'une rue ou deux dans le centre de Londres.
Démonstration avec cette carte de Londres et ses zones postales (les mêmes qui sont indiquées sur les panneaux de rue), les lettres dans ce cas-ci symbolisant les directions (Nord, Sud Est, Centre Est etc). Dans les autres grandes villes du pays, les premières lettres du postcode sont en général les initiales de la ville (G pour Glasgow, B pour Birmingham, etc).

Si ensuite on se rapproche du sol avec une carte plus détaillée, on peut voir que les district E5, E8 et E9 (dans l'Est de Londres donc) sont subdivisés en plusieurs centres de distributions:

Si vous êtes fans de la Royal Mail, vous pouvez même afficher une carte du Greater London Postcodes Sector Map... (ça plairait au Père Noël, il y a beaucoup de rouge.)
Enfin grâce à Googlemaps, on peut parfois voir la zone exacte représentée par les trois derniers chiffres et lettres du postcodes (délimité par le cercle violet ci-dessous). J'ai tapé des postcodes au hasard, le deuxième par example c'est NW5 1TL...


Donner son postcode à quelqu'un c'est donc partager une information très précieuse... presque plus qu'un numéro de téléphone. Les postcodes ici permettent au sat nav/TomTom les voitures d'être extrêmement précis, aux assurances de vous faire payer plus cher si vous êtes du mauvais côté de la rue, et aux écoles d'accepter les enfants de manière très stricte (un gamin pourrait être accepté mais son voisin non). Les gangs de jeunes sont souvent basé sur leur postcodes, et gare à ceux qui se promènent dans le postcode ennemi... Il y a quelques années, les citoyens bourges de Windsor et Maidenhead ont demandé à changer de postcode: ils voulaient être WM, et non plus être associés aux pauvres de Slough (SL).
Certaines grandes organisations ont des codes postaux pour eux tous seuls: le Parlement c'est SW1A 0AA, Buckingham Palace c'est SW1A 1AA, et 10 Downing Street c'est SW1A 2AA. Beaucoup de banques ou de grandes entreprise aussi: la redevance télé (TV Licence) a un postcode finissant en TL (BS98 1TL), British Telecoms fini en BT bien sûr (DH98 1BT).
Bref vous pouvez être certains que Santa Claus trouvera très facilement votre cheminée (si vous avez été sages bien sûr).
Binge drinking

Les Britanniques adorent Noël, certes, mais ils adorent également picoler (cf ma party girl). Ou plutôt comme on dit ici, binge drink (boire le plus vite et le plus possible pour se bourrer la gueule méchamment). Et cela toute l'année bien sûr. La tendance s'accélère en décembre, à cause de toutes les fêtes de Noël – tis the season to drink and be merry, after all.
Les visiteurs du UK se promenant dans les rues de n'importe quelle grande ville du pays à la fermeture des clubs et des bars se retrouveront devant un spectacle assez incroyable. Parfois c'est drôle, les gens sont de bonne humeur, ils se font des blagues et se promènent déguisés en tout et n'importe quoi sans la moindre gène...

Ils papotent devant la queue du kebab...

Ou bien ils cherchent leurs frites...

Et se font des calins sur le trottoir:

Malheureusement, cela prend très souvent des tournures un peu plus sordides. Les filles s'évanouissent dans les bars, devenant ainsi vulnérables aux voleurs et aux violeurs, les mecs se frittent, se cassent la gueule pour des riens ou alors deviennent paralytiques, il y a du vomi et du pipi partout...
Les pauvres ambulanciers s'en prennent plein la figure, et ce chaque weekend de l'année. Lisez cette article du Guardian pour un compte rendu d'une soirée passée avec des ambulanciers – dans ce qu'ils appellent le booze bus (le bus à alcool) – dans le East End de Londres... Ou visitez la page du London Ambulance Service pour voir une vidéo, c'est très instructif. Vendredi dernier, par exemple, c'était Mad Friday, la soirée la plus chaude avant les fêtes, car période de pointe pour les fêtes de Noël des entreprises.


Toutes ces photos ont été prises par Maciej Dakowicz, un photographe polonais très doué basé à Cardiff. Il les a prises depuis 2010 aux alentours de la rue St Mary, pour l'un des ses projets, l'excellent Cardiff After Dark. Si vous passez par Cardiff, il y a ouvert une galerie, la Third Floor Gallery. Ses photos de binge drinkers ont beaucoup choqués les Britanniques, et ont fait la une de beaucoup de journaux du pays.
Le problème après une scéance de binge drinking, c'est qu'on a besoin de junk food à tout prix (sans parler du hangover le lendemain)...


Chaque pays à ses vices et ses problèmes. Au moins ce qui est bien au UK, c'est qu'ils font les choses à fond et à découvert... Pas de demi-mesures, que ce soit dans l'habillement ou la débauche...
Christmas time

Les British adooooorent Christmas. Il y a ici une véritable avalanche de petites traditions commerciales, populaires et culinaires autour de cette fête. La capitale est ensevelie sous les sapins et décorations de Noël – même les pubs ont leur propre Christmas tree ici. Voici une liste de quelques trucs en vrac qui sont typiquement Christmassy (Noëlleux – ils ont même un adjectif les petits malins)
• la pub John Lewis: chaque année pour Noël, la chaîne de grand magasins fait pleurer dans les chaumières avec sa pub de Noël tendre et émouvante – ou complètement niaiseuse, c'est selon. Voici celle de cette année – le grand jeu c'est deviner ce qu'il y a dans la boîte... (La musique, c'est une reprise de Please, Please Let Me Get What I Want des Smiths, tout un symbole: le groupe rebelle des années 1980s vend le rêve de la middle class)
• les Brussels sprouts: c'est en emménageant ici que j'ai appris que les choux de Bruxelles – accompagnement traditionnel de la dinde de Noël – poussaient sur de longues branches. Comment? Ben j'ai vu plusieurs personnes se promener dans la rue en décembre en tenant ceci (les branches font jusqu'à 120cm de long):

• les catalogues sofas: Comme partout, ici on sait que Noël approche quand on commence à recevoir des catalogues cadeaux dans la boîte aux lettres. Mais plus inhabituel, il arrive en force des catalogues de sofas. En cuir, en tissu, super mou, super classe, de toutes les couleurs, tous livrés à temps pour Noël. Apparemment, beaucoup d'Anglais s'offrent un canapé pour Noël. Pourquoi pas après tout... mais ça doit pas être facile à emballer.
• les Christmas crackers: Ce ne sont pas des cracquottes mais des petits pétards joliment emballés qui contiennent une couronne en papier, des blagues style carambar, et des petits cadeaux. Selon le prix, cela peut être des chocolats de chez Asda, ou des gourmettes en argent de chez Asprey. on les fait péter à table, en tenant chacun un bout – rien de tel pour mettre l'ambiance dans le Christmas lunch. On en trouve absolument partout partout partout.


• les Christmas carols: des gens en bonnets de père Noël chantent Jingle Bells, Silent Night, Christmas is Coming... à tous les coins de rues et dans tous les pubs, pour l'ambiance ou pour récolter de l'argent pour une organisation caritative.
• Port & stilton: Un truc traditionnel pour au déjeuner de Noël, c'est de finir avec un verre de porto, du stilton (fromage bleu très bon, vendu pour l'occasion dans un joli pot de porcelaine) et des crackers. Manger du bon fromage avec des crackers de toutes sortes, c'est super Christmassy. D'où les montagnes de biscuits for cheese, et autre cheese crackers selections dans les supermarchés:

• les Christmas hits: sur toutes les radios, dans tous les magasins, on entend les mêmes rengaines de Noël, de Santa Baby à Maria Carey en passant par Wham's Last Christmas (la vidéo est top, vraiment). Et en plus de ces classiques, il y a aussi les Christmas hits dont je vous avais parlé l'année dernière. Voici un Christmas song, voté "the best Christmas song ever" en 2004, cher au coeur des Londoniens. Il s'agit du Fairytale of New York des Pogues, un groupe de punk celtique de King's Cross:
• les Christmas jumpers: Immortalisé par Mr Darcy dans Bridget Jones, le Christmas jumper est passé du truc moche tricoté par Auntie Helen au truc moche porté de façon ironique (ou pas) par tout le monde dès le 1er décembre. Il y a même un site qui ne vend que des Christmas jumpers (j'aimerais pas voir leur chiffre d'affaire en août):

• la foule sur Oxford Street et la queue devant Hamleys, les lumières de Regent Street... et les gens qui boivent du vin chaud à Covent Garden...
• les films à la télé: En France il y a les Bronzés font du ski, ici Love Actually, The Sound of Music, It's a Wonderful Life, et the Snowman, c'est obligé. Et peut-être un conte de Noël de Dickens ou un Wallace & Gromit, pour couronner le tout...
- les Christmas wreaths: tous mes voisins ont sortis leurs belles couronnes de Noël...



... et leurs guirlandes lumineuses (oui c'est un père noël qui fait du vélo):

• Les ice rinks: c'est aussi la saison des patinoires en plein air...
• les Quality Streets: les boites de bonbons Quality Streets, Roses et Heroes qui s'empilent dans tous les magasins...
• et les minces pies aussi bien sûr.... (voir ma recette)

• the office Christmas party: la fête du boulot, où vous collègues se saoulent la gueule, draguent leurs secrétaires et se photocopient les fesses... Immortalisée par Ricky Gervais dans The Office.
• et le Christmas panto Le pantomime est un spectacle de Noël typique, basé sur des histoires comme Cendrillon, Aladin, Blanche Neige etc, avec des blagues concernant l'actualité politique et sociale et des personnages caricaturaux (y compris une méchante vieille femme (du genre mère de Blanche-Neige) jouée par un homme et un jeune homme vaillant et bon (du genre prince charmant) joué par une femme.

Tout ceci n'étant que la pointe de l'iceberg des choses Christmassy – je pourrais continuer des heures et des heures... Are you feeling Christmassy yet?
The Snowman

Chaque Noël à la télé anglaise on peut voir le même dessin animé: The Snowman. Ce grand classique de Christmas, c'est l'histoire d'un petit garçon qui fabrique un bonhomme de neige. Lorsque minuit sonne, le bonhomme devient vivant, et le petit l'invite chez lui avant de faire un tour en moto et de s'envoler pour une fête de bonshommes de neige et le pays du père Noël...
The Snowman, c'est d'abord un très beau livre de Raymond Briggs, datant de 1978:



Le livre à ensuite été adapté en dessin animé par Diane Jackson en 1982. Tout comme le livre, le dessin animé de 26 minutes est muet mais avec une musique originale de Howard Blake. Voici le début, qui commence avec le petit garçon devenu grand qui se souvient des ses aventures... Ici, c'est David Bowie qui présente le film!
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Mais la partie la plus connue du film, c'est quand le bonhomme s'envole avec le petit garçon, survolant le pays sous la neige, la ville de Brighton et son pavilion, et enfin s'aventurant dans un paysage arctique avec baleine bleue, iceberg, aurores boréales et pingouins. Le tout se déroule en chanson, Walking in the Air (la seule du dessin animé), chanté par un petit choriste de la cathédrale Saint Paul. Une séquence qui met obligatoirement la larme à l'oeil aux Anglais...
Enfin, The Snowman c'est aussi un spectacle, qui est donné chaque année depuis 1997 pour Noël au Peacock Theatre de Londres. Comme le livre et le film, c'est un show sans paroles – à part la fameuse chanson – mais avec des effets spéciaux sympa et de nouveaux personnages. On m'en a dit le plus grand bien, et les critiques de théâtre comme les enfants adorent. Si vous voulez y emmener vos mioches, c'est jusqu'au 8 janvier au Peacock Theatre, métro Holborn...
Idées cadeaux

L'année dernière, je vous avais conseillé de faire un petit tour dans les boutiques des musées londoniens pour trouver des beaux cadeaux de Noël. Cette année, je vous présente trois jeunes marques londoniennes, chacune avec un style bien trempé mais toutes très représentatives de ce qui plait aux Londoniens ces temps-ci:
Lisa Stickley – la mode vintage
Créée en 2003 par Lisa Stickley, une jeune diplômée du Royal College of Art basée dans le sud de Londres, cette marque se spécialise dans toutes sortes d'objets inspirés par l'esprit des années 1950s: sacs et portefeuilles à petites fleurs ou motifs abstraits, théières et tasses rétros, cartes de voeux, linge de maison à imprimé coloré ou tabliers bleu clair. Apparemment, Sarah Jessica Parker, Angelina Jolie et Kirsten Dunst sont fans.

En vente à Debenhams, Heal's, et les boutiques Lisa Stickley, en ligne ou à Clapham.
Lazy Oaf – la mode pop
Voici une marque pour ceux qui aiment leur T-shirt jaune pétant et leur bonnet avec des yeux. Créé par Gemma Shiel en 2001, Lazy Oaf a d'abord été un simple stand dans un marché du East End de Londres. Aujourd'hui c'est une marque que l'on retrouve un peu partout dans la capitale. Leur truc, c'est les pulls réversibles, les motifs pizza ou hamburger, les T-shirt graphiques et tout ce qui fera se retourner les gens dans la rue...

En vente à la boutique Lazy Oaf, 19 Foubert Place, près de Regent's Street et Carnaby Street.
Donna Wilson – la mode folk
La tricoteuse écossaise Donna Wilson est elle aussi diplômée du Royal College of Art et a également lancé sa marque en 2003. Elle s'est fait connaître avec ses petits monstres en tricot, fabriqués pour son projet de fin d'études, et aujourd'hui on voit souvent ses écharpes renard dans les rues de Londres. Elle vend maintenant des couvertures, petits hiboux, coussins, assiettes, peluches et kits à bricoler des monstres, tous fabriqués dans son atelier de Londres.

En vente à Heal's, John Lewis, ou Magma.
London, A Pilgrimage, de Gustave Doré

Au 19ème siècle, le plus célèbre des illustrateurs et graveurs européen était un Français, Gustave Doré. Un jeune artiste si doué que les maisons d'éditions britanniques, russes ou allemandes eurent vite fait de lui commander des centaines de dessins. À Londres, on lui demanda d'abord d'illustrer les écrits de Byron, ainsi que d'une bible en anglais. Celle-ci connu un énorme succès, qui permis à Doré d'avoir sa propre galerie d'art dans le centre de Londres. Mais surtout, son travail vint à l'attention d'un journaliste, Blanchard Jerrold, qui lui demanda en 1869 de travailler avec lui sur un portrait de la capitale.
Le contrat exigeait de Doré d'habiter à Londres trois mois par an, pendant cinq ans, pour travailler sur le projet – en échange, il reçu l'énorme somme de £10,000 par an. Le résultat est une série de 180 gravures, London: A Pilgrimage, publié en 1872. Un bestseller, il fut critiqué par de nombreuses personnalités pour sa représentation de la ville trop axée sur ses pauvres et ses taudis. Aujourd'hui, ce livre est considéré comme un de ses chefs-d'oeuvres, et c'est un véritable trésor pour les historiens comme pour les Londoniens. Il dresse un portrait de la capitale à un tournant de son histoire, en pleine industrialisation, avec une population passant du simple au double, alors qu'elle représentait le futur des villes du monde entier.
Certaines scènes sont dignes de l'enfer de Dante (également illustré par Doré), d'autres sont féeriques. Voici quelques unes de ces fameuses gravures, pour vous donner une idée. Tout d'abord, Big Ben, Westminster Bridge et une foule de bateaux à vapeurs sur la Tamise:

Ou encore les premiers métros, avec une foule de travailleurs se pressant pour embarquer:

London Bridge, vu de la rive sud, avec le Monument et la City à l'horizon:

Le travail dans les docks de Londres (vous pouvez encore voir les entrepôts à Shad Thames ou Wapping):

Ainsi qu'une fameuse illustration des maisons de briques en terrace typiquement anglaises:

On trouve des portraits de travailleurs de rue, comme les vendeuses de lavande et de fleurs; un homme sandwich, une vendeuse d'oranges, et un vendeur de papier attrape-mouches:



Les marins au travail à Greenwich:

Le marché aux poissons de Billingsgate, et un joueur d'orgue de barbarie:

Une rue marchande de Seven Dials, à Covent Garden, où il y avait déjà des vendeurs de chaussures:

Deux vues de la cathédrale Saint Paul:


L'intérieur d'un coffee house, les pubs de l'époque:

Les rues pauvres du East End:

Les riches au bal et au bord de l'eau


Et encore et toujours, les rues bondées, les embouteillages et la foule, partout:

> London, A Pilgrimage, par Blanchard Jerrold et Gustave Doré, réédité par Anthem en 2005.
Vous avez aimé Doré? Vous aimerez peut-être mon post sur Wolf Suschitzky...
