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Cette semaine au Royaume-Uni, on parle bien plus du temps que d'habitude. Bon d'accord, c'est presque impossible, puisqu'ici toute conversation débute avec une variation sur le thème: Oh, isn't it cold today? / Nice day, eh? D'habitude ce langage-météo agit comme un ice-breaker (brise-glace) et met tout le monde à l'aise. Mais cette semaine, on profite d'une avalanche de conversations météo cette fois-ci née d'un hiver exceptionnel plutôt que des politesses habituelles.

Voici une de mon île sous la neige prise le 7 janvier 2010 par le Terra satellite de la NASA:

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Hé oui, c'est l'hiver le plus froid depuis 1962: Londres est restée sous la neige quelque jours, des centaines d'écoles ont fermé, des familles sont restées sans eau ni chauffage, et la mer a même gelé au Dorset. Résultat: on a inventé un nouveau mot, les snowlidays (snow + holidays), très appréciées des pauvres gens forcés de rester chez eux à boire du mulled wine (vin chaud) et faire des snowmen (bonshommes de neige) au lieu d'aller au boulot.

Bien sur, tout le monde s'extasie sur le renouveau de community spirit causé par la météo extrême. Quelques flocons et ça y est tout le monde se parle, même les voisins s'ignorant depuis dix ans font connaissance sur les trottoirs gelés. On parle de beaucoup d'entraide et de solidarité – et celle-ci est aussi internationale: les Islandais nous ont même envoyé plein de gros pulls bien chauds. C'est l'idée de deux Islandais vivant à Manchester, surpris de voir combien le pays était désemparé et touchés par les Anglais désarmés face à ces quelques degrés de moins.

Dans les supermarchés, on achète des stock de conserves juste au cas où, et les ventes de sledges (luges) et wellies (les fameuses bottes en plastique Wellington) s'envolent. Les produits phares de ce Big Freeze: le sel de table et la litière pour chat, tout deux en rupture de stock dans la plupart des magasins. En l'absence de chaînes à neige et pelles, les Anglais couvrent leurs trottoirs et allées avec tout ce qu'ils trouvent – et apparemment, il n'y a pas plus efficace que la litière pour chat pour ne pas déraper en sortant de chez soi.

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Denton, près de Newcastle

 

On reste donc au chaud et on regarde la télé, ou l'on voit des reporters dans la neige jusqu'au cou tentant tant bien que mal de nous informer sans claquer des dents. Les journaux titrent en gros sur le phénomène "Frozen Britain", "Big Freeze" ou "Ice Land". Un de leur sujets préférés est de présenter les mineurs et gritters qui travaillent 24h/24 pour miner le sel recouvrir les routes de grit, avec une nostalgie certaine pour ces héros disparus, les mineurs de charbon des années 1980. Et comme pendant la guerre, on parle de rationner le gaz et le grit qui pourraient venir à manquer si le 'cold snap' persistait.

En attendant, les stations de ski écossaises font le plein, et tout le monde se donne des tips (trucs et astuces) pour construire les plus beaux igloos ou faire les plus beaux snow angels.