Falkland

La géographie absurde des anciennes colonies veut que même de tout petits bouts de territoires peuvent causer bien des soucis et attirer bien des convoitises. Cette semaine, ce n’est pas les grandes causes de l’Irlande du Nord ou du Tibet qui font parler d’elles, mais bien deux petites ‘drops in the ocean’, deux gouttes de terre perdues dans l’Atlantique Sud. Il s’agit des Falklands, 3,000 habitants, 750,000 moutons, 1 million de pingouins.

Et ce qui met les Falklands (c’est à dire les Malouines ou les Malvinas) au menu des querelles diplomatiques du jour, et met de l’huile sur le feu de l’ancien conflit entre le Royaume-Uni et l’Argentine, c’est bien sur le pétrole. Une société britannique commence cette semaine à forer à 100km au nord de l’île. Elle a remorqué une plate-forme pétrolière depuis l’Écosse – et oui, on ne recule devant rien pour un trésor potentiel de 60 milliards de barils d’or noir. Tout cela plaît moyennement au gouvernement argentin, qui tente de mettre des bâtons dans les proues des navires britanniques (dont beaucoup de bateaux de croisières transportant des touristes venus voir les pingouins) se dirigeant vers la capitale de l’île, Port Stanley.

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Port Stanley, capitale des Falklands

Tout cela donne une bonne excuse pour se pencher sur l’histoire fascinante de ces deux îles isolées, qui apparaissaient déjà sur les cartes espagnoles et hollandaises au début du 16eme siècle, et furent redécouvertes – inhabitées – en 1764 par Louis Antoine de Bougainville. Et si l’on considère que les îles et leurs trésors appartiennent à leur premiers habitants, le pétrole des Falklands doit donc revenir aux Bretons. Ce sont bien des marin-pêcheurs de St Malo (d’où le nom de l’île en français) qui se sont installés sur les deux bouts de rocher les premiers. Mais comme d’habitude, les questions de frontières et d’identité nationale sont bien plus compliquées.

C’est pourquoi, malgré la géographie (400km les séparent des côtes argentines, contre 8,000km du Royaume-Uni) et l’histoire (découvertes les Amérindiens, repérées par les Espagnols et les Hollandais, colonisées par des Bretons, abandonnées à l’Espagne par le Royaume-Uni en 1776, reprises par l’Empire Britannique en 1883) les Falklands sont bien l’un des 14 Territoires d’Outremer du Royaume-Uni – comme Gibraltar ou les Cayman Islands. Avec leur propre gouvernement, monnaie (la Falkland pound) et timbres, et surtout le plus haut niveau de vie d’Amérique du Sud.

Les 3,000 Falklanders n’ont jamais voté pour ou contre l’indépendance de leurs îles. On dit que la grande majorité étant d’origine britannique, il est évident que leurs votes ne seraient pas en faveur de l’Argentine. Mais ce qui fait surtout pencher la balance du côté du UK, c’est les énormes avantages économiques dont les îles bénéficient en restant liées à Londres et non à Buenos Aires.

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La fameuse Falklands War de 1982, causée par l’invasion des îles par la junte militaire argentine et gagnée par le UK de Margaret Thatcher, dura plus de deux mois et fit 649 victimes argentines et 255 britanniques. Elle ne divisa pas du tout les habitants. Leur gouvernement a encore rappelé l’année dernière que les îles voulaient rester British, thank you very much, et qu’elles considéraient les demandes argentines (tous les gouvernements argentins depuis 1883 ont répété que les îles leur appartenaient et qu’ils les récupéreraient un jour) comme une nouvelle forme de colonisation.

Les anciens colonisés (Nicaragua, Mexico, Venezuela) soutiennent l’Argentine, le Royaume-Uni ne cède pas le terrain, et tout ça va se retrouver sur la pile des dossiers du bureau de l’ONU plus tard cette semaine. Peut-être décideront-ils d’un référendum pour régler le problème en tout et pour tout.

Affaire à suivre.

MISE À JOUR 2013: Cristina Fernández de Kirchner, la présidente argentine, ne lâche pas l'affaire: en janvier 2013, elle écrit une lettre ouverte dans le Guardian au gouvernement de David Cameron, l'accusant de colonialisme. Le Sun, le tabloid le plus lu du Royaume-Uni, s'en mêle, alors qu'on ne lui avait rien demandé. Superbe coup publicitaire: il publie une réponse dans le Buenos Aires Herald, disant à Kirchner de battre les pattes! Certains Argentins décident de brûler des exemplaires du Sun pour marquer leur mécontentement. Quand aux Falklanders, ils attendent avec impatience le référendum prévu pour Mars 2013, avec lequel ils affirmeront sans doute leur souhait de rester britanniques...