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Le Turbine Hall de la Tate Modern, c'est un des endroits magiques de Londres. Vidé de ses turbines, l'immense hall de l'ancienne usine électrique (à présent le musée le plus visité de la capitale) s'est transformé en une véritable cathédrale contemporaine. Peu importe si l'espace, haut de cinq étages, est vide d'œuvres d'art ou rempli de visiteurs: cela vaut toujours la peine d'aller y jeter un coup d'œil.

Surtout en ce moment – non seulement vous pourrez admirer l'architecture de Gilbert Scott, mais vous aurez aussi l'occasion de voir Sunflower Seeds, une installation créée spécialement pour le hall de la Tate Modern par l'artiste chinois Ai Weiwei. De loin, on dirait une moquette grise, ou un bout de plage échoué. Mais en fait, l'œuvre consiste de 100 million de graines de tournesol en porcelaine, fabriquées une à une, et peintes à la main, par 1,600 artisans chinois de la ville de Jingdezhen, la capitale mondiale de la porcelaine depuis le Moyen Âge.

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Dean Nicholas pour Londonist

Les graines ont l'air plus vraies que nature, mais bizarrement, leur couleur blanche, et leur traits noirs, me rappellent aussi la calligraphie chinoise classique. J'aime également le contraste entre la rondeur et la petite taille des graines, et l'immense bâtiment carré qu'est la Tate. Ai Weiwei dit avoir essayé de peindre trois ou quatre graines lui-même, mais que 'none of them was any good' (aucune n'était réussie).

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Dean Nicholas pour Londonist

Ai Weiwei (le conseiller artistique sans qui le stade Olympique de Pékin n'aurait jamais vu le jour) est aussi un artiste conceptuel connu pour sa critique de la société chinoise et de sa politique – c'est un des ennemis numéro un dans son pays, ou il est constamment menacé (il s'est fait tabasser par la police lors d'une de ses enquêtes pour montrer la responsabilité des autorités lors du tremblement de terre du Sichuan en 2008). Du coup, ces graines font références à toutes sortes de choses, de la révolution culturelle, pendant laquelle Mao était comparé au soleil, et le peuple à des tournesols, au Made in China et aux traditions ancestrales qui se perdent.

Vous pouvez toucher, jouer avec, marcher ou vous allonger sur ces graines, qui font le même bruit qu'une plage de petits galets. Mais attention, vous n'êtes pas supposé vous remplir les poches – autrement il n'en restera plus en Mai prochain, lorsque l'expo se termine. Ai Weiwei dit: 'If I was in the audience I would definitely want to take a seed. But for the museum, it is a total work, and taking a seed would affect the work. Institutions have their own policies. But I know I would want to take a seed.' (Si j'étais un visiteur, j'aimerais sûrement prendre une graine. Mais pour le musée c'est une œuvre complète, et prendre une graine affecterait l'œuvre. Les institutions ont leur propres règles. Mais je sais que j'aimerais prendre une graine.)

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Je vous laisse avec des images des trois installations présentées dans le Turbine Hall les plus réussies de ces dernières années: les très populaires toboggans de Carsten Höller, un artiste allemand s'intéressant à la peur et le plaisir provoqué par une descente dans un toboggan (2007); l'énorme soleil d'Olafur Eliasson, un Danois voulant explorer l'importance de la météo pour les Anglais (2004); et la fissure de Doris Salcedo, une Colombienne qui plutôt que d'essayer de remplir le hall, décida de le marquer d'une grande cicatrice représentant toutes sortes de blessures (2008).

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> Sunflower Seeds, Tate Modern, 12 Octobre - Mai 2011. Gratuit. Métro Southwark, St Paul, London Bridge

> Une drôle de vidéo par Vernissage.tv montrant un troupeau de journalistes lâchés dans la Tate Modern...

> Une galerie de photos de l'installation et une interview et un profil dans le Guardian

AI WEIWEI – MISE À JOUR

Apparement la Tate a fermé l'expo au public jeudi 14, à cause du nuage de poussière de porcelaine que l'on pouvait apercevoir au-dessus de l'installation. Du coup les visiteurs ne peuvent que voir les graines de loin (depuis la passerelle qui traverse le Turbine Hall) et ne peuvent plus marcher sur l'installation. Lire l'article du Guardian.