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LE film du moment sur les écrans du UK c’est The King’s Speech. Le film, qui sort demain en France, a déjà récolté 12 nominations aux Oscars, 14 nominations aux BAFTA (l’équivalent britannique), et £20 millions de recette au box office. Un record pour un film à petit budget ($15 millions, alors que le coût d’un film hollywoodien moyen est d’à peu près $60 million) financé par le UK Film Council avec l’argent de la loterie nationale.

The King's Speech, c’est l'histoire de Bertie, le père de l'actuelle reine Élisabeth, qui est contraint de monter sur le trône (et de devenir le roi George VI) après l’abdication de son frère Edward VII, qui préfera se marier avec une Américaine divorcée (Wallis Simpson) que de rester roi. Mais voilà, Bertie bégaie – un gros problème quand son seul boulot c’est d’adresser de grands discours à son peuple. Grâce au soutien de sa femme et à un thérapeute du langage aux méthodes peu conventionnelles, Bertie réussira à surmonter son handicap pour pouvoir déclarer solennellement la guerre à Hitler – le fameux King's Speech du titre. Voici la bande annonce (attention elle est pas terrible, c'est une version accélérée du film):

A priori, une belle tranche d'histoire mais rien de bien transcendant. Alors, pourquoi tant de success?

D’abord, une équipe du tonnerre: des acteurs de renommée internationale, comme Colin Firth (le roi bègue), Guy Pearce (son frère aîné), Helena  Bonham Carter (sa femme), et Geoffrey Rush (son thérapeute); un très bon scénariste David Seidler (The King and I) et réalisateur Tom Hooper (série télé Elizabeth I); et une fine équipe de production: Eve Stewart (Vera Drake) aux décors, Jenny Beavan (Gosford Park) aux costumes, Danny Cohen (This is England) à la cinématographie, et Tariq Anwar (The Madness of King George) au montage.

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Mais aussi, le côté très anglais du film: tasse de thé à fleurs, reine à chapeau, Londres sous le fog; palais royaux; classes sociales rigides et aristos coincés. Plus le côté histoire vraie romancée, avec de grandes figures comme Churchill et une époque absolument cruciale pour l’histoire Royaume-Uni. Sans compter les grand thèmes universels comme l’idée de transformation de soi à tout prix, du type Pygmalion/My Fair Lady; amitié entre deux hommes que tout oppose; le choix entre devoir ou désir (représenté par les deux princes).

By the way, le film est critiqué par les anti-royalistes et certaines associations juives, car il ne mentionne pas le fait que le roi a longtemps penché pour un apaisement avec Hitler et voulu empêcher les Juifs de se réfugier au UK;  ainsi que par les historiens, car il présente Churchill comme soutenant Bertie, alors qu’il avait tout fait pour garder son frère aîné sur le trône.

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J’ai beaucoup aimé les acteurs et leurs personnages aux traits exagérés, à la limite de la caricature; les dialogues plein d’humour; et les réflexions sur le rôle de la famille royale et les bouleversements provoqués par l’arrivée des medias de masse comme la radio et la télévision. Mais de là à en faire mon film de l’année, ça non: j’ai beaucoup moins aimé les stéréotypes anglais à la chaîne, la fin trop sentimentale, et l’image du roi beaucoup trop positive à mon goût.

les critiques

The King's Speech proves there's fizzing life in old-school British period dramas – it's acted and directed with such sweep, verve, darting lightness. George VI's talking cure is gripping. [Le Discours d'un Roi prouve qu'il y a encore de l'avenir pour les films historiques classiques – le film est réalisé et joué avec une telle légereté. La guérison de Geoge VI est captivante] Peter Bradshaw, The Guardian

A sepia-toned Edwardian newsreel peopled with braying poshos on penny-farthings; a rank compendium of clichés. [Un vieux film Edwardian aux tons sépias peuplé d'aristos beuglant sur des vieilles bicyclettes; un ramassi de clichés moisis ] David Jenkins, Time Out

The King’s Speech is at times uplifting and at other times absurd. But if you are British, or even just an admirer of Britain, it is a deeply flattering film. No wonder that it is proving so roaringly popular. [Le Discours d'un Roi est par moment brillant et par moment absurde. Mais si vous êtes Anglais, ou juste anglophile, c'est un film extrêmement flatteur. Ce n'est pas surprenant qu'il soit si populaire.] Bagehot, The Economist

Yes, this is middlebrow, crowd-pleasing awards bait; but so well-executed, it’s all you can do to resist. It’s the crack cast that make it, though. [Oui, c'est un film grand-public, un appât à récompenses; mais il est si bien réalisé que c'est très difficile d'y résister. Ceci dit, ce sont les acteurs qui font le film.] Philip Kemp, Total Film

Enfin, je vous recommande la critique très intéressante de Jonathan Freedland (en anglais sur le Guardian, en français ici) qui explique le succès du film comme étant basé sur le moment historique de la résistance du UK contre Hitler et le fascisme, qu’il décrit comme le mythe fondateur du Royaume-Uni moderne.