Image_1 Image_4
Image_3 Image_2

Ces derniers temps au Royaume-Uni, le premier ministre et son gouvernement se sont pris quelques claques: la situation économique empire, les citoyens protestent contre les budgets cuts, gros plantage sur la vente des forêts, le scandale des écoutes du News of the World n'en finit plus... Mais le pire, c'est quand même la réponse du gouvernement face à la crise libyenne et les révolutions des pays arabes – ça ne vole pas vraiment plus haut qu'en France. Le résumé en quelques points:

1 En Tunisie

Après avoir ignoré la Tunisie pendant plus de 20 ans, le Royaume-Uni à été le premier pays à envoyer un représentant officiel après le départ de Ben Ali – le ministre des affaires étrangères, William Hague. Il a promis plus de $8 millions d'aide à la Tunisie et demandé au gouvernement intérim d'écouter les demandes de l'opposition. Difficile de voir dans cette visite plus qu'une tentative du UK de trouver un tout petit peu d'influence (et d'opportunités économiques) dans une région où le Royaume-Uni ne joue aucun rôle, et de faire un beau coup de communication. Ici, on dit que tout ça c'est juste du jaw-jaw (bla-bla), et que de toute façon personne n'écoute William Hague.

2 En Égypte

L'Égypte est une ancienne colonie britannique, il y a donc encore des liens très forts entre les deux pays. Par exemple, Tony Blair (le premier ministre qui a ignoré les 2 millions d'Anglais qui avaient manifesté contre sa politique en Iraq) passe souvent de belles vacances en famille à Sharm el-Sheik, dans une villa offerte par son ami Mubarak. Cette année Tony a du changer ses habitudes... Quand à David Cameron, il s'est lui aussi empressé de devenir le premier leader international à visiter Le Caire après la chute de Mubarak (décidemment!). Mais son petit discours sur l'importance de la démocracie et des droits de l'homme n'a pas vraiment été une grande réussite, car...

3 En Arabie Saoudite & au Bahrain

... Cameron était en fait en voyage d'affaires, organisé depuis belle lurette, avec les présidents de toutes les plus grandes compagnies d'armement britanniques. Le vrai but de ce voyage, c'était de refiler des avions de chasse, des balles en caoutchouc et des mitraillettes à de grandes démocraties comme l'Arabie Saoudite, le Qatar, Oman, le Kuwait et le Bahrain. Tiens d'ailleurs au Bahrain (un allié du UK depuis le début du 19ème siècle), les gaz lacrymogènes et balles utilisées contre les manifestants était sans doute d'origine britannique. Il y a aussi une énorme base militaire britannique, et le Royaume-Uni a tout intérêt à aider à maintenir le pouvoir en place.

4 En Libye

Les relations entre le Royaume-Uni et la Libye peuvent se résumer à l'attentat de Lockerbie, certainement commandité par Khaddafi pour se venger d'une attaque US sur Tripoli. Après avoir condamné à vie le responsable, Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi, ils l'ont libéré et renvoyé vers la Libye il y a quelques mois pour raison médicale: il est atteint d'un cancer et n'a plus quelques mois à vivre. Cette décision a fait scandale, et beaucoup soupçonnent ici que le UK aurait eu peur des représailles de Khaddafi si Megrahi était mort en prison, ou aurait marchandé cette libération contre des avantages en pétrole. BP gère de nombreux puits de pétrole en Libye.

Maintenant, ce dont on parle ici c'est de la nullité de la réaction du gouvernement face à la crise. On remarque que la Belgique, un pays sans gouvernement, a réussi à rapatrier tout ses ressortissants, alors que le UK patouille. Le Royaume-Uni a attendu le dernier moment pour conseiller aux Britanniques de quitter le pays, et plus d'une centaine d'Anglais est encore coincée dans des camps pétroliers dans le désert. On rigole aussi de voir que le bateau qui a rapatrié une centaine de Brits de Benghazi à Malte, le HMS Cumberland, est un des bateaux que le gouvernement allait mettre à la casse cette année pour économiser des sous. Et pendant que Cameron faisait sa tournée du Moyen-Orient, le vice-premier ministre Nick Clegg était en vacances de ski à Davos, et a dit à un journaliste qu'il avait oublié que c'était à lui de diriger le pays...

 

Pour résumer: Cameron et son gouvernement sont en train d'apprendre les limites de la diplomatie basée sur l'effet de communication, et le poids des actions face aux beaux discours. Ils se sont aperçus un peu tard que l'on ne peut pas faire de grandes tirades sur la démocratie dans un pays et refiler des bombes à un dictateur dans un autre, ni assurer la sécurité de ses ressortissants en faisant des économies. Ou comme on dit par ici, you can't have your cake and eat it (on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre)!


ET AUSSI... Si l'histoire des Big Fat Gypsy Wedding vous a interressé, lisez cet article du Guardian sur la vie difficile des femmes gypsy