Knowledge

En vous promenant à Londres, avez-vous déjà remarqué ces mecs à scooter avec une drôle de carte sur leur guidon? À première vue, on pourrait les prendre pour des courriers à la recherche de leurs prochaines livraisons. Sauf qu’ils ne transportent rien, ni boîte, ni grosse enveloppe; qu’ils ne portent pas d’uniforme; et qu’à l’époque des GPS et des emails, une carte imprimée c’est vraiment ringard.

En fait ce ne sont pas des delivery boys (livreurs) mais des Knowledge boys (or girls, mais c’est plus rare). Ils parcourent les rues de Londres à la recherche d’un trésor – ou plutôt d’un sésame: le Green Badge, c’est-à-dire le permis officiel qui permet de pouvoir conduire un black cab (taxi noir traditionnel) dans la capitale. Chacun des 24,000 chauffeurs de black cab de Londres a dû obtenir ce badge. Et pour cela, il faut réussir un test très très très compliqué, le Knowledge (le Savoir).

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Photo: JoSullivan59

Le Knowledge est apparu au milieu du 19ème siècle, alors que les Londoniens se plaignaient des chauffeurs de taxi qui n’avaient aucune idée où ils allaient. Les autorités décident alors d’instaurer un examen, the Knowledge of London, afin de tester les connaissances des futurs cabbies. Grâce à cela, la capitale se vante d’avoir les chauffeurs de taxi les plus savants – et les plus intelligents – du monde entier.

Car ce n’est pas n’importe quel test : pour passer le Knowledge, les apprentis cabbies doivent mémoriser plus de 25,000 rues (dans un rayon de 6 miles autour de Charing Cross), ainsi que l’emplacement de lieux importants, y compris hopitaux, gares, hôtels, parcs, restaurants, gendarmeries et théâtres (et même le nom de tous les théâtres de Shaftesbury Avenue, dans l’ordre). Les candidats au Green Badge doivent aussi apprendre 320 ‘runs’, ou itinéraires, qui sont rassemblés dans le guide officiel, le Blue Book. Et les mecs en scooters, ce sont des wannabe cabbies qui préparent un de ces runs, à l’aide d’une feuille sur laquelle est imprimée la carte du run et la liste des lieux à retenir.

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Photo: Lee Rud

Cela peut prendre plus de trois ans à préparer; un apprenti cabbie révise le Knowledge entre 15 et 30 heures par semaine (pas étonnant que les trois quart des candidats abandonnent). Et le test lui-même dure des mois, les candidats devant faire environ 12 Appearances, ou passages devant les examinateurs. Ceux-ci leurs demandent : comment aller de A à B (le plus rapidement possible, bien sûr)? Et le candidat doit répondre, sans regarder une carte, en récitant (‘call over’) le nom des rues qu’il prendrait, les carrefours qu’il passerait, et les lieux d’intérêt du parcours.

Par exemple, le premier itinéraire dans le Blue Book, qui restera à jamais gravé dans la mémoire de tout les cabbies, est ‘Manor House Station to Gibson Square’:

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Manor House
L Green Lanes
R Brownswood Road
L Blackstock Road
F Highbury Park
F Highbury Grove
R St. Pauls Road
L Compton Road
R Canonbury Place
F Canonbury Square
F Canonbury Lane
F Islington Park Street
L College Cross
R Barnsbury Street
L Milner Square
F Milner Place
Gibson Square

(L= left, R= right, F=forward tout droit)

 Vous pouvez tester vos connaissances sur le blog de Knowledge Boy.

Mais pourquoi un test aussi dur? Le but, c’est que le chauffeur sache décider du trajet instantanément, sans carte ou GPS, et surtout en tenant compte du trafic ou de la météo. Certain diraient que l’effort est disproportionné, un cabbie gagnant environ £25,000 par an. Mais par contre, il gagnerait aussi un cerveau plus gros : selon plusieurs études, les black cab drivers aurait un plus grand hypothalamus (la partie du cerveau associée à la mémoire) que la population moyenne.

Voilà maintenant, quand vous prenez le taxi à Londres, vous regarderez peut-être votre chauffeur d’un autre oeil.

PS Les cabbies connaissent beaucoup de rues, mais pas toutes – ce ne sont pas des robots non plus! Cela les aide beaucoup si vous dites quelque chose comme, j’aimerais aller à Machin Street, à côté de Chose Hospital, ou près de Bidule Avenue.