DiscoveryFrance

The Discovery of France est un livre essentiel pour tout ceux qui ont un pied de chaque côté de la Manche. C'est l'histoire de France vue par un Anglais de Manchester, l'historien francophile Graham Robb. Après quatre ans de recherches, et plus de 14,000 miles à vélo sur les routes de France, Robb nous livre un portrait étonnant d'un pays qu'on croyait pourtant connaître par cœur.

Auteur de superbes biographies de Balzac, Hugo et Rimbaud, Robb dresse le portrait de la France entre la révolution et la Première Guerre Mondiale, des années cruciales pour la construction du pays, qui passe d'un territoire morcelé, avec des milliers de cultures, des tribus sauvages et dialectes différents, à un état unifié, centralisé et 'civilisé'. Le livre contient de nombreuses anecdotes fascinantes, mais en voici quelques unes qui m'ont beaucoup plu:

Le cartographe assassiné
Pour créer la première carte de France complète et détaillée, l'astronome Jacques Cassini envoie des géomètres à travers le pays dans les années 1740. Ils sont chargés de rassembler toutes les données scientifiques nécessaires pour ce qui sera ensuite appelée la Carte de Cassini. Ces petits Parisiens traversent des contrées éloignées et sauvages, et font peur aux paysans avec leurs instruments bizarres. Robb raconte comment l'un d'entre eux se fera assassiner par les villageois du Mézenc, qui l'avaient pris pour un sorcier venu leur apporter le mauvais sort.

Les Cagots
Saviez-vous qu'il existait en France un peuple appelé les Cagots? Ils vivaient dans l'Ouest de la France: on les appelaient gahets en Gascogne, agotac dans le Pays Basque, cacous en Bretagne. Ils étaient traités un peu comme les intouchables en Inde, une espèce de sous-caste devant suivre de nombreuses règles. Par example, ils devaient entrer dans les églises par une petite porte à gauche de l'entrée; ils n'avaient pas le droit de marcher pieds-nu, ni de toucher le parapet d'un pont; ils ne payaient pas d'impôts car leur argent était considéré comme sale, et n'avaient le droit de travailler que comme charpentiers ou comme faiseurs de corde.

Les petits ramoneurs
Au 19ème siècle les gens parcouraient d'énormes distances pour trouver du travail. Et les enfants aussi. Par exemple, chaque année on voyait arriver dans les campagnes les "hirondelles d'hiver", des bandes d'enfants – certains avaient à peine six ans – marchant du Dauphiné, de la Savoie ou du Piémont jusqu'à Paris. Ils marchaient jusqu'à 80 kilomètres par jour, chantant pour se donner du courage... Les petits Savoyards, qui restaient en groupe originaires des mêmes villages (puisqu'ils ne comprenaient pas les autres langues parlées dans la capitale), étaient destinés à ramoner les cheminées parisiennes. Et s'ils survivaient assez longtemps en faisant ce travail dangereux, ils rentraient tous au pays pour se marier.

L'hiver
Pour la plupart des Français, il n'y avait que deux saisons: l'été et l'hiver. En été, c'était boulot boulot boulot: les travaux des champs ne laissaient aucun répit. Mais en hiver, c'était une autre histoire. Sans électricité ni chauffage, les paysans étaient nombreux à hiberner. Et ce n'est pas une métaphore. En hiver, les paysans bougeaient le moins possible pour ne pas avoir à trop manger et épuiser leurs réserves de nourriture avant le printemps, et passaient leurs journées au lit, serré comme des sardines pour avoir bien chaud.

Il y a bien d'autres anecdotes passionantes sur la vie sur les canaux, les milles et un dialectes, les légendes, les migrants, la géographie... Mais pour le moment, pas de traduction française de ce livre pourtant si essentiel pour comprendre "l'identité nationale".... BHL doit surement être en train de le pomper en ce moment même.

> The Discovery of France: A Historical Geography from the Revolution to the First World War, by Graham Robb, Picador, ISBN 0-393-05973-1