TraceyEmin

Voici encore une petite dose d'art, mais cette fois-ci je vais vous parler d'une artiste bien différente, Tracey Emin, qui est en ce moment le sujet de l'expo Love Is What You Want à la Hayward Gallery de Londres. Son truc, ce n'est pas les portraits mais plutôt les autoportraits, sous toutes les formes possibles. C'est une expo très intéressante qu'il vaut le coup de voir si vous aimez l'art contemporain.

D'abord, parce que Tracey Emin est une des artistes les plus connues de la scène britannique, grâce à ses oeuvres chocs, comme sa tente (couverte d'une liste de nom de tous les mecs avec qui elle à couché) et son lit sale (aucun des deux ne sont dans l'expo); grâce à sa grande gueule; et malgré ses apparitions genre Gainsbarre à la télé.

C'est aussi un point de vue féminin bienvenu dans un monde artistique très masculin... Une femme qui montre tout, ses avortements, ses tampons usagés, ses culottes sales. Une femme qui parle d'amour, de sexe, de peines de coeur. Une femme qui dévoile son intimité, ses photos de famille, ses failles, mais n'en paraît que plus forte.

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Emin fait de l'art comme d'autre font une thérapie, décrivant sa vie, ses histoires de coeur, ses émotions. Elle déballe tout, ses traumatismes comme ses joies sur des grandes couvertures ou dans des messages en néons. Voir son expo c'est donc un peu comme rentrer dans sa vie, lire son journal intime. Mais ce n'est pas voyeur ni auto-suffisant: au contraire, elle touche à des émotions et des expériences universelles ou presque.


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Photo: Giga Joule

Dans l'expo vous trouverez entre autre une salle de couvertures en appliqué, faites avec des bouts de tissus (draps d'hôtel etc) qu'Emin collectionne, et couvertes de ses fameux slogans qui vont droit au coeur (beaucoup avec des fautes d'orthographe), par exemple I do not expect to be a mother, but I do expect to die alone (je ne m'attends pas être une mère, mais je m'attends à mourir seule):

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Ainsi qu'une salle de néons, inspirés par les signes des restos et des hôtels de Margate, la ville du bord mer où elle a grandi:

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J'ai trouvé deux de ses films particulièrement beaux: "Why I never became a dancer" explique comment elle s'est enfuie en pleurs d'un concours de danse après que les garçons du coin l'aient traitée de trainée, et un autre où elle est à cheval sur un âne (les donkey rides sont une activité traditionnelle dans les stations balnéaires anglaises) comme une cowgirl sans peur, sur la chanson reggae Riding for a Fall de John Holt.

J'ai aussi beaucoup aimé ses dessins, et sa collections d'effets personnels et de lettres. Sur la terrasse de la galerie se cachent trois de ses sculptures, de minuscules objets trouvés coulés en bronze. Cela n'a l'air de rien, mais c'est touchant.

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Sad shower in New York, 1995

Emin est une vraie conteuse, ses mots choquent parfois mais sonnent toujours juste, et son histoire vaut la peine d'être écoutée.

> Tracey Emin: Love Is What You Want, jusqu'au 29 août, £12, Hayward Gallery, Southbank Centre (voir carte). Métro Waterloo ou Embankment.