The Wandle Trail, Wandsworth – Colliers Wood

Voici une idée de balade un peu différente: suivre le cours de la rivière Wandle de Wandsworth, où elle se jette dans la Tamise, à Colliers Wood, quelques 8 kilomètres en amont. C'est une promenade qui n'est pas du tout champêtre, ni particulièrement belle, mais c'est une façon très intéressante de visiter la ville et de voir ses dessous: des quartiers résidentiels peu connus, des zones industrielles, des petits bouts de nature sauvage perdu en plein milieu de la jungle urbaine. On l'a fait sans trop savoir à quoi s'attendre, mais on y a découvert tout plein de choses surprenantes, y compris de beaux parcs avec super terrains de jeu, des vieilles usines, une centrale électrique, quelques passages limite déchèterie/scène de crime, des pins et des saules pleureurs, des pêcheurs, des perruches, et tout plein de familles à vélo.
La Wandle, c'est une rivière où Lord Nelson est venu pêcher avant d'aller se battre Trafalgar, et ou de nombreux pêcheurs à la mouche s'excercaient du temps de la reine Victoria. Mais surtout, c'est une rivière utilisée au 17ème et 18ème siècle par toutes sortes d'industries, surtout des usines de tabac, cuire et de textile. Pendant l'ère victorienne, la Wandle était l'une des rivières les plus industrialisées, avec plus de 90 moulin à eau sur ses rives, et une eau si pure et vive qu'elle attirait les prestigieux imprimeurs William Morris et Arthur Liberty. Évidemment, le résultat de tout ça c'est que dans les années 1960, la Wandle était devenu un égout à ciel ouvert, au courant rouge ou bleu selon les teintures utilisées par les différentes usines...
Aujourd'hui, la Wandle est revenue de loin, et accueille de nouveau des poissons (truites, perches, anguilles) et canards; selon l'Environment Agency, c'est une des 10 most-improved (mieux améliorée) rivières du pays. Et les pêcheurs à la mouche y sont de retour:

Un pêcheur à Colliers Wood
Malheureusement, on y pêche aussi des motos, des caddies, des matelas, des noix de coco, des chaises en plastique, des vinyles, des skateboards et toute sorte de 'merveilles'. C'est le Wandle Trust qui s'en occupe, en organisant des clean-up days de temps en temps. Faites un tour sur leur site pour voir des photos de leurs trouvailles (et des oeufs de truites!).

La Wandle se jette dans la Tamise à Wandsworth
Cette idée de balade vous intrigue? Alors imprimez cette carte du Wandle Trail (notez qu'elle date d'il y a quelques années déjà) et prenez le train de Waterloo à Wandsworth (cela marche avec l'Oyster card, bien sûr). La balade prend tout un après-midi, donc je vous conseille de commencer par un déjeuner au Ship, LE pub de Wandsworth (il date de 1786 et est situé au bord de la Tamise), ou un café et un sandwich sur une terrasse de la très mignonne Old York Road (à The Pantry, par exemple).
En suivant l'itinéraire, vous tomberez tout d'abord sur le site de la Ram Brewery – le brasseur Young fut la dernière compagnie a quitté la Wandle en 2007. Depuis, la brasserie et son énorme cheminée attendent patiemment d'être transformée en un joli quartier avec boutiques, resto au bord de l'eau et appartements.

Ensuite, vous longerez le King George's Park, ses belles pelouses, ses terrains de foot et de lacrosse, et surtout ses énormes playgrounds pour enfants de tous âges (un normal, et un d'aventure):



L'occasion de regarder chez les gens, juste de l'autre côté de la rivière, que cela soit des maisons traditionnelles ou une ancienne usine (une tôlerie je crois) toute blanche:

Ensuite, on traverse la rivière à Earlsfield, et on passe devant le bien-nommé pub The Wandle (beer garden, jeux de société, petits plats et feu de cheminée):

Après quelques pas sur la rue principale d'Earlsfield, ses bus, ses restos, ses trains qui passent sur le viaduc, on est tout de suite dans des rues très résidentielles, avec un mélange typiquement londonien de maison en brique d'époque bien différentes:


Après avoir recroisé la rivière, on tombe sur un chemin de terre, et des vues sur un grand terrain d'allotments (petits jardins familiaux) de l'autre côté de la Wandle (où un jardinier à même utilisé des vieux panneaux d'agence immobilière pour se construire un resserre:

Ensuite, c'est la partie 'les dessous de la ville' qui commence: sur l'autre rive, on peut apercevoir des anciennes usines, et des choses que les citadins ne voient jamais vraiment à moins d'y travailler: des camions poubelles, un énorme tas de sel, et même une usine électrique...





Je dois dire qu'entendre les vibrations des transformateurs électriques est quelque chose d'assez fou (ainsi que de voir que les habitations sont construites si près que les voisins doivent entendre l'électricité depuis leurs balcons) – ça fait du bien parfois de se rappeler d'où vient le courant...


Les choses prennent un tour plus bucolique une fois passé le carrefour de Plough Lane et son magasin Top Tiles:

On y a vu un drôle de pont, des arbres en fleur et même un paraqueet:


Après s'est légèrement perdu dans le Wandle Meadow, nous avons traversé le Wandle Park (site de l'ancien Connolly's Leather Mill, fabriquant de cuir pour les Rolls Royce et les paquebots de luxe) pour arriver dans une grande rue, face à un énorme centre commercial Sainsbury's, M&S etc. C'est à cet endroit que l'amiral Nelson est venu pêcher (avant d'aller foutre une raclée aux Français), et que se trouvait l'ancienne usine de l'artiste William Morris, qui a d'ailleurs crée un motif appelé le Wandle...

Dommage qu'il ne reste plus rien de son atelier... Mais par contre, juste de l'autre côté de la route se trouve notre destination: le Merton Abbey Mills, l'ancienne fabrique de Arthur Liberty, le créateur du magnifique magasin Liberty et de ses fameux textiles. On peut y voir un ancien moulin, avec roue à aube qui tourne bien vite, de très beaux bâtiments arts & craft, dans lequel étaient imprimé les célèbres tissus; ainsi qu'un joli petit marché du weekend...

On a jeté un dernier coup d'oeil à la rivière avant le coucher du soleil:

Et puis on est allé au pub, le William Morris, très sympa!
La station de métro Colliers Wood (sur la Northern Line) est à 5-10 min à pied, de l'autre côté de la zone commerciale.
Apparemment, la deuxième partie de la balade, de Colliers Wood à Croydon, est plus jolie – je la ferai donc sûrement un de ces quatres!
The Tube

Que vous habitiez à Londres, ou que vous n’ayez pris qu’une fois dans votre vie son fameux tube, je vous conseille de regarder un excellent documentaire sur le métro londonien. Cela s’appelle The Tube, et ça passe les lundis soirs sur BBC2 (c’est disponible ici sur iPlayer – si vous n’êtes pas au UK, il vous faut une IP address anglaise ou Expatshield). Pour le moment, seul le premier épisode de cette série de 6 a été diffusée, mais ça promet!
L’idée, c’est de découvrir les coulisses du système de métro le plus ancien, le plus grand et le plus utilisé du monde, alors qu’on est en train de dépenser plus de 10 milliards pour améliorer l’infrastructure Victorienne et la mettre aux normes d'aujourd'hui. The Tube suit quelques-uns des 19,000 employés du London Underground, du PDG Howard Collins aux nettoyeurs de nuit, des conducteurs aux services de secours. Tous partagent leur perspective unique sur ce service et le public qui l'utilise au quotidien.

Dans le premier épisode, intitulé ‘Weekend’ (et visible sur iPlayer jusqu’au 2 avril) on suit les coulisses du tube du vendredi soir au lundi matin. Les points forts de ce premier documentaire sont nombreux et tiennent pour beaucoup dans la personnalité si sympathique de tous les employés interviewés; c'est aussi truffé d'infos intéressantes – saviez vous que 3 millions de personnes prenaient le tube chaque samedi?
Pour ce qui ne peuvent pas voir cette épisode, voici quelques scènes qui m’ont marquées:
- les images des mecs en costard le vendredi soir, qui se prennent des murs et s’endorment sur les quais du métro parce qu’ils ont passé trop de temps au pub. Une employée qui dit: ‘Ces gens là, c’est des leaders du monde de la finance, des docteurs. Et nous on se retrouve à les traiter comme des enfants pour être sûr qu’ils rentrent chez eux; on est comme des babysitters.’
- le mécanicien avec sa tête pleine de cambouis, qui passe sa nuit à tester et réparer les trains, et est toujours enchanté par son métier...
- la nettoyeuse blonde de King’s Cross, ancienne championne cycliste de l’Union Soviétique, qui se retrouve à nettoyer le vomi des fêtards tout les weekends, et qui explique dans un anglais presque parfait qu’elle est vraiment choquée par leur comportement. ‘Jamais, jamais ils ne s’excusent. Ils n’ont même pas honte.’
- les ingénieurs et ouvriers du service des travaux, et leur course contre la montre pour remplacer des rails vieux de 40 ans en moins de 2 jour et 2 nuits à Harrow on the Hill, surnommée Horror on the Hill. Leur travail est minuté au plus près, et calculé pour que rien n’empêche le premier train du lundi matin de passer.
- la scène la plus dramatique: quand le manager ultra-calme de Leicester Square – un vrai cirque le samedi soir, cette station – descend les escalators en courant pour rejoindre la victime d’une attaque. On s'aperçoit qu’elle a été jetée sur les rails du métro par un inconnu. L’horreur.
- les gens qui se sont endormis dans le métro et qui se retrouvent au terminus, ou le chef de station doit les réveiller. La meilleure technique apparemment, c’est de prendre leur sac. En général, même bourrés, ils suivent le sac hors du train...
- et enfin, les pigeons de Morden, qui n’en ont rien a foutre du faux hibou et des drôles de bruits style jeux vidéos sensés les faire fuir. Ils roupillent tranquillement dans la station – selon le manager, ils sont probablement sourds...
Bref, un excellent documentaire qui permet de se rendre compte de la merveille qu'est ce système et ses employés, que l'on prend facilement pour acquis. J’ai hâte de voir le prochain numéro demain soir!
La rhubarb pie

Qu'est-ce qui est rose fluo et qui vient du Yorkshire? Non, ce n'est pas une toile de David Hockney, mais la rhubarbe. Ou plutôt, la forced rhubarb, ou la rhubarbe 'forcée'. En Europe, on consomme plutôt la rhubarbe d'été. Mais au Royaume-Uni, la spécialité c'est la rhubarbe cultivée dans le noir en hiver, provenant de ce que l'on appelle le Triangle de Rhubarbe, entre Wakefield, Morley et Rothwell, dans le West Yorkshire donc (voir carte).
Originaire d'Asie, ce légume se plait beaucoup dans le climat froid et humide de cette région du UK, où on commence à le cultiver dans des forcing sheds (hangars à forcement) dans les années 1810s. Au sommet de sa gloire, à la fin du 19ème siècle, le Rhubarb Triangle produisait 90% de la rhubarbe d'hiver du monde entier. Ensuite, la seconde guerre mondiale et l'arrivée sur le marché de fruits plus exotiques l'ont fait passer de mode. Aujourd'hui, c'est une appellation d'origine contrôlée au même titre que le jambon de Parme ou le Roquefort, qui retrouve peu à peu les faveurs des Britanniques.
Les plants de rhubarbe passent deux ans dehors avant d'être replanté dans les hangars, où ils sont dans le noir total. L'énergie du soleil qu'ils ont emmagasiné se transforme en sucre, et la rhubarbe produite ainsi est plus tendre et plus rose que celle qui pousse à l'extérieur en été. On la récolte traditionnellement à la lumière des bougies de janvier à mars, et on dit que sa saveur est bien plus délicate, et plus sucrée que sa cousine d'été – d'ou son surnom de Champagne rhubarb... En plus, ce légume que l'on prend pour un fruit serait très bon pour la santé ( lire un article plus complet sur la Yorkshire rhubarb, en anglais).


Ici, on déguste la rhubarbe en sauce avec des plats salés, ainsi qu'en compote, tarte, ou crumble, toujours servis avec en accompagnement de la crème anglaise, ou custard. Rhubarb & custard, c'est un tandem classique de la gastronomie anglaise qui a des connotations un peu nostalgiques pour la plupart des Anglais. Servie en compote avec une cuillère de custard, c'est un 'nursery food' (plat pour bébé) typique. C'est aussi un parfum de bonbon classique, les rhubarb & custard, et le nom d'un dessin animé très connu des années 1970s, Roobarb & Custard, le chien vert et le chat rose... (Si vous n'en avez jamais goûté, commencez par acheter un rhubarb yoghurt à M&S.)
Comme on est en pleine saison de la forced rhubarb (ce weekend il y a même un festival à Wakefield!) je vous propose aujourd'hui ma recette de la rhubarb pie... La meilleure façon de la décrire, c'est de dire que c'est une sorte de version anglaise de la tarte au citron. Incorporant une pincée de gingembre, et servie avec de la crème anglaise, c'est un dessert qui allie acidité et onctuosité à la perfection. Bref, un super pudding en attendant le printemps...

Vous trouverez de la rhubarbe du Yorkshire sur les marchés et dans supermarchés comme Waitrose et Morrisons. Il n'y a plus que trois grands producteurs de rhubarbe dans le fameux Triangle (dont E Oldroyd & Sons, qui organise des visites guidées de sa ferme) donc il y en a aussi beaucoup qui vient de Hollande – elle n'est pas aussi bonne, bien sûr... Si vous préférez, vous pouvez également la préparer en crumble, il suffit de mélanger la compote de la recette ci-dessous avec le crumble de celle-ci...



RHUBARB PIE
Pour la pâte brisée
200g farine
100g beurre ramolli, coupé en petits cubes
2 cuillères à café de sucre glace
1 jaune d'oeuf
3 cuillères à soupe d'eau froide
Pour la compote
500g de rhubarbe
1 petite pomme verte
1 cuillère à soupe de gingembre frais rapé
115g de sucre en poudre
1 cuillère à soupe de jus d'orange
Pour servir
Un carton de custard (crème anglaise)
1. Préparez la pâte brisée en mettant la farine, le beurre, le sucre et le jaune d'oeuf dans un grand bol. Pétrissez rapidement et légèrement du bout des doigts pendant quelques minutes. Ensuite ajoutez une cuillère d'eau froide. Il en faut très peu pour permettre à la pâte de se lier. Rajouter le reste de l'eau froide si nécessaire pour obtenir une pâte lisse qui ne colle plus aux doigts. Former une boule, recouvrir de film plastique et mettre au frigo. Allumez le four à 180°C.
2. Coupez la rhubarbe en petits bouts de 3cm. Pelez la pomme et coupez la en petit cubes. Mettre ces fruits et le reste des ingrédients dans une casserole, et faire revenir à feu moyen pendant 5 minutes (la rhubarbe se ramolli très vite). Laissez refroidir.
3. Sortez la pâte brisée du frigo, et étalez-là sur du papier cuisson, posez-la sur votre moule à tarte et piquez avec une fourchette. Comme j'ai utilisé un petit moule de 20cm de diamètre, il me restait assez de pâte pour faire des petits croisillons sur le dessus de la tarte. Si vous aussi utilisez un petit moule et voulez faire pareil, préparez les croisillons en étalant le reste de la pâte, la découpant en bandes, et en les tissant une dessus, une dessous, sur du papier cuisson.
4. Versez la compote dans votre moule, en utilisant une cuillère percée, pour que la farce ne soit pas trop liquide. Bien répartir le tout. Ensuite retournez les croisillons de pâte sur le dessus d'un coup sec, enlevez le papier cuisson, et appuyez sur le bout des croissillons pour qu'ils soient bien collés à la pâte du dessous. Mettre au four pendant 20-30 minutes, jusqu'à ce que la pâte soit bien dorée.
3. Servir chaud ou froid, avec de la crème anglaise chaude. Enjoy!
David Hockney: A bigger picture

L'expo dont tout le monde parle en ce moment, c'est David Hockney: A Bigger Picture, qui a lieu à la Royal Academy sur Picadilly. J'ai été y faire un tour vendredi dernier, et c'était complètement bondé. D'ailleurs tous les tickets internet ont été vendus, et il faut donc aller sur place les acheter. L'expo est si populaire que le musée restera ouvert jusqu'à minuit chaque vendredi et samedi soir jusque début avril. Alors, que peut-il bien avoir dans ce musée qui attire tant les Brits?

Et bien il y a des toiles géantes, de toutes les couleurs, surtout très très vives, limite fluo. Il s'agit de paysages du Yorkshire, la terre natale du célèbre artiste David Hockney, qui peint depuis les années 1950s. Après un long exil à Los Angeles, où il a dessiné de nombreux palmiers, ainsi que le Grand Canyon (en orange fluo, bien sûr, on peut le voir dans l'expo), beaucoup d'hommes nus avec de belles fesses (il est gay) et son tableau le plus connu, A Bigger Splash (qui n'est pas dans l'expo)

Vous pouvez voir plus d'images de cette période de sa carrière sur ce blog. Hockney a également fait de magnifiques collages-photo comme celui-ci, aussi exposé à Londres:

De son séjour à LA il a gardé le goût des couleurs acides, des roses pétants, bleus de printemps et des oranges brûlants.

La plus grande partie de l'expo est donc consacrée à des paysages de campagne, de forêt, de tunnel de verdure et d'aubépines en fleur. C'est le Yorkshire comme vous ne l'avez jamais vu – un acid trip qui surprend au début, mais dans lequel on se laisse emporter peu à peu – et qui met de très bonne humeur, comme une bonne dose de soleil pendant une semaine grise. Les tableaux sont pour la plupart gigantesques, et composés de plusieurs toiles mises côte à côte. Voici comment Hockney les créée:

Je l'imagine bien en train de fumer ses clopes et sortir ses pinceaux à l'orée d'une forêt un petit matin d'automne... (Vous pouvez entendre le très cute accent Yorkshire de Hockney dans cette interview... )
Et voici un des très nombreux résultats:

C'est difficile d'imaginer l'effet que ces immenses tableaux ont en regardant ces petites photos. Mais vraiment, c'est comme plonger dans un grand bain de couleur. C'est vraiment magique de voir ces paysages changer selon les saisons, prenant parfois des allures de conte de fée, avec des chemins fuschia, des buissons en forme de lapin...
Une autre grande partie de l'expo est consacrée au travail de Hockney sur iPad. En effet, l'artiste a toujours été à l'avant-garde des nouvelles technologies, et n'a pas manqué d'exploiter ce nouveau média. Les murs d'une salle immense sont donc couverts de dessins fait par Hockney sur iPad avec l'app Brushes (le voir au travail dans cette vidéo), puis imprimé en grand format, comme ces deux là. Cela ne pourrait être qu'un gimmick, mais c'est vraiment super...

Il y a aussi une section avec des films qui est pas mal du tout. En tout cas c'est une très belle exposition, et malgré la foule, c'est possible d'y passer deux bonnes heures et d'en ressortir enchanté... En plus, la Royal Academy est un très beau building à deux pas de Picadilly et de Fortnum & Mason, pour les touristes qui me lisent...
> David Hockney, A Bigger Picture, jusqu'au 9 avril 2012, £14, Royal Academy, Burlington House, Piccadilly, London W1J 0BD (voir carte)
Tinker Tailor Soldier Spy

Le meilleur film britannique de l'année, c'est un spy movie sans courses de voiture improbables, sans scènes de cascade à n'en plus finir, et donc sans Agent 007. La semaine dernière à Londres ont eu lieu les BAFTAs (l'équivalent des Oscars au UK). Évidemment, c'est l'excellent The Artist qui a tout raflé, comme partout. Mais l'autre grand film de la soirée, c'était Tinker Tailor Soldier Spy, une adaptation d'un livre de John Le Carré (l'ancien espion dont les romans à succès sont devenus des classiques de la littérature anglaise) par le réalisateur suédois Tomas Alfredson, l'auteur de Let The Right One In (Morse).
Produit par les Français de Studio Canal, Tinker Tailor a été sélectionné dans 11 catégories aux BAFTAs, et a finalement gagné les prix du Meilleur Film Britannique et Meilleur Script d'une Adaptation (il est aussi sélectionné pour trois Oscars). Malgré son titre pas très inspiré en français, La Taupe, Tinker Tailor semble avoir fait recette en France comme en Angleterre. Si vous n'avez pas encore vu ce très beau film, en voici la bande-annonce:
Bon je vous préviens tout de suite, au début il faut s'accrocher. On est à Londres dans les années 1970s, c'est la guerre froide, et devant nous s'agitent tout plein d'espions du MI6, que des mecs assez posh bien sûr, puisqu'ils étaient tous recruté dans les public schools du pays. Ils se parlent en utilisant tout plein de jargon: le Circus, c'est les bureaux du MI6, les Babysitters, ce sont les gardes du corps, les Mothers, ce sont les secrétaires, et les Cousins, la CIA. La trame du film, c'est qu'il faut débusquer un agent double qui travaille pour les Russes, et est caché au plus haut sommet de la hiérarchie des services secrets de sa majesté.
Ce film est un who's who des stars du cinéma anglais: Control, le chef du service, est joué par John Hurt (Elephant Man), Smiley, le héros, par l'excellentissime Gary Oldman (JFK, Léon) et son allié le jeune espion Peter Guillam par Benedict Cumberbatch (Sherlock). Quant aux haut-gradés, ceux aux manettes du MI6, tous soupçonnés d'être la fameuse taupe du titre, ils sont incarnés par Colin Firth (The King's Speech), Toby Jones (Frost/Nixon) et Ciarán Hinds (There Will Be Blood). Le suédois David Dencik joue le quatrième suspect. Quant à Mark Strong (Kick Ass) et Tom Hardy (Inception), ils jouent les agents spéciaux envoyés en mission en Europe de l'East. Bref, un casting du tonnerre.



Le scénario de Bridget O'Connor et Peter Straughan est excellent. Le couple est parvenu à condenser un roman à l'intrigue très complexe en un puzzle qu'il nous faut reconstituer petit à petit, à l'aide de nombreux flashbacks de Smiley, qui tente de se rappeler ses échanges avec ses collègues pour trouver l'agent double. Seul un changement dans la couleur des montures de ses grosses lunettes nous aide à savoir dans quelle période on se trouve.
J'ai énormément aimé les très beaux costumes et décors parfaits, avec murs oranges et bruns, salles pleines de poussière, chaises en plastique coloré, vieilles radios, et des vues romantiques d'Istanbul et Budapest. C'est une très belle immersion dans les années 1970s. (Les couleurs et l'ambiance de la guerre froide rappellent beaucoup le très beau film allemand La Vie des Autres.) La scène de la fête de Noël dans les bureaux du Cirque, et de l'atmosphère qui régnait dans ses bureaux si secrets (selon Le Carré, ils se faisaient souvent réprimander par la police pour tapage nocturne lors de ces soirées de fin d'année), avec les agents chantant L'Internationale en russe, est excellente.



Et finalement, un mot aussi sur la réalisation: avec des plans décadrés et des jeux d'ombre et de lumière, Alfredson parvient a créer une atmosphère mystérieuse, désorientant le public qui comme Smiley tente de trouver la taupe dans ce labyrinthe qu'est le MI6. On voit des bouts de gestes, l'arrière de la tête des personnages, des scènes entières à travers des fenêtres et des angles bizarres – et on s'y croit vraiment. Et en plus, on ne voit jamais l'ennemi no 1 russe, ni la femme de Smiley. Un film à énigme, un vrai...

En tout cas, cela m'a donné envie de lire le livre et de regarder la minisérie de la BBC sur Tinker Tailor, qui date de la fin des années 1970s et qui a été très appréciée ici. Et Si vous ne connaissez pas l'oeuvre de John Le Carré, lisez le superbe The Constant Gardener (La Constance du Jardinier). Le film tiré de ce roman est également excellent...
London vs Paris

Voici ma série Londres vs Paris, inspirée du très beau blog Paris vs New York. Merci à tous (et Clairette et Ornella) pour vos belles idées! Alors, Londres vs Paris – qui gagne le match de la plus belle ville au monde selon vous?





































Et un dernier just for fun:

La (mal)bouffe anglaise...

Photo: Adrian Burke/moodboard/Corbis
La bouffe en Angleterre a toujours très mauvaise réputation en Europe, surtout chez ceux qui n’ont pas mis les pieds sur cette île depuis les années 1970s. Et pourtant, les choses ont bien changé depuis! Personnellement, je pense que l’on peut manger mieux à Londres que partout ailleurs dans le monde (un avis partagé par Joël Robuchon, quand même).
Et au niveau des clichés, Le Monde a également du progrès à faire: cet article récent sur la cuisine anglaise 'presque' bonne ne fait que confirmer les idées que les Anglais ont des Frenchies: ils sont arrogants et condescendants. En plus, le journal fait semblant de découvrir une nouvelle tendance qui est en fait vieille de 20 ans (les émissions culinaires à succès existent depuis les années 1990s) et prétend que les Anglais n'aimaient pas manger après la deuxième guerre mondiale – alors que comme toute l'Europe, ils crevaient de faim et utilisaient leurs carnets de rations...
Voici une opinion anglaise pour équilibrer le débat: un petit article paru le mois dernier, ‘Food in Britain: better than we think’ (La nourriture en Grande-Bretagne: mieux que ce que l’on pense), du journaliste James Ramsdem du Guardian. Voilà quelques morceaux choisis (tous les liens, en gras ci-dessous, renvoient vers d’autres articles plutôt intéressants, mais tous en anglais)
We Brits eat the fewest vegetables in all of Europe. Not only are we not eating our greens, according to a recent study over half of the meals eaten out in this country are – gasp! – fast food. [Nous les Brits mangeons le moins de légumes en Europe. Et non seulement nous ne mangeons pas nos légumes verts, mais en plus, selon une étude récente, plus de la moitié des repas pris à l’extérieur de la maison serait du fast food]
Mais tout ce fast food ce n’est pas forcément que des burgers et des kebabs:
Pret a Manger sells 50,000 pots of porridge a week – that's over 2.5m a year. In 2008 British office workers ate 2.8 billion sandwiches, and even they are, apparently, now being outsold by sushi. [Pret a Manger vend aussi 50,000 pots de porridge par semaine – cela fait plus de 2.5m par année. Et en 2008, les travailleurs dans les bureaux ont mangé 2.8 milliards de sandwiches, et même eux seraient en train de perdre du terrain face aux sushis.]
Try as we might to tell the world how far our cuisine has come, (with a little help from Joël Robuchon) we're still seen as the sweating, fleshy pariah of Europe. Well, maybe we aren't the world's healthiest eaters, but hang on a minute, it's not like the rest of Europe is flawless, is it? [On a beau essayer de dire au monde entier combien notre cuisine a progressé (avec un peu d’aide de Joël Robuchon, qui a dit récemment que Londres était la capitale gastronomique mondiale), on est toujours considéré comme les gros parias suants de l’Europe. D’accord, on est peut-être pas les plus sains, mais attendez une seconde, ce n’est pas comme si le reste de l’Europe est sans faute, non?]
Look at Italy, a country that takes itself and its cuisine so seriously that many councils in the north have banned "ethnic" restaurants. Not the most open attitude to food. And yet the most popular shop-bought pizza in Italy is Lancashire-made, German-owned Dr. Oetker. [ Regardez l’Italie, un pays qui se prend lui et sa cuisine tellement au sérieux que beaucoup de communes du nord ont interdit les restaurants ‘ethniques’. Ce n’est pas la plus ouverte des attitudes face à la nourriture. Et pourtant la marque de pizza toute faite la plus populaire en Italie est Dr Oetker, fabriqué dans le Lancashire, en Angleterre, et appartenant aux Allemands.]
France is so evangelical about its food that when British actor David Lowe attempted to sell "cassoulet anglais" in Castelnaudary he was met with fury. Lowe was having a joke. The French, perhaps unsurprisingly, didn't see the funny side. And yet France is McDonald's second most profitable country after the US. There's even a branch in the Louvre. [La France est si fière de sa cuisine que quand l'acteur britannique David Lowe a essayé de vendre du cassoulet anglais à Castelnaudary il a du faire face à la fureur des habitants. Il faisait juste une blague, mais les Français n'ont pas trouvé ça drôle. Et pourtant, la France est le deuxième pays au monde en termes de profit pour McDonald's. Il y a même un McDo dans le Louvre.]
Rois et reines d'Angleterre

Un jour, sans raison particulière, j'ai acheté une règle en bois avec la liste des rois et reines anglais comme celle-ci (en vente dans beaucoup de musées ici, comme à la Tour de Londres par exemple). Cela fait des années qu'elle est sur mon bureau, mais je ne sais toujours pas qui est Stephen I ou à quoi ressemblait Edward III. Du coup je me suis dis, pourquoi ne pas retracer l'histoire des têtes couronnées anglaises pour en savoir un peu plus sur ces personnages historiques qui font suer tous les petits Anglais pendant les tests d'histoire-géo. Voici donc la première partie d'une longue, très longue série sur les rois et reines d'Angleterre. Et ceux au fond de la classe, on arrête de bavarder et on prend des notes! ;)
LES ANCIENS
Avant les rois d'Angleterre, il y a eu comme partout les Romains, de 43 à 450 avant JC. La province romaine s'appelait Britannia, et ses nombreux gouverneurs se sont frottés et piqués aux clans écossais, qui leur en ont fait voir de toutes les couleurs. Les Romains finissent par construire le fameux mur d'Hadrien avant de battre retraite à la fin de l'Empire. L'île est ensuite divisée en plusieurs royaumes anglo-saxons et celtiques, leurs rois portant des noms comme Aelthestan le Glorieux et Edmund le Magnifique, jusqu'à l'arrivée des Vikings, qui petit à petit prennent contrôle de la Grande-Bretagne. Au début du 11ème siècle, l'Angleterre fait partie de l'Empire de la Mer du Nord de Canute (Cnut) le Grand, avec le Danemark, la Norvège, et une partie de la Suède. Jusqu'à l'arrivée des Normands, avec lesquels la longue liste des rois anglais commence traditionnellement...
LES NORMANDS

William I, the Conqueror (1066 – 1087)
Duc de Normandie, Guillaume le Bâtard est devenu Guillaume le Conquérant en vainquant le roi Harold à la bataille de Hasting grâce à ses troupes de soldats Normands, Bretons, Flamands et Parisiens – une invasion immortalisée par la Tapisserie de Bayeux. Il créa ensuite un état féodal centralisé et stable en Angleterre, ordonnant la construction de nombreux châteaux (dont la Tour de Londres), matant les rébellions anglo-saxonnes, et installant le français comme la langue officielle. Le tout en passant le plus clair de son temps dans sa Normandie natale.

William II (1087 – 1100)
Connu pour son caractère bien trempé et ses guéguerres avec ses frères, le troisième fils de Guillaume le Conquérant avait soi-disant le visage rouge (d'ou son surnom, Guillaume le Roux). Les historiens du XVème ne l'aimaient pas beaucoup et en on fait un personnage peu flatteur. Difficile de les croire, puisqu'ils étaient du côté de l'Église, et que William II n'était pas connu pour sa piété ni sa morale, loin de là. Il meurt sans femme ni descendant, dans des circonstances mystérieuses, tué par la flèche d'un de ses amis, lors d'une partie de chasse dans la New Forest.

Henry I (1100 – 1135)
Le petit frère de William II est connu sous les noms de Beauclerc (il savait lire le latin) et Lion de Justice (il a réformé le système judiciaire britannique, adoptant les traditions anglo-saxonnes). Sous son règne, une période de paix et de prospérité pour l'Angleterre, la cour et l'administration du pays deviennent plus efficace. Henry I a quand même le temps de se marier avec une princesse écossaise, Édith, cimentant ainsi les relations anglo-normandes, et de produire pas moins de 20 enfants illégitimes – un record pour un roi Anglais apparemment.
Stephen I (1135 – 1154)
Petit-fils de Guillaume le Conquérant, et neveu d'Henry I, né à Blois, Stephen (ou Étienne d'Angleterre) a passé son règne à se battre avec Matilda, fille de Henry I. Cette période de guerre civile est connue sous le nom de The Anarchy. Riche, pieux et très aimé, Stephen I fut un courtisan modèle mais un roi faible régnant sur un pays chaotique. La seule trace qu'il reste de son règne en Angleterre, ce sont les ruines de Furness Abbey en Cumbria, un monastère qu'il a fondé en 1123 et dont les arches de grès sont à présent un site touristique.
À suivre...
Les Thames Frost Fairs

Thames Frost Fair, 1814
Brrrrrrr! It's freezing! On se les gèle en Angleterre, comme partout en Europe. Mais si vous pensez qu'il fait froid, imaginez un peu se que devaient subir nos aïeux, qui du 15ème au 19ème ont vécu une période véritablement glaciale, appelée par ici le Little Ice Age (en vf le petit âge glaciaire). Pendant ces siècles, durant lesquels les glaciers avançaient, l'Europe était sous la neige pendant de longs hivers, de grands champs de glace s'étendaient sur les côtes britanniques et françaises, bloquant les ports, et les rivières et lacs étaient gelés. C'est l'époque de Bruegel et ses paysages d'hiver, et du Révérend Patineur, l'un des plus célèbres tableaux écossais, peint par un certain Henry Raeburn dans les années 1790s...


La Tamise gelée avec London Bridge et Southwark Cathedral à l'horizon, 1677
Mais surtout, c'est durant le Little Ice Age que la Tamise gèle. Apparemment, elle se serait transformée en patinoire géante plus de 24 fois, et souvent pendant des semaines. Et ce parce que les températures étaient très basses, mais aussi car la rivière était beaucoup plus large et moins profonde qu'aujourd'hui (l'Embankment n'avait pas encore été construit) et que le London Bridge médiéval était construit d'une série d'arches très rapprochées, qui gelaient et formaient un barrage très facilement.
Comme la glace était épaisse et durait longtemps, les gens utilisaient les surfaces gelées pour voyager (le roi Henry VIII est allé en traîneau de Londres à Greenwich en 1536), et y installer des festivals et fêtes foraines. La première Thames Frost Fair a eu lieu en 1608, et la plus grande en 1683-1684 (durant le Grand Gel de 1683, la Tamise était recouverte d'une couche de glace de 28 cm pendant deux mois).


Les Londoniens descendaient sur la rivière gelée pour jouer aux boules, assister à des course de chevaux, des combats de taureaux, des pièces de théâtre et des spectacles de marionnettes, faire du traîneau, et faire du patin à glace bien sûr... On pouvait même y acheter des cartes postales de l'imprimeur Croom fabriquées sur la Tamise en souvenir. Bref un peu de répit et de fun pour oublier les dures réalité de l'hiver. Et certaines années, les festivaliers s'étaient à peine installés qu'ils devaient battre retraite avant que la glace de se brise sous leurs tentes.

La dernière Thames Frost Fair eu lieu en février 1814, et dura quatre jours (un nouveau pont fut construit peu après et la rivière n'a plus gelé depuis). Apparemment, on a promené un éléphant sur la rivière, près de Blackfriars Bridge. Il y avait aussi de la musique, des jeux, et même des grandes balançoires sur la glace:

The Frost Fair of 1814, by Luke Clenell
Si vous vous promenez sur la South Bank, vous trouverez sous le pont de Southwark une série de plaques de l'artiste Richard Kindersley commémorant les Frost Fairs...
Un peu de typographie, suite et fin

Suite et fin de mon article sur les différentes polices d'écritures britanniques (la première partie est ici)...
Johnston, 1916

Auteur: Edward Johnston, né en Uruguay et éduqué à Londres, l’un des plus grand créateur de caractère d'imprimerie britannique et le plus lus des calligraphes par les Londoniens. C’est aussi l'auteur du fameux sigle du métro londonien, le roundel.
Histoire: En 1913, le London Underground (LU) commande à Johnston une nouvelle police, qui fait partie de sa stratégie d’unification (le métro étant constitué de lignes ayant appartenu à de diverses compagnies), de communication et de publicité. Frank Pick du LU demande à Johnston que la nouvelle police soit bien différenciable des posters publicitaires, et qu'elle soit à la fois forte et simple.
Caractéristiques: Cette sans-sérif typeface se reconnaît à son O parfait, et ses points faits de rectangles en diagonale. Les majuscules sont inspirées des lettres Romaines, les minuscules de l’écriture humanistique de l’Italie du 15ème siècle.

Usages: Toutes les communications de Transport for London, des numéros et destinations sur les bus aux noms des stations, publicités, prospectus et cartes. Beaucoup pensent que c’est grâce à la Johnston que Londres a une personnalité si forte....
Gill Sans, 1926

Auteur: Eric Gill, un mec très douteux, avec plein d'idées bizarres sur la religion, la sexualité et l'art. Sculpteur, graphiste, il a appris son métier en partie avec Edward Johnston (voir ci-dessus). Certaines de ses sculptures sont visibles sur la Broadcasting House de la BBC à Londres et le Palais des Nations à Genève.
Histoire: Gill a créé cette police, inspirée de la Johnston, pour la devanture d’un libraire de Bristol, et l’a ensuite développée pour la compagnie Monotype. Elle est devenue très populaire en 1929, quand elle est apparue sur les posters d’une compagnie ferroviaire anglaise. C'est devenu un des plus grands classiques de la typographie.
Caractéristiques: La Gill Sans a été créée pour être la plus lisible des sans-sérif, fonctionnant en gros sur des posters comme en tout petit dans des livres. Les proportions de la police sont inspirées de la tradition romaine comme c’est le cas pour la Johnston.

Usages: Utilisée sur les couvertures des Penguin books à partir de 1935, Gill Sans est devenue un bestseller. Elle est utilisée par la BBC, Network Rail, the Church of England, Benetton, Tommy Hilfiger, et le gouvernement britannique, qui l’a adoptée comme police standard pour tous ses documents et ses logos.
Albertus, 1932

Auteur: Berthold Wolpe, un Allemand fuyant les Nazis venu s'établir en Angleterre.
Histoire: Wolpe étant d'abord un sculpteur de métal, et cette police ressemble aux lettres gravée dans des plaques de bronze. Elle tient son nom de Albertus Magnus, un philosophe et théologien allemand du 13ème siècle.
Caractéristiques: Avec des empattements triangulaires pointus, dessinés comme un simple élargissement de l’extrémité des lettres. Pourtant, ce n'est pas une police froide, mais plutôt accueillante.

Usages: C'est la police utilisée sur tous les signes de la City of London, ainsi que sur beaucoup de couvertures des livres Faber & Faber, pour le générique de la série The Prisoner et certains albums de Coldplay.
Times New Roman, 1931

Auteurs: Stanley Morison, de la section anglaise de Monotype, et Victor Lardent, un graphiste du département publicité du journal The Times.
Histoire: Après qu’un certain Stanley Morison de la companie Monotype ait écrit un article décrivant The Times comme mal imprimé avec une typo désuète, le journal lui demande de créer une nouvelle police.
Caractérisques: Morison la base sur une vieille police, Plantin. Son but: que la nouvelle police ne prenne pas plus de place que l’ancienne, mais qu’elle ai l’air plus grande et plus lisible. Le résultat fut utilisé par le journal pendant plus de 40 ans.

Usages: Le Times utilise aujourd’hui une variante de Times New Roman, qui reste une des polices les plus utilisées et connues au monde, grâce à son apparition sur les programmes comme Word de Microsoft. La police Georgia, elle aussi inspiré de Times New Roman, est quand à elle très utilisée sur le net. Tous les documents diplomatiques américains sont en Times New Roman.
Transport, 1957-63

Auteurs: Jock Kinneir et Margaret Calvert
Histoire: La police Transport remplace les signes disparates et souvent illisibles sur les routes du pays. Elle a été commandée à Kinneir et Calvert par le Ministère du Transport, à la suite de l'ouverture de la première autoroute, la M1, construite en 1950. Kinneir et Calvert ont aussi créé la police Rail Alphabet, utilisée dans la majorité des gares du pays depuis 1965.
Caractéristiques: Transport a été conçue pour être extrêmement bien lisible en voiture bien sûr. Cette police a été créée après de nombreux tests, les designers devant convaincre les autorités entre autres du fait que les mots tout en majuscules n'étaient pas aussi lisibles que ceux en minuscules, même de loin (il est plus facile reconnaître la forme d'un mot en minuscule).

Usages: C'est la seule police d'écriture autorisée sur les routes anglaises (il y une version spéciale pour les autoroutes, Motorway). Elle est utilisée sur les panneaux routiers de nombreux pays, de l'Islande à Hong Kong en passant par la Grèce et le Qatar. Elle apparaît aussi sur de nombreuses plaques de rue à Londres.
London 2012, 2010

Auteurs: Gareth Hagues et Michael Ives
Histoire: La police spéciale Jeux Olympiques, créée même temps que le logo et l'identité visuelle par l'agence de design et de marketing Wolff Olins. En se différenciant des polices classiques britanniques comme la Gill Sans ou la Johnston, les designers ont pris des risques. Beaucoup de graphistes l'ont trouvée horrible (un peu par jalousie sans doute), criarde, et manquant de subtilité. Le grand public non plus n'a pas beaucoup apprécié. Mais une fois l'effet de choc passé, beaucoup s'accordent à dire que, ma fois, c'est pas mal quand même... En tout cas niveau branding c'est excellent car reconnaissable entre mille.
Caractéristiques: Son côté angulaire rappelle l'écriture grecque et les origines des JO, son côté penché symbolise l'énergie et le dynamisme, son côté écrit à la main renvoie au graffiti des villes contemporaines. La seule lettre non-penchée est le O, un clin d'oeil aux anneaux olympiques bien sûr.

Usages: Tous les posters et les documents officiels des JO de Londres 2012.
Et aussi...
Si la typographie vous intéresse, vous avez sans déjà vu l'excellent documentaire Helvetica, sur une des polices les plus utilisées au monde. Mais je vous recommande également la lecture de ce très drôle petit billet d'humeur, I'm Comic sans, asshole, dans lequel la police tant ridiculisée répond à ses critiques, et le très intéressant livre Just My Type, de Simon Roberts, sur l'histoire de la typographie et de nombreuses polices d'écriture.
Si vous êtes à Londres et que vous êtes un font geek, le Type Museum et St Bride, deux organisations dédiées au monde de l'imprimerie et du graphisme, organisent parfois des conférences ou des évènements. Par contre, leurs trésors ne sont pas accessibles au public pour le moment; un projet de musée de la typographie et de l'imprimerie est en préparation.
La maison d'édition Penguin publie une très belle série de classiques, Great Ideas, avec des couvertures laissant la part belle à la typographie. Ces petits livres sont tellement beaux qu'on pourrait les encadrer!
Ps
Tous ceux qui travaillent dans le monde de l'édition en Angleterre connaissent la phrase suivante: "The quick brown fox jumps over the lazy dog". Savez vous pourquoi? C'est un pangramme, une phrase contenant toutes les lettres de l'alphabet, et qui permet de voire quelle tête une police d'écriture a en un coup d'oeil. Et une fois qu'on a choisi son Caslon ou son Johnston, on peut ensuite placer un peu de lorem ipsum pour voire de quoi la page aurait l'air (puisque les journalistes ne sont pas foutus d'écrire leurs articles à temps...).
