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Les élections, ce n'est pas seulement en France que ça se passe... Ici à Londres, on va bientôt (le 3 mai) voter pour notre maire. Il y a une poignée de candidats, mais le match se jouera sans doute entre Boris Johnson et Ken Livingstone (le troisième larron étant Brian Paddick, un ancien policeman et un des rares politiciens britanniques à être ouvertement gay). Si vous êtes un citoyen de l'UE résident à Londres, vous avez le droit de voter, mais il faut être inscrit sur le registre électoral de votre council; vous avez jusqu'à demain soir minuit pour le faire, le formulaire est ici).

Cette semaine je vous présente donc d'abord Boris, l'actuel maire de Londres, et ensuite Ken, l'ancien maire de Londres... tous deux des personnages hauts en couleur. Que le meilleur gagne!

1. Boris est un pitre

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Bo-Jo, comme on l'appelle aussi parfois, est connu pour sa touffe de cheveux ultra blonds, ultra longs et ultra mal coiffés, son côté enfantin et maladroit, son amour du latin et de la littérature classique et surtout ses bouffonneries... Ici on le décrit souvent comme un "bumbling buffoon" (un pitre empoté), "shambolic" (bordélique) et "gaffe-prone" (prédisposé aux gaffes). Un truc typique de Boris-le-clown: sourire et dire "thank you" au passant qui vient de l'insulter, en saluant d'un signe de la main royal. Ou bien de tomber dans la rivière qu'il essaye de nettoyer.

Il a été élu alors que même les gens de son propre parti s'inquiétait de sa facilité à faire des gaffes et des bourdes à longueur de discours. La dernière en date: il a décrit un diner organisé pour la St Patrick comme étant de la merde gauchiste et lié au Sinn Fein – s'aliénant de fait tout les Londoniens d'origine irlandaise... Il s'est excusé en latin (mea culpa etc) – typique Boris.

Certains disent qu'il a raté sa carrière, et aurait du être stand-up comedian... Il dit des choses comme "I am supporting David Cameron purely out of cynical self-interest." (Je soutiens David Cameron purement par cynisme et intérêt personnel) ou "What’s my view on drugs? I’ve forgotten my view on drugs."(Quel est mon point de vue sur les drogues? J'ai oublié mon point de vue sur les drogues).

Il a même expliqué, très diplomate, aux Chinois qui lui remettait le drapeau olympique: “Virtually every single one of our international sports were invented or codified by the British. And I say this respectfully to our Chinese hosts, who have excelled so magnificently at Ping-pong. Ping-pong was invented on the dining tables of England in the 19th century and it was called Wiff-waff!” (Pratiquement tous les sports internationaux ont été inventés ou codifiés par les British. Et je dis avec respect à nos hôtes chinois, qui excellent si merveilleusement au ping-pong. Le ping-pong a été inventé sur les tables d'Angleterre au 19ème et s'appelait wiff waff!)

Bref, c'est un entertainer doué qui sait jouer le rôle d'un gars sympa et excentrique pour s'attirer le soutient du public.


2. Boris à la rescousse

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Boris va souvent au travail ou à ses rendez-vous en vélo (et en taxi, il a dépensé presque 5,000 en cab fares). En 2009, il roulait à Camden lorsqu'il a vu une femme se faire attaquer par trois gamines, l'une avec une barre de fer. Il les a fait fuir en les chassant à vélo, et les traitants de oiks (personnes ignorantes, mal éduquées, de lower class). Et en parlant de vélo: les Boris bikes, les Vélib londoniens, ont été lancés par son prédécesseur Ken Livingstone et mis en place par Boris. Aujourd'hui ils sont utilisés en majorité par les banquiers de la City et les touristes, ne sont absolument pas rentables et donc coûtent des millions à Londres

Il a sauvé la gent demoiselle, mais a-t-il sauvé Londres? Pas vraiment: depuis son arrivée au pouvoir, il y a eu les plus grandes émeutes des ces trente dernières années dans la capitale, une inégalité entre les riches et les pauvres digne du temps de Dickens, la pire pollution de l'air depuis 2004 et plus de grèves du métro que durant le règne de son prédécesseur. Il s'est aussi empressé d'annuler des projets comme la transformation de Parliament Square, pourtant bien nécessaire, et l'extension de la zone de congestion vers l'ouest (les quartiers riches peuplés par ses électeurs). Et aussi: Boris a fait interdire la consommation d'alcool dans les transports publics.

3. Boris a des projets fous fous fous

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Par contre, il a fait parler de lui avec des projets tape-à-l'oeil qui ne profitent pas vraiment à la population mais qui flattent son égo et plaisent aux médias. Ici on les appelle des vanity projects, et il y en a un paquet.

le Orbit, cette tour rouge en acier dans le parc olympique, est destinée principalement aux touristes. Elle aura été financée par un sponsor, mais aussi £3 million du budget londonien – très très discutable en ces temps de crise. Le résultat de ce projet construit très vite est beaucoup moins intéressant que les premières esquisses laissaient penser.
• il a remplacé les bendy-bus par des bus à deux étages – bonne idée je trouve, les bendy bus (les longs à accordéon) ne marchaient pas vraiment dans les rues étroites de la capitale. Par contre il a dépensé £7.8 million pour développer un bus – magnifique par ailleurs – mais dont seul un ou deux modèles circulent à Londres aujourd'hui. Pendant ce temps là, les Londoniens payent des tickets de métro parmi les plus chers du monde...
• il est en train de faire construire un téléphérique dans l'est de Londres. Il suffit de voir où il est placé sur la carte pour se rendre compte qu'il ne sera pas beaucoup utilisé par les Londoniens...
• il soutient l'idée d'un nouvel aéroport, déjà surnommé Boris Island, construit sur une île dans l'estuaire de la Tamise, une zone où il y beaucoup d'endroits protégés et où vivent de nombreux oiseaux...

Les plus gros projets, comme Crossail, le Overground et les JO, ont tous été planifiés par son prédécesseur. Cet article du Guardian, What has Boris Johnson actually done for London, est pas mal du tout.

4. Boris adore se friter avec David

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On l'a parfois décrit comme un "typical Tory twat" (con de droite typique), car Boris est très très riche et s'appelle Alexander Boris de Pfeffel Johnson. Il a étudié dans les meilleures écoles du pays, à Ashdown, puis à Eton et Oxford avec David Cameron (il faisait aussi partie du Bullingdon club, un club de jeunes hommes riches qui se bourraient la gueule ensemble en portant des queues de pies). Les deux sont rivaux depuis ce temps là, car Johnson aimerait beaucoup le remplacer à la tête du parti et qui sait du pays... City Hall (la mairie de Londres) a donc déclaré la guerre à Downing Street, comme par exemple ici ou encore ici.

Mais Boris est aussi beaucoup plus excentrique et international que David – il a été éduqué à l'École Européenne de Bruxelles, et se décrit comme un "one-man melting pot" — ses ancêtres comprennent des Juifs, Musulmans et Chrétiens; son arrière grand-père s'appelait Ali Kemal Bey, et était Turc. Comme l'explique Reuters, c'est un personnage unique, un Conservateur qui a transformé son côté aristo et eccentrique en un atout politique dans un pays ou il ne fait pas bon être posh et politicien.


5. Boris en a brisé des coeurs

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Boris est marié, quatre enfants, mais comme son père, c'est un serial womaniser. Il trompe sa femme et ses affaires font la une des pages people. Sa pauvre femme Marina l'a même foutu dehors pendant un moment... 


6. Boris, l'homme de lettres

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Boris aime se présenter comme un journaliste, écrivain et historien. Il a commencé sa carrière au Times, mais s'est fait viré après avoir falsifié une citation de son parrain, le vice-chancelier de Oxford University. C'est pas grave, il est devenu rédacteur en chef du magazine The Spectator de 1999 à 2005. À présent il écrit chaque semaine une rubrique pour The Daily Telegraph, pour laquelle il est payé £250,000 par année – un salaire qu'il a décrit comme du 'chicken feed' (de la bouffe pour poulet, des cacaouettes quoi). Il aime aussi passer à la télé, dans des émissions comme Top Gear, Eastenders et Have I Got New For You. Son dernier livre, Johnson's Life of London, est sorti en plein milieu d'un scandale de phone hacking parmi les policiers dont il est responsable, (comme quoi Mayor of London ce n'est pas vraiment un full-time job). Derrière le phone hacking et le livre: l'empire de Murdoch.


7. Boris a tout un programme pour Londres...

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Le programme de Boris est un Plan en 9 points. Selon MayorWatch, un site web indépendant, un tiers de ce programme contient des choses que Boris a lui-même annoncer comme étant déjà accomplies durant son premier terme. Les Verts sont si désespérés de sa politique de coller la pollution au sol qu'ils ont collé un graffiti devant chez lui. Lisez ici un article pas vraiment impartial sur le point de vue des bloggers sur l'effet de Boris et Ken sur leurs quartiers.

Et malgré tout ça, Boris est devant son adversaire Ken dans tous les sondages récents...