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Mais oui, Londres est la sixième ville française – il y a entre 300,000 et 400,000 froggies ici (comparé à seulement 200,000 espagnols, et 60,000 allemands), un chiffre qui ne fait que d'augmenter d'année en année depuis 1991. Et cela s'entend dans les rues, croyez-moi. J'ai beau essayer, impossible de faire un pas sans entendre un euh, un bof ou un ouais. Je ne suis pas la seule: comme Time Out l'a entendu dire dans la rue, "The French in London, it's not a invasion, it's an infestation."

Ce n'est pas pour rien que certains on surnommé la capitale Paris-on-Thames – après tout, il y a environ 1,700 compagnies françaises implantées ici, des boulangeries Paul sur toutes les rues commerçantes, des sandwichs Délices de France dans toutes les gares, et bien sûr des footballeurs français dans toutes les équipes qui gagnent. Vous pouvez aussi écouter la French Radio London, acheter des débardeurs Petit Bateau sur King's Road, et faire un tour dans le London Eye – pardon le EDF London Eye je veux dire...

Qui sont ces Français de Londres? Eh bien il y a de tout, des banquiers qui vivent à Chelsea et dont les enfants vont au lycée français de South Ken, au jeunes de 18 ans venus apprendre la langue de Shakespeare et faire la fête. Sans compter les nombreuses au-pair girls, et les diplômés ès finance à la peau foncée qui trouvent sans problème un job dans la City après des années de galère dans leur propre pays... Cet article de The Economist et celui là de la BBC résument très bien la situation.

Méfiez-vous, ils sont partout – il y a même des chauffeurs de bus et de taxis français, et des infirmières et des médecins. Une amie s'est même fait accueillir à l'hôpital ici par une gentille infirmière à l'accent chantant du Sud... Et si vous voulez rencontrer des Français de Londres, aller donc à une Soirée London Calling (rien à voir avec ce blog, mais ils sont fans des Clash aussi)

Puisque demain c'est le 14 juillet, voici quelques idées pour passer une journée londonienne, french style, tout en visitant la capitale de fond en comble...


SOUTH KENSINGTON

Si vous n'avez pas envie de marcher, il suffit de vous diriger vers South Kensington, le 21ème arrondissement de Paris. Vous y trouverez toutes sortes de choses frenchies dans un rayon de 500m. J'imagine que vous connaissez les lieux mieux que moi, je n'y mets jamais les pieds... Je sais par contre qu'à côté de l'ambassade et du lycée français se trouvent l'Institut Français, où vous pouvez voir des films au Ciné Lumière, ainsi que toutes sortes de boucheries et pâtisseries, le café Raison d'Être, la Kensington Creperie, le French Bookshop , et la Librairie La Page. Pas pour rien que la petite Bute Street est surnommée Frog Alley...

Si vous êtes dans le coin, ne manquez pas d'aller voir la maison Michelin, l'ancien siège de la compagnie française à Londres, un bâtiment magnifique à la façade et au décor très original. Mr Bibendum est bien sûr à l'honneur, apparaissant dans tous les recoins, du sol aux vitraux. L'endroit est maintenant un très bon restaurant, café et bar à huitres.


VICTORIA STATION & LITTLE BEN

Sinon, pourquoi ne pas commencer votre journée avec un café-croissant à Victoria Station, où vous avez le choix entre une crêperie, un Paul, et un Délice de France. Ne vous laissez pas tourner la tête par la foule immense qui coure à toute vitesse dans cette gare énorme, mais plutôt imaginez-vous dans les années 1930, juste débarquée de votre wagon Pullman de luxe sur le train Golden Arrow (Flêche d'Or), l'ancêtre à vapeur de l'Eurostar, prête à aller faire vos courses à Harrods, ou à fomenter une révolution socialiste avec vos amis un peu louches dans un café de Soho...

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Photo Little Ben: Chelseamarch

Devant la station vous trouverez Little Ben, une miniature de Big Ben érigée en 1892, puis mise au placard pendant une quinzaine d'années, jusqu'à ce que la compagnie Elf Aquitaine finance sa restauration comme symbole de l'amitié franco-britannique. De retour devant la gare depuis 1981, elle arbore désormais un petit vers notant le décalage horaire entre les deux pays:

My hands you may retard or may advance (Mes aiguilles tu peux retarder ou avancer)
my heart beats true for England as for France. (Mon coeur bat pour l'Angleterre comme pour la France)

Ensuite, prenez le bus (11, 24, 148 ou 211) direction Parliament Square et Westminster...


WESTMINSTER

Mais pourquoi vous amène-je au coeur symbolique du Royaume-Uni alors que ceci est supposé être une journée françoise? Eh bien parce que bien sûr l'histoire des deux royaumes ne fait qu'une – en 1066, le Normand Guillaume le Conquérant gagne la Bataille de Hastings, et devient roi des Anglais. Faites donc un tour à Westminster Abbey, où il s'est fait couronner le jour de Noël 1066.

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Westminster Abbey (photo: David Wilkie) et Westminster Hall

Pour ancrer son pouvoir sur son nouveau territoire, Guillaume remplace toute l'aristocratie locale avec ses potes. Environ 8,000 Normands, Bretons, Poitevins etc reçoivent des châteaux et des terres en Angleterre (les nobles anglais, eux, sont contraints de s'exiler en Scandinavie ou en Turquie) – c'est le début de la période Anglo-Normande.

Il ne reste que peu de traces de leur passage à Londres, mais pas des moindres: Guillaume voulait impressionner ses nouveaux sujets avec des bâtiments grandiose comme le magnifique Westminster Hall (et la White Tower de la Tower of London, également un truc à voir, mais située de l'autre côté de Londres, bien que facilement accessible avec la Jubilee line de Westminster à London Bridge, puis 20 minutes à pied). Si vous avez le temps, je vous conseille de visiter les Houses of Parliament, qui vous donne accès au Hall, construit en 1099 par le fils de Guillaume. Miraculeusement, il a survécu sans être modifié pendant tous ces siècles, et sa charpente en bois vaut vraiment le détour.

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Vous pouvez également faire un tour dans les Victoria Tower Gardens, juste au sud-ouest des Houses of Parliament, où se trouve une reproduction de la fameuse sculpture Les Bourgeois de Calais d'Auguste Rodin. Elle commémore un autre épisode de l'histoire anglo-française: la Guerre de Cent Ans, durant laquelle Calais s'est fait assiéger par les Anglais pendant plus d'un an...

PS: Ce parc a été créé en 1870 par Joseph Bazalgette, petit-fils d'un émigré français protestant: c'est l'ingénieur responsable des premiers égouts hi-tech de Londres et de la création de l'Embankment.

 

TRAFALGAR SQUARE

Remontez Whitehall, la rue des ministères, jusqu'à Trafalgar Square, au centre duquel trône la fameuse Colonne Nelson. Elle commémore la victoire de l'amiral Nelson contre Napoléon à Trafalgar (1805) – décidemment, encore une bataille entre les Anglais et Français (et Espagnols). Les Anglais sont grand vainqueurs, détruisant les deux-tiers des bateaux de leurs ennemis, grâce aux tactiques de Nelson (qui fut mortellement blessé pendant la bataille).

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La Colonne Nelson est un véritable pied-de-nez aux perdants: les panneaux de bronze à son pied sont fait de canons français fondus; et la colonne mesure 52m, 8m de plus que celle de Napoléon sur la Place Vendôme à Paris – tout un symbole.

Ensuite, faites un tour à la National Gallery: on peut y admirer des Gainsborough, Van Gogh et Canaletto, mais aussi de très belles et très célèbres toiles d'artistes français comme Renoir, Manet, Monet, Gauguin, Seurat, etc etc...

Vous avez une petite faim? Continuez votre promenade à Soho en passant par Leicester Square...

 

SOHO

Juste à côté de Chinatown et Soho se trouve l'église française de Londres, Notre Dame de France. Elle n'attire pas que les croyants mais aussi les fans d'art et de poésie, puisqu'elle contient de très belles fresques de Jean Cocteau. Elles ont été peintes en 1959, après que Cocteau est reçu un doctorat honoris causa de l'Université d'Oxford...

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Les rues de Soho ont accueilli des imigrants du monde entier, dont beaucoup de Français. En 1750, un certain William Maitland s'exclamait: "Many parts of this parish so greatly abound with French that it is an easy matter for a stranger to imagine himself in France" (Beaucoup d'endroits dans cette paroisse sont si pleins de Français qu'il est facile pour un étranger de s'imaginer en France). Beaucoup était des Huguenots (réfugiés protestants), qui se sont installés par milliers à Soho & Fitzrovia ainsi que dans le East End, à Spitalfield (voir ci-dessous et lire cet article en anglais très intéressant). Ils ont ensuite été rejoints par des compatriotes catholiques qui fuyaient la Révolution et la Terreur, puis par des artistes, révolutionnaires, communistes et anarchistes du 20ème siècle...

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Photo: Emma Washere

Un siècle plus tard, Soho & Fitzrovia avaient leur propre quotidien français, La Chronique, des brasseries, des théâtres et des écoles françaises, et bien sûr... des pâtisseries! Maison Bertaux, ouverte en 1871, est la plus ancienne et la plus connue. Vous pouvez vous gaver de tartes et de Saint Honorés, et siroter une tasse de thé en admirant la faune locale et le décor rétro à souhait...

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Vous pouvez aussi aller boire une bière (half-pinte seulement) ou du cidre breton à The French House, un pub sur Dean Street. Ouvert par un allemand, puis tenu par un Belge, il s'appelait York Minster mais tout les piliers de bar le connaissaient sous le nom de The French House... Adoré des artistes anglais comme Bacon et Freud pour son côté bohème, The French House sert plus de Ricard que n'importe quel autre bar au UK (selon Wikipedia). C'est aussi ici que De Gaulle aurait écrit son fameux appel. En plus, on peut y déguster de la soupe à l'oignon et des rillettes avec des cornichons... je pense que demain soir ce sera plein à craquer.

Pas très loin sur Monmouth Street, il y a également le restaurant Mon Plaisir, qui sert escargots, coq au vin et tarte tatin depuis plus de 65 ans.

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Photo: JuneinBritain

Enfin, vous pouvez même faire un truc super londonien, aller voire une comédie musicale, anglaise certes, mais inspiré d'un roman de Victor Hugo. Il y a des représentations de Les Misérables (Les Miz comme on dit ici) depuis 1985, c'est le plus vieux des musicals du West End. Je n'y ai pas encore été, mais on m'en a dit du bien (et cela a gagné plein de prix, et en même temps, si ça fait plus de 20 ans que ça marche...).

MARYLEBONE

Juste au nord d'Oxford Street vous trouverez la Wallace Collection, un très beau palais rempli de tableaux, sculpture et meubles français du 18ième siècle. Il s'agit d'oeuvres d'art collectionnées par le Marquis de Hertford, ambassadeur à Paris, et ses descendants, qui avaient beaucoup d'amis parmi les Français réfugiés à Londres après la révolution (La famille a longtemps habité Paris, et étaient même propriétaires du château de Bagatelle dans le Bois de Boulogne). C'est un lieu magnifique à voir absolument, et en plus l'entrée est gratuite.

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Devant l'entrée du palais, les Parisiens parmi vous seront ravis de retrouver une de ces fontaines à eau potable vertes que l'on voit partout à Paris, qui ont été offertes à la ville par le richissime descendant du marquis, Mr Wallace. Et dans la cour du palais se trouve le Wallace Restaurant, un lieu très chic servant de la cuisine française bien sûr (le menu est même en français sous-titré anglais) ainsi qu'un Parisian Afternoon Tea (£24, foie gras maison, tartare de saumon, rillettes de porc, toast Melba, pâtisseries et petits fours).

À un bloc de là, sur Portman Square, se trouve le Orchard Court, la base de la Directions des Opérations Spéciales (SOE), un service secret britannique crée en 1940 par Churchill et ayant pour mission de soutenir les divers mouvements de résistance. Derrière sa façade grandiose se tramaient toutes sortes d'intrigues, et des dizaines d'espions (et d'espionnes) français et anglais préparaient leur parachutages et leurs missions dans la France occupée.

Et juste au nord de la Wallace Collection se trouve L'Autrepied, un des nombreux restaurants français étoilés de la capitale (Si vous voulez vous faire plaisir, il y a aussi à Londres Club Gascon, L'Atelier de Joël Robuchon, Pied à Terre, Alain Ducasse at The Dorchester, Hélène Darroze at The Connaught et last but not least, Le Gavroche, 3 étoiles michelin)

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Vous préférez quelque chose de plus simple à grignoter? Remontez Marylebone High Street et vous trouverez votre bonheur à La Fromagerie. On y vend des fromages européens délicieux, dont une trentaines de spécialités françaises, de l'Abbaye de Trois Veaux du Haut Artois au Zelu Koloria des Pyrénées. Il y a aussi un petit café ouvert pour le petit déjeuner, lunch (escargots anglais with Cadours garlic butter; confit duck leg with haricots Tarbais) et afternoon tea.

Tout au nord de Marylebone, près de la station Baker Street, se trouve une des attractions (attrape-touristes) les plus connues de Londres: Madame Tussauds. Madame Marie Tussaud, née Groholtz, était une Strabourgoise qui apprit la sculpture en cire d'un médecin suisse qui lui légua sa collection, et qui réalisa ses propres figures (Voltaire, Rousseau, et Benjamin Franklin) à partir de 1777.

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Durant la Révolution française, elle se voit condamnée à la guillotine pour ses relations avec la noblesse mais est graciée en raison de ses talents de sculpteur, et elle doit réaliser les masques mortuaires des décapités, dont certains était ses amis. Venue présenter sa collection aux Anglais en 1802, elle se retrouve coincée ici à cause de la guerre et décide de s'installer. Elle ouvre son fameux musée en 1835 (l'attraction phare est la Chambre des horreurs, qui présente en deux parties les victimes de la Révolution française et les meurtriers). Si auparavant on utilisait les sculptures pour faire la morale aux enfants, aujourd'hui on préfère se prendre en photo avec Brad Pitt, Britney Spears ou Prince William...

SPITALFIELDS

Comme je vous le disais plus haut, des milliers de réfugiés protestants français, les Huguenots, sont venus s'installer dans à Soho et à Spitalfield au 18ème siècle. C'était des artisans, souvent des fabricants de soie et des horlogers. Leurs maisons de Spitalfield (où il y a une Fleur de Lys et une Fournier streets) sont reconnaissables à leurs volets en bois et leur grandes fenêtres sous les toits qui illuminaient les greniers ou travaillaient les tisserands. Au 18ème, les autorités se plaignaient que "none of the local French Parish Servants (i.e. local government officials) spoke English".

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Allez donc rendre visite à la famille Jervis, des tisserands Huguenots dont la maison à été imaginée à merveille par l'acteur Dennis Severs, un grand collectionneur et amoureux de Spitalfield. Cela s'appelle la Dennis Severs House et ça vaut vraiment le coup. Vous trouverez aussi de jolies maisons sur Fournier Street (où se trouve la Neuve Église, construite en 1743, devenue synagogue, puis la mosquée Jammie Majid) et Artillery Lane (où le Numéro 56, construit pour la famille de tisserands Jourdain, est classé).

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Petit creux: arrêtez vous à Androuet pour un bout de fromage ou un petit plat. Le manager français, Alex Guarneri, adore les fromages français mais aussi les English cheeses! Autre bistrot français du coin: Galvin Café A Vin, où vous pouvez choisir entre tarte flambée ou tarte tatin, et le très chic Galvin La Chapelle, situé dans le très beau St Botolph's Hall. On y sert de l'agneau à la 'Basquaise'....

ET AUSSI:

Jouez à la pétanque: a) aux Chelsea Physic Garden, où aura lieu demain la Ricard Petanques Garden Party, à partir de 11h (gratuit); b) à Baranis, ou c) sur Cleaver Square à Kennington, Brockwell Lido à Herne Hill et Larkhall Park, Lambeth (cf English Pétanque Association)

• Allez au soirées-concerts Paris is Burning, écouter des groupes de Londres, avec au moins un musicien français chacun...

Mangez à La Petite Bretagne, La Belle Époque, Bistro de la Gare, La Petite Auberge ou Chez Elles

Et surtout n'oubliez pas de râler toutes les deux minutes – foule, fatigue, faim, pluie... –  allez-y à fond autrement ce ne serait pas une journée à la française du tout du tout.