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Tout le monde ici est unanime: la cérémonie d'ouverture de London 2012 est un triomphe, et le responsable du spectacle, le réalisateur Danny Boyle, a mérité au moins trois médailles d'or pour ce show plein d'humour et de charme. À l'étranger, même si l'on n'a pas tous compris aux références, on a adoré: c'était "witty, wacky and wise" (plein d'esprit, de délires et de sagesse). Avec un budget de £27 millions, c'était un tout petit peu plus bling bling que la cérémonie de 1948; si vous l'avez raté, vous pouvez voir les moments forts sur sur la BBC.

En vrac, on a eu des stars, des punks, des infirmières, la reine, un maillot jaune, des moutons, et beaucoup de musique. C'était un joyeux foutoir. Il y avait plein d'humour, dont des blagues et références que seuls les Anglais pouvaient comprendre; et plein de stars internationales, pour les milliards d'étrangers qui regardaient le spectacle télévisé. Le résultat, selon un journaliste de la BBC: "a portrait of a country that, with the eyes of the world upon it, has the confidence to laugh at itself. If our international guests are left with the impression that Britain is contemplative and daft, self-deprecating and clever, organised and whimsical, controlled and rebellious - then the ceremony has done its job". (le portrait d'un pays qui, alors que les regards du monde entier sont posés sur lui, à l'assurance de se moquer de lui-même. Si nos invités internationaux ont à présent l'impression que l'Angleterre est contemplative et toquée, pleine d'autodérision et maline, organisée et étrange, controlée et rebelle – alors la cérémonie a bien fait son travail.)

Selon Danny Boyle, qui habite pas loin du stade, "Beijing is something that in a way was great to follow because up to Beijing you can look back and clearly there was an escalation, the shows get bigger and bigger and bigger and bigger. And you can't get bigger than Beijing." (C'était en fait très bien que l'on vienne après Beijing, parce que Beijing est la culmination d'une série de cérémonies qui deviennent de plus en plus gigantesques. Et on ne peut pas faire plus gigantesque que Beijing.) Et donc le réalisateur a préféré une autre approche: "Some of the  the audience will be baffled at times. But hopefullly it won't be for long. I hope it feels charming rather than annoying. We hope the feeling of the show is a celeration of generosity." (Certains spectateurs seront interloqués par moments. Mais avec un peu de chance, pour pas trop longtemps. J'espère que cela à l'air charmant plus tôt que d'être embêtant. Nous espérons que le spectacle sera interprété comme une célébration de la générosité du pays.)

Comme le disent ces internautes: "Irreverent, the right amount of sentiment, a dash of populism, but with some neat digs at the Tories on their own watch., inventive, and utterly bonkers. That was bloody brilliant". (Irrévérent, juste la bonne quantité de sentimentalité, un soupçon de populisme, mais avec des piques lancées aux Conservateurs sous leur propre gouvernement, inventif, et totalement fou. C'était trop génial) et "Can we have one of these every year?" (est-ce qu'on peut avoir un spectacle comme ceci chaque année?). Sans compter, comme dit la comédienne Sue Perkins, que ça a bien dû embêter Mitt Romney et consorts: "Gay kisssing, multicultural romance AND a 'socialist' health care system – bet Romney's having an embolism right now." (Un baiser lesbien, une histoire d'amour multiculturelle, et un système de santé socialiste – je parie que Romney est en train de faire une embolie).

Voici les points forts de ce beau spectacle (la première – et probablement la dernière – cérémonie d'ouverture des JOs que j'ai vue de ma vie):

LES DÉCORS

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Les images parlent d'elles-mêmes: un paysage rural, bucolique, se transforme en enfer industriel, deux cartes postales du passé du pays contradictoires mais tellement importantes pour l'histoire du UK. Le moment où les cheminées sortent de terre, et les ouvriers commencent à fabriquer les anneaux olympiques est tout simplement sublime...

L'HUMOUR

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Oui, c'est bien la 'reine' qui arrive en parachute. La séquence filmée où la reine – la vraie – accueille James Bond – le vrai (Daniel Craig) à Buckingham Palace, et dit au revoir à ses corgies, est désormais un classique de l'histoire visuelle du pays. De nombreuses autres blagues, comme les références aux feuilletons Eastenders, le clip de Wayne's World pour Bohemian Rhapsody de Queen, ou le sketch de Mr Bean qui "joue" avec l'orchestre symphonique,  on fait de cette cérémonie quelque chose de plus léger et de moins solennel...

LE PIED-DE-NEZ

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Les Anglais en ont rêvé, Danny Boyle l'a fait: à l'aide de lits-trampolines, et d'infirmières dansantes, il a rendu hommage à la NHS, le système de santé gratuit et unique au monde créé après la guerre au UK – une véritable critique directe du gouvernement actuel, qui essaie d'amoindrir l'énorme machine à coup de coupes budgétaires. Une séquence que personne n'a compris à l'étranger, mais un gros succès en Angleterre. Il y avait même le logo du Great Ormond Street Hospital, l'hopital pour enfants de Londres qui reçoit tous les bénéfices des livres Peter Pan, offerts par l'auteur JM Barrie.

LES RÉFÉRENCES CULTURELLES

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Il y en avait vraiment pour tous les goûts: James Bond, Le Seigneurs des Anneaux, Marie Poppins, Alice au Pays des Merveilles, Voldemort de Harry Potter, Les Chariots de Feux, la danse contemporaine d'Akram Kahn, etc... Mais avec un penchant certain pour la littérature enfantine, et le pouvoir de l'imagination...


LES STARS

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Bradley Wiggins, vainqueur du Tour de France, a sonné la cloche au début du spectacle; l'acteur Kenneth Branah a lu des vers de Shakespeare; JK Rowling, l'auteure d'Harry Potter, a lu un extrait de Peter Pan; Mr Bean à fait des grimaces, David Beckam a conduit le bateau amenant la flamme olympique vers le stade; il y avait même Tim Berner-Lee, inventeur du World Wide Web. Et au niveau des sportifs, la footballeuse Jade Bailey, sur le bateau, a passé le relais à la légende olympique Steve Redgrave, qui lui a passé le relais à la nouvelle génération de sportifs britannique. Mais "Why oh why did they have to spoil it all by dragging on Macca at the end?" (Mais pourquoi, oh pourquoi, ont-ils tout gâché en mettant Paul McCartney en finale)

LA MUSIQUE

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Juste avant le début du spectacle, le musicien folk-punk Frank Turner a chanté une chanson qui comprenait une ligne intéressante: "Come ye, come ye/To soulless corporate circus tops" (Venez, venez, vers le cirque sans âme des grandes multinationales). Ensuite, la batteuse sourde Evelyn Glennie est apparue, accompagnée de 1,000 percussionnistes. On a eu de la musique classique de Elgar et Handel, mais aussi les Pink Floyd, les Sex Pistols, les Clash, The Who, The Sones, The Kinks, les Beatles; Amy Winehouse The Sugababes; le ska classic My Boy Lollipop et A Message To You Rudy, David Bowie, Queen, Relax de Frankie Goes To Hollywood, Back To Life de Soul II Soul, Sweet Dreams des Eurythmics et Blue Monday de New Order; Firestarte des Prodigy, Born Slippy de Underworld (bande-son du film Trainspotting de Danny Boyle) et Song 2 de Blur. Le tout avec en fond une maison typiquement anglaise, et des scènes inspirées des soaps télévisés adorés des Brits.

En live, on a eu droit à Dizzee Rascal, les Arctic Monkeys et Emeli Sandé. Les fans du club de foot de West Ham, qui va sans doute s'installer dans le stade après les Jeux, ont apprécié d'entendre leur chant, I'm Forever Blowing Bubbles, et il y avait même une référence au fameux Tube de Londres, avec le Going Underground des Jam...

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LE MESSAGE

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En un mot: inclusive. Ou comme l'a tweeté Tim Berners-Lee, inventeur d'internet, "This is for Everyone". J'ai beaucoup aimé les suffragettes, les pearly kings de Londres, les Caribéens arrivant sur leur bateau le Windrush. Honneur suprême, la mère de Stephen Lawrence a porté le drapeau olympique. Même le discours du CIO a souligné l'importance de la participation des femmes (c'est la première fois dans l'histoire des JOs que toutes les équipes ont des sportives, même l'Arabie Saoudite, le Brunei et le Qatar – oui, oui je sais on est en 2012).

Aussi inclus dans le spectacle: un hommage aux victimes des attentats de Londres, qui ont eu lieu le jour d'après que Londres aie emporté les Jeux.

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LA FÉÉRIE

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Il y avait aussi de nombreuses scènes pleines de poésie, comme celle des bicyclettes-colombes de la paix... (Le public a participé au spectacle en agitant des pixels, c'était superbe; et ce sont les bénévoles/figurants sans qui ce spectacle n'aurait pas été possible qui ont reçu le plus d'applaudissements à la fin...)

LE SYMBOLISME

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Et enfin, la magnifique torche olympique, pensée par le duo Barber Osgerby, a servi à allumer un merveilleux chaudron de l'architecte Thomas Heatherwick, qui s'est refermé comme une fleur pour mieux symboliser l'unité des peuples. Un grand moment pour le design britannique.

La même scène a vu les sportifs reconnus du Team GB passer le relais à la nouvelle génération, sept jeunes sportifs plein de promesses qui ont eu le droit d'allumer le chaudron tous ensemble. Le slogan de London 2012: inspire a generation.

Le résultat de tout ça: une excellente soirée de divertissement, et une merveilleuse carte de visite pour le Royaume-Uni!