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C'est un vieux débat: ce signe à Reading date de 2005. Photo: Nick Walker


Ces derniers jours la grande nouvelle politique c'est que le UKIP, un parti décrit comme 'a party of clowns', a remporté de nombreuses élections locales – au détriment du parti conservateur au pouvoir en ce moment. Le leader du UKIP, Nigel Farage, est un drôle de zigoto dont le côté comique – il fait souvents des grimaces très Mr Bean – semble plaire aux gens. La principale – certains diraient la seule sérieuse des propositions politiques du UKIP c'est de sortir de l'Europe (c'est le UK Independence Party après tout) et de renvoyer le plus d'étrangers possible. (Notez que Farage est un descendant de réfugiés français huguenots marié à une Allemande.)

Il s'agit d'un vote de protestation contre le gouvernement de droite, et de ras le bol de la crise (et comme d'habitude, situation économique difficile = repli sur soi = xénophobie). Comme le dit ce lecteur du Guardian: "Just be glad it's him. The Greek protest vote goes to neo-nazis, the Italian protest vote to an anarchist comedian, the British protest vote goes to an ex-stockbroker called Nigel. What an extraordinarily sensible country we really are." (Soyez simplement heureux que ce soit lui. Les Grecs protestent en votant pour les néo-nazis, les Italiens en votant pour un comique anarchiste, les Anglais pour un ancien agent de change qui s'appelle Nigel. Quel pays extraordinairement raisonnable nous sommes.)

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Le fameux Nigel. Pour plus de grimaces voir ici

Résultat: les Conservateurs ont pris peur et annoncé une série de mesures anti-immigration débiles: les immigrés illégaux n'auront plus le droit d'avoir un permis de conduire (ah bon, ils avaient le droit jusqu'à présent?!); les propriétaires devront vérifier si leurs locataires sont dans le pays légalement (mais bien sûr...).

Les étrangers sont accusés de voler les jobs et les logements des Anglais, et de profiter des services publics sans rien rapporter au pays. En réalité, la majorité des économistes pensent qu'ils sont nécessaires à l'économie du pays (qui d'autre ramasseraient les fraises dans le Kent, conduiraient les minicabs de Londres, nettoieraient les hopitaux ou parlent des langues étrangères?), et ne trouvent aucun lien entre courbes de chômage et d'immigration. En ce moment 1 habitant du UK sur 8 (environ 7 millions de personnes) est né à l'étranger. C'est le même chiffre qu'en France; et le même pourcentage qu'en Suisse, un bien plus petit pays qui n'a jamais eu de colonies... (C'est plus difficile à compter, mais au moins 5.5 millions de Britanniques vivent à l'étranger. Imaginez si tous les retraités se faisaient virer d'Espagne, les familles d'Australie, les businessmen de Singapour...)

Pour ce qui est de Londres, ces bloody foreigners sont absolument essentiels, comme le rappelle The Economist: "Globalisation, distilled and concentrated in London, turned the place into the world's most international city. New York has as many foreign-born people as London – a bit more than a third – but its businesses look to America, whereas London's look out to the world." (La globalisation, distillée et concentrée à Londres, a transformé la capitale en la ville la plus internationale du monde. New York a le même nombre d'habitants né à l'étranger que Londres – un peu plus d'un tiers – mais ses business sont tourné vers l'Amérique, alors que ceux de Londres regardent vers le monde entier.)

Ce graphique du quotidien The Guardian résume bien le sujet (cliquez sur l'image pour agrandir):

Immigration

 

Par ailleurs sur ce sujet je me permet de vous recommender:

Bloody-foreigners

Bloody Foreigners: The Story of Immigration to Britain de Robert Winder, un livre excellent, plein d'anecdotes extraordinaires, qui nous rappelle que l'immigration, la xenophobie et les débats causés par les mouvements de population sont loin d'être une nouveauté. Nous sommes tous des immigrants, cela dépend simplement de jusqu'où on regarde dans le passé. Et dans le cas du UK, dit Winder, "ever since the first Jute, the first Saxon, the first Roman and the first Dane leaped off their boats and planted their feet on British mud, we have been a mongrel nation. Our roots are neither clean nor straight; they are impossibly tangled." (Depuis que le premier Jute, le premier Saxon, le premier Romain et le premier Danois ont sauté de leur bateaux et plantés leurs pieds dans la boue anglaise, nous avons été une nation bâtarde. Nos racines ne sont ni propres ni droites; elles sont impossiblement emmêlées).

Comme Winder l'explique très bien dans ce livre, 'Our aristocracy was created by a Frenchman, William the Conqueror. Our royal family is German, our language a bizarre confection of Latin, Saxon and, latterly, Indian and American. Our shops and banks were created by Jews. We did not stand alone against Hitler; the empire stood beside us. And our food is, of course, anything but British . . . (Notre aristocracie a été créée par un Français, William le Conquérant. Notre famille royale est Allemande, notre language un mélange bizarre de Latin, Saxon, et plus récemment, Indien et Américain. Nos boutiques et nos banques ont été créées par des Juifs. Nous n'avons pas résister seuls face à Hitler; l'empire tout entier était à nos côtés. Et notre nourriture est, bien sûr, tout sauf British.)

 et

Bradford: City of Dream, un super documentaire consacré à la ville de Bradford dans le Yorkshire, l'une des plus multiculturelles du pays. Autrefois ville la plus riche du UK, grâce à ses usines textiles qui ont attirés vagues après vagues d'immigrants, et aujourd'hui avec une mauvaise réputation de pauvreté et de violence. Ce documentaire se concentre pour une fois sur les aspects positifs de la ville, et rencontre ses habitants d'origines diverses, tous plus charmants les uns que les autres, de Graham, l'ouvrier du bâtiment/fossoyeur qui parle Urdu et a un sourire rayonnant; à Nav le carrossier de voitures de luxe. Vous aurez sans doute besoin de sous-titres: l'accent de Bradford est trop mignon, mais pas toujours facile à comprendre... La première partie est  sur iPlayer, et la deuxième partie sera diffusée demain soir, 16 mai, à 20h sur BBC2.