Poppy Appeal

Chaque fin octobre, les petits coquelicots de papier du Poppy Appeal poussent comme des mauvaises herbes sur toutes les boutonnières des manteaux du Royaume. Tous le monde s'y met: présentateurs télé, personnalités sportives, hommes et femmes politiques, et même Mr et Mrs Smith. Tout le monde ou presque se retrouve avec un petit poppy qui ressemble à ça:

Chaque année, environ 26 million de ces coquelicots sont vendus, récoltant dans l'ordre de £35 million de donations pour la branche caritative de la Royal British Legion, qui s'occupe d'aider les soldats blessés et de soutenir les familles des soldats morts au combat. Porter un poppy – c'est-à-dire honorer les hommes et les femmes qui risquent leurs vies pour leur pays, en Afghanistan ou ailleurs – c'est une noble cause chère aux Britanniques depuis 1920 – les fleurs faisant référence aux champs de coquelicots de la Première Guerre Mondiale, rendu célèbre par le poème In Flanders Fields (Au Champ d'Honneur).

Ces petites broches sont fabriquées par 50 personnes, pour la plupart d'anciens soldats, qui travaillent toute l'année dans la Poppy Factory à Richmond, dans la banlieue de Londres. Plus de 300,000 bénévoles se chargent ensuite de les vendre aux coins des rues du pays. Elles se portent de la fin octobre jusqu'à l'Armistice le 11 novembre, ou jusqu'au Remembrance Sunday, le deuxième dimanche de novembre.
Cette année l'organisation espère battre tous les records de donations grâce à un single et une vidéo sans musique: deux minutes de silence observées par toutes sortes de célébrités britanniques, y compris David Cameron et le chanteur d'Iron Maiden. En tout cas, si maintenant vous voulez avoir l'air plus Brit que Brit, vous savez ce qu'il vous reste à faire...
Le Blitz

Hier matin, alors que je me promenais sur Millennium Bridge, j'ai vu une scène que personne n'aurait osé imaginer il y a 70 ans: des hommes et des femmes en uniformes bleus, avec une foule médailles sur le revers de leurs vestes, croisant un groupe de jeunes touristes allemands se tirant le portrait devant la Tate Modern.
Plus de 2,500 anciens pilotes, infirmières, ambulanciers et pompiers se sont réunis à St Paul (il y avait même un Spitfire, le célèbre avion de la Royal Air Force, sur le parvis de la cathédrale), où avait lieu un service commémorant les 70 ans de la Battle of Britain et du Blitz. Le lieu est bien choisi, car St Paul a échappé par miracle au Blitz, qui a détruit tous les immeubles l'entourant - dont toutes les maisons d'éditions et presses de Paternoster Row. Remplies de livres et de papiers, elles sont vite parties en fumée.
St
Paul sous les bombes
Le 7 septembre 1940 marque donc le jour ou les Nazis ont décidé d'attaquer non seulement les cibles militaires et stratégiques mais aussi les civils britanniques. Surnommée le Blitz, du mot allemand Blitzkrieg (guerre éclair), par la presse anglaise, cette offensive a duré presque 9 mois (dont 57 nuits d'attaques consécutives à partir du 7 septembre). Chaque nuit, plus de 1000 avions allemands traversaient la Manche pour venir balancer des bombes sur les villes du Royaume-Uni, notamment Londres, Coventry, Glasgow, Belfast, Hull et Liverpool.
Le but: détruire le moral de la population avant l'invasion nazie souhaitée par Hitler. Résultat: plus de 24,000 tonnes d'explosifs ont fait plus de 43,000 victimes (dont la moitié étaient Londoniennes). Le centre ville médiéval de Coventry, grande ville industrielle, fut détruit à 75%. On dit que pendant la première moitié de la guerre, il y a eu plus de victimes parmi les femmes et les enfants que les soldats britanniques.
Voilà à quoi ressemblait les paysages urbains pendant le Blitz:

Life Magazine, Londres

Coventry
Le gouvernement connaissait bien les risques de bombardements (depuis Guernica en 1937), mais n'avait pas pris la peine de construire des abris pour la population de Londres ou d'ailleurs. Les riches se sont retirés dans leurs maisons de campagne, à l'abri des bombes visant les grandes villes. Les classes moyennes ont installé des Anderson shelters dans leurs jardins, ou des Morrison shelters dans leurs salles à manger. Les pauvres (ou ceux – un Londonien sur six – dont la maison avait été bombardée), n'ont pas eu d'autre choix que de se réfugier dans les stations de métro, ce que leur gouvernement leur avait d'abord interdit de faire. Chaque soir, plus de 60,000 personnes se réfugiaient dans le Tube dans des conditions atroces, jusqu'à ce que finalement le gouvernement cède à la pression populaire et fournisse lits et toilettes.



Et voici une autre photo très célèbre, qui comme celle de St Paul's Cathedral, est souvent utilisée pour symboliser l'esprit de résistance. Il s'agit de la bibliothèque de Holland House à Londres, où des passants choisissent calmement leurs prochaines lectures alors que des poutres calcinées menacent de tomber sur eux...

Le peuple britannique peut être fier de son Blitz spirit, ou esprit de résistance. Malheureusement, les Alliés se sont ensuite abaissés au niveau de leurs ennemis en bombardant les villes allemandes comme Dresde, faisant sans doute autant de victimes civiles que le Blitz allemand.
> Pour voir une vidéo Pathé des pompiers se battant contre les bombes incendiaires; et un excellent film en couleur des environs de Oxford Street et des nurses en plein travail
> Vous pouvez aussi visiter le Imperial War museum à Londres pour voir une bombe V2 en taille réelle, et comprendre comment la société anglaise s'est réorganisée pendant la guerre, envoyant ses enfants par milliers à la campagne, employant ses femmes à l'usine, à l'hôpital et aux champs, et utilisant la moindre de ses ressources – d'un petit bout de terrain pour planter les légumes nécessaires à la survie de l'île, au métal des grilles des parcs ou des vieilles casseroles, fondues pour fabriquer armes et avions.
Les Onions Johnnies

Mais d'où vient donc ce fameux cliché du Français habillé d'un pull à rayures, coiffé d'un béret, portant une baguette et allant à bicyclette, que les Anglais ne se lassent pas d'utiliser dans leur cartoons et autres caricatures? Pour le pull, c'est évident: la Bretagne et ses marinières sont après tout les plus proches voisines du Royaume-Uni... Et pour ce qui est de la baguette, c'est aussi très simple: aucun autre pays au monde n'a de pains aussi longs. Freud aurait sans doute quelques commentaires à faire à ce sujet...
Reste la bicyclette et le béret. La bicyclette étant une invention germano-écosso-française (un français a inventé la bicyclette à pédale en 1860); le béret un couvre-chef d'abord perché sur les cranes de la Grèce Antique et des marchands du moyen-âge avant de connaître ceux des Pyrénées.
Mais en fait, le Français à bicyclette, c'est plutôt un Breton qui vend des oignons.
L'image d'un homme à bicyclette portant un beau béret noir est étroitement associée à celle des Onion Johnnies (les Jeannot aux Oignons), le surnom donné aux fermiers bretons de la région de Roscoff qui venaient vendre leurs oignons rosés en faisant du porte à porte au Royaume-Uni. Se déplaçant de par le pays sur des vélos chargés de tresses d'oignons, ils étaient bien souvent les seuls Français à des kilomètres à la ronde – en tout cas les seuls que les Britanniques ordinaires avaient l'occasion de rencontrer.

The Telegraph
Durant les années 1920, l'âge d'or des Onion Johnnies, plus de mille Bretons traversaient la Manche chaque année pour aller vendre leurs oignons. Ils y restaient de juillet à janvier, stockant leurs oignons dans un entrepôt - en 1929, plus de 9,000 tonnes d'oignons on été importées en Grande-Bretagne. La raison de leur succès: avant la Seconde Guerre Mondiale, le UK importait 55 millions de tonnes de denrées alimentaires, y compris 80% de ses fruits et légumes.

Aujourd'hui, il reste une vingtaine de Johnnies, qui vendent leur marchandise dans les farmers' markets du sud de l'Angleterre, dont celui-ci (qui vient avec son béret et son drapeau breton):

Treehugger
J'ai découvert les Onion Johnnies grâce à un épisode de Coast, une très belle série de la BBC2. Ils en sont à leur cinquième saison, et ont récemment diffusé un épisode sur la Bretagne que je vous conseille vivement. Vous y entendrez – entre autre – un Onion Johnny expliquer son métier, et comment il est tombé amoureux d'une anglaise, ainsi que des vétérans de l'Ile de Sein raconter leur combat dans une interview très émouvante.
> Si vous êtes au UK, vous pouvez regarder l'épisode de Coast sur les Onion Johnnies sur BBC iPlayer jusqu'au 15 septembre. Si vous n'êtes pas au UK, malheureusement des problèmes de droit de diffusion vous empêchent de regarder la BBC de manière aussi simple. Mais il y a une solution un peu technique pour ceux qui surfent le net avec Firefox: changer de proxy et faire croire à la BBC que vous utilisez un serveur britannique (je reviendrais bientôt sur ce sujet).
> Lisez cet article du Telegraph en anglais, ou ce document PDF en français, anglais et breton très intéressant sur l'histoire des Onion Johnnies
> Si vous êtes en Bretagne, visitez La Maison des Johnnies et de l'Oignon de Roscoff
Les ice cream vans

Un été au Royaume-Uni ne se conçoit pas sans une visite ou deux a l'ice cream van. On les entend arriver de loin, ces camionnettes à glace, leur petit carillon musical annonçant beaux jours et petits plaisirs glacés. Chaque van a un nom (Picaddilly Whips, Mr Whippy, Mario's Soft Ices) et un jingle (de O Sole Mio et Lily Marlene à Jingle Bells) qui permet à ses clients de le reconnaître avant même qu'il n'arrive dans leur rue.
Il y aurait environ 5,000 ice cream vans au Royaume-Uni, et la compétition a toujours été grande entre vendeurs de glace pour patrouiller un quartier d'amateurs de glaces ou obtenir la meilleure position à la sortie d'un parc ou d'un lieu touristique. Chacun se bat pour son 'patch' (territoire). Les ice cream vans ont même été en guerre à Glasgow: dans les années 1980, durant les Ice Cream Wars, les gangs du coin utilisaient les ice cream vans pour blanchir de l'argent et cacher leurs dealers de drogue.
Les premiers vans, tirés par des chevaux, sont apparus vers 1850, lorsque les immigrés Italiens (qui vivaient alors de leurs orgues de barbarie et de la vente de châtaignes en hiver) se sont mis à vendre de la glace dans la rue. Les glaces étaient servies dans des petits verres pas très propres ou en sandwich de gaufre. Petit à petit, les orgues ont disparu et se sont transformés en jingles, les chevaux ont laissés place aux moteurs, et les verres aux cornets.
Aujourd'hui les vans offrent des boissons hors de prix aux touristes et des glaces globales comme Magnum, Cornetto ou Solero, mais aussi des ice creams très Britanniques:

1 Le 99
La glace britannique par excellence. Pour ceux qui aiment la glace vanille toute molle, servie avec un morceau de chocolat, le Flake de Cadbury. Cette glace traditionnelle porte le même nom depuis 1930, mais personne n'en connaît l'origine ou se qui se cache derrière le chiffre 99. La glace n'a jamais coûté 99 pence, et le flake ne mesure pas 9.9cm. La meilleure explication de ce mystère à mon avis: elle s'appelle 99 car on la mange en 99 secondes.
2 Le Twister lolly
Cette lolly (glace à l'eau) est composée d'une spirale de glace à l'ananas et au citron vert, et de glace vanille, entourant un sorbet à la fraise. Vendue depuis 1982, c'est la préférée des enfants, avec la Calippo orange bien sur. Une glace au parfum tropical, sans colorants ou parfums artificiels.
3 Fruit pastilles ice lolly
Cette glace à l'eau est basée sur de célèbres bonbons anglais, les Rowntree's fruit pastilles, originaire de York. Elle est composée de sorbet citron, citron vert, fraise, cassis et orange, sans colorants ou parfums artificiels.
> Pour entendre des jingles enregistrés à Manchester – sur le site du Manchester Evening News
> Pour voir une vidéo d'un concert de ice cream van sur le site du Guardian
> Pour voir une vidéo d'un vendeur expliquant son métier, et comment la compétition des petits magasins et l'interdiction pour les vans de stationner devant les écoles (pour pas que les enfants dépensent leurs argent pour le déjeuner en glaces) rendent son travail de plus en plus difficile.
Les London Bombings, triste anniversaire

Les Londoniens commémorent le cinquième anniversaire des London Bombings, les attentats dans le métro et sur un bus qui ont fait 52 victimes et environ 700 blessés le 7 juillet 2005. Aujourd'hui le risque d'attentat est toujours très important, les services de renseignements disent même qu'une seconde attaque est 'très probable'. Seuls changements depuis 2005: un mémorial de 52 colonnes de métal, dédié aux victimes, a été érigé dans l'est de Hyde Park; le nombre de caméras de surveillance dans le métro londonien est passé de 8,500 à 12,000; et une comédie se moquant de quatre terroristes britanniques d'origine indienne, Four Lions, est sortie au cinéma.
C'était mon premier été à Londres, je venais de terminer mes études de journalisme. Voici deux de mes articles sur les attentats, publiés dans la Tribune de Genève:
FATALISTE, LE PEUPLE DE LONDRES EST RENTRÉ À PIED (8 juillet 2005)
Cela devait arriver. Hier, dans les rues de Londres, c’est le caractère inévitable de la situation qui primait dans les esprits. Les Londoniens ne sont pas fatalistes, mais réalistes. Après des années à craindre les bombes de l’IRA, ils se sont fait à l’idée : Londres est une cible de choix pour les terroristes de tout pays, et contrôler les milliers de bus et de métros qui circulent chaque jours à travers la ville est une tâche impossible.
Vers midi pourtant, dans les rues commerçantes à quelques minutes de marche à peine de la gare de King’s Cross, où une bombe a tué au moins 21 passagers, tout était comme d’habitude. Tous les magasins étaient ouverts, les restaurants et pubs bondés, et les agences immobilières recevaient même des clients. Seul signe des attentats: l’entrée de la station de métro était fermée, et pas un seul des fameux bus rouges à deux étages, symboles de la ville, ne circulait.
Mais plus près des scènes des attentats, une atmosphère irréelle régnait dans les rues. Le silence d’abord était surprenant. A part quelques véhicules de secours, pas une voiture en vue, et presque aucun trafic sur les plus grands arcs de circulation qui ceinturent la ville. Et partout, des milliers de gens sur les trottoirs en train de marcher calmement, encadrés par d’innombrables policiers en vestes jaunes fluorescentes, chargés d’aider les gens à trouver leur chemin entre les rues barrées.
Mis à part les témoins des attentats, encore sous le choc, les citadins ne paraissaient pas si surpris, et surtout très peu paniqués par la situation. En quatre heures de marche au centre de la ville, pas une scène d’affolement. Le plus grand problème pour des milliers de citadins était de savoir comment rentrer chez eux. Faisant preuve de solidarité, les taxis prenaient plusieurs passagers en même temps, mais beaucoup restaient coincés au centre-ville. « J’ai été à King’s Cross, j’ai essayé la gare Victoria, mais tout est fermé, aucun train ne circule» explique cette passante qui habite en banlieue. « Je ne sais plus comment rentrer à la maison.»
Aux alentours de King’s Cross, une des plus grandes gares et station de métros du nord de Londres, de nombreux touristes et voyageurs se retrouvaient perdus, tirant leurs bagages sous la pluie. « Je suis vraiment sous le choc. C’est la première fois que je viens en Angleterre, et je viens d’arriver de l’aéroport. Je ne sais pas comment retrouver mes amis maintenant,» dis Ladislav Tvaruzek, étudiant à Prague. « Mais tout le monde m’aide, et les policiers distribuent des cartes de la ville.» Comme lui, de nombreux touristes se sont retrouvé coincés près de la station de métro Russell Square, qui se situe juste à côté du British Museum. Le musée et toutes les autres attractions touristiques fermées, les touristes n’avaient pas d’autre choix que de marcher vers leur hôtel.
Tous les usagers quotidiens du tube, le métro londonien, pensent de temps à autre au scénario catastrophe, surtout lorsqu’une rame est en panne ou une station évacuée - ce qui arrive régulièrement d’ailleurs. Mais ces jours-ci, les citadins étaient plus occupés à fêter leur futurs Jeux Olympiques et assister à Live 8, le concert de charité géant organisé pour le G8. James, un consultant financier croisé en fin d’après-midi, s’étonne d’ailleurs qu’aucun incident n’ait eu lieu samedi dernier, alors que des centaines de millier de personnes étaient rassemblées à Hyde Park. « Pourquoi ont-ils attendus jusqu’à aujourd’hui ? Pourquoi pas hier soir, alors qu’il y avait foule à Trafalgar Square pour fêter la victoire de Londres pour les JO ?» se demande-t-il.
Ljiliana Mitevska, une jeune Macédonienne faisant un stage à la City, raconte : « J’étais en retard, j’arrivais juste au métro lorsque j’ai appris qu’il y avait eu des explosions. J’ai décidé de rentrer chez moi et en arrivant à la maison, je me suis rendue compte que l’un des métros avait explosé juste avant Moorgate, la station où je descends d’habitude.» Comme la majorité des sept millions d’habitants, elle à l’impression d’y avoir échappé belle.
LES LONDONIENS REFUSENT DE SE LAISSER INTIMIDER (9 juillet 2005)
«Franchement, la meilleure chose à faire, c’est d’aller au pub attendre que tout rentre dans l’ordre.» Voilà ce que disait jeudi matin une policière à des passants désorientés, symbolisant l’attitude générale ces derniers jours. Flegme britannique, pragmatisme ou indifférence ? Les Londoniens ont repris bus, métro et train-train quotidien sans trop de problème, moins de 24 heures après les attentats, et en dépit de nombreuses interruptions sur le réseau de transport.
Sur les trains de banlieue desservant le centre-ville vendredi matin à l’heure de pointe, il y avait déjà environ 60% du nombre de passagers habituel. Même si la vie ordinaire reprend son cours, les usagers des transports publics n’oublient pas les évènements et restent anxieux. Jonathan Said, économiste à la City, explique: « On savait bien que cela allait arriver tôt ou tard. J’utiliserais encore le métro, mais toujours avec ce qui c’est passé jeudi en tête. »
« Même avant ces évènements, je ressentais des moments de nervosité en prenant le métro, particulièrement lorsque les trains s’arrêtaient au milieu des tunnels » dis Madeleine Courtney, étudiante en droit. « Je n’irais pas jusqu’à dire que je vais éviter de prendre les transports publics mais je crois que je vais, comme beaucoup de personnes, être beaucoup plus vigilante. C’est comme si c’était un cauchemar que tout le monde savait allait un jour devenir réalité. »
Quand à Max Bölhoff, qui travaille à Westminster, il estime que « comme tout le monde fait attention à présent, voyager devrait être encore plus sur que jamais.» « Comme j’habite au sud de la ville ou il n’y pas de cibles intéressante pour les terroristes, ça ne me dérange pas d’utiliser les transports publiques,» explique-t-il. Comme beaucoup d’autres salariés, il est pourtant resté à la maison vendredi, suivant les consignes de son employeur.
Contrairement aux bravades islamistes publiées sur un site internet proche d’Al-Qaeda, Londres ne semble pas du tout « ravagée par la peur, la terreur et la panique.» Les habitants semblent suivre le ton donné par Ken Livingstone, le très populaire maire de Londres : «Peu importe ce que vous faites, ou combien vous tuez, vous échouerez.»
Partout, on affirme que les Britanniques ne seront pas intimidés. C’est l’esprit du Blitz qui revient, dit-on, en prenant exemple sur la résistance des Londoniens aux bombes allemandes qui tuèrent 20 000 habitants et laissèrent la capitale en ruine. Dans les journaux populaires, les titres se suivent et se ressemblent. « Opération Résistance » écrit le Sun, alors que le Daily Mirror rajoute le slogan “Nous résisterons” juste en dessous de leur logo habituel, avec en une : « Ensanglantés mais invaincus ». Quant au Daily Express, il titre : « Les poseurs de bombes ne détruiront jamais l’esprit puissant de cette ville.»
La capitale semble trop grande, trop étendue et trop importante pour se laisser intimider. Comme l’écrit Peter Ackroyd, historien et auteur de La Biographie de Londres : « Durant tous ses crises, émeutes et incendies, Londres est restée étonnement calme ; elle a basculé, s’est inclinée, avant de se remettre d’aplomb.» Selon lui, l’une des raisons de cette force est l’importance à Londres du commerce et des affaires : c’est le business qui l’emporte.
Même l’humour britannique fait de la résistance. Le Daily Mirror s’interroge: “Comment faire face à notre propre 11 Septembre? Ne paniquez pas, n’arrêtez pas de voyager, ne vous tournez pas vers l’extrême droite, ne voyez pas de l’anthrax au là où il n’y a que du talc, et ne perdez pas votre dignité à cause de ce ramassis de vulgaires assassins.”



Les images de ce message sont tirées du site We're Not Afraid, un site montrant des photos envoyés par des Londoniens ou leurs amis. C'était une des premières réactions populaires après les attentats, les gens voulant prendre parole pour dire aux terroristes qu'ils ne gagneraient pas, et qu'il n'étaient pas près de se laisser 'terroriser'.
St George's Day

Le 23 avril, on fête le saint patron de l'Angleterre. Enfin, quand je dis on fête, c'est une exagération. Alors que pour la St Patrick des Irlandais on voit des leprechauns (farfadets) verts partout en Angleterre, et que la Burns night des Écossais remplit les pubs de Londres avec des menus spéciaux haggis et whisky, la St George n'attire pas grande foule. D'ailleurs, ce n'est même pas un jour de congé officiel.
À la place d'une liesse nationale avec feux d'artifices à gogo, on a droit à de tout petits évènements: un concert gratuit de Joe Brown (non moi non plus je ne savais pas qui c'était) aura lieu samedi à Trafalgar Square, l'office de tourisme de Colchester distribue scones et confiture, des parades et batailles en costumes ont lieu de Wymondham à Runnymede, et le zoo de Dudley organise une course au dragon pour l'occasion. Comme on dit par ici, it doesn't get more exciting than that...
St George, qui n'a probablement jamais mis les pieds en Angleterre, et qu'on dit venir de Turquie, fut popularisé au 12ème siècle par Richard Cœur de Lion, dont les soldats portaient la croix de St George sur leurs tuniques. Au 15ème siècle, le St George's Day était aussi important que Noël. Mais avec l'union de l'Écosse et de l'Angleterre au 18ème, les traditions (comme de porter une rose rouge, symbole du pays, à la boutonnière) ne tardèrent pas à se perdre.
Aujourd'hui, malgré le fait que St George soit le saint patron de l'Angleterre depuis le 14ème siècle, seul un Anglais sur trois sait que St George's Day a lieu le 23 avril. Ce mois-ci, un sondage révèle que l'Angleterre est la moins patriotique des nations européennes et que 40% des Anglais ne savent pas pourquoi St George est leur patron. Beaucoup aussi ont dit ne pas vouloir brandir le drapeau par peur d'être accusé de racisme, la croix de St George étant associée dans l'imaginaire populaire avec les partis politiques racistes et xénophobes comme le BNP.
En fait, la plupart des gens ne se sentent capables de brandir le drapeau que pour des évènement sportifs, comme les matchs de cricket et de rugby (il y aurait eu une augmentation des ventes de drapeaux anglais en prévision de la coupe du monde de foot en Afrique du Sud). Pour empêcher la fête nationale de disparaître, beaucoup d'associations comme English Heritage, qui protège les sites historiques du pays, tentent de convaincre les gens de participer et de fêter ce cher George, soldat romain et martyr chrétien, qui est aussi le saint patron de l'Éthiopie, de la Géorgie, de la Grèce, de la Lithuanie, de la Palestine, du Portugal et de la Russie.
Mais comme George ne parait pas très populaire, certains suggèrent de le remplacer par William: Shakespeare serait né le 23 avril 1564 et mort le même jour en 1616, et ferait un bien meilleur héros anglais. En tous cas, ne vous attendez pas à de grandes festivités si vous êtes en Angleterre le 23...
> Le site St George's Holiday milite pour faire du 23 avril un jour de congé. D'après lui, ce serait une bonne occasion pour les Anglais de reconnaître ce qui les unis (du football au fish and chips, du cricket au curry) et de rattraper le reste de l'Europe qui a bien plus de jours de congé.
> Si vous voulez tout de même fêter ça, vous pouvez acheter un party kit. Notez que la compagnie (anglaise) qui le vend doit quand même expliquer ce qu'est le St George's Day et donner la date...
Les îles au trésor

La géographie absurde des anciennes colonies veut que même de tout petits bouts de territoires peuvent causer bien des soucis et attirer bien des convoitises. Cette semaine, ce n’est pas les grandes causes de l’Irlande du Nord ou du Tibet qui font parler d’elles, mais bien deux petites ‘drop in the ocean’, deux gouttes de terre perdues dans l’Atlantique Sud. Il s’agit des Falklands, 3,000 habitants, 750,000 moutons, 1 million de pingouins.
Et ce qui met les Falklands (c’est à dire les Malouines ou les Malvinas) au menu des querelles diplomatiques du jour, et met de l’huile sur le feu de l’ancien conflit entre le Royaume-Uni et l’Argentine, c’est bien sur le pétrole. Une société britannique commence cette semaine à forer à 100km au nord de l’île. Elle a remorqué une plate-forme pétrolière depuis l’Écosse – et oui, on ne recule devant rien pour un trésor potentiel de 60 milliards de barils d’or noir. Tout cela plaît moyennement au gouvernement argentin, qui tente de mettre des bâtons dans les proues des navires britanniques (dont beaucoup de bateaux de croisières transportant des touristes venus voir les pingouins) se dirigeant vers la capitale de l’île, Port Stanley.

Port Stanley, capitale des Falklands
Tout cela donne une bonne excuse pour se pencher sur l’histoire fascinante de ces deux îles isolées, qui apparaissaient déjà sur les cartes espagnoles et hollandaises au début du 16eme siècle, et furent redécouvertes – inhabitées – en 1764 par Louis Antoine de Bougainville. Et si l’on considère que les îles et leurs trésors appartiennent à leur premiers habitants, le pétrole des Falklands doit donc revenir aux Bretons. Ce sont bien des marin-pêcheurs de St Malo (d’où le nom de l’île en français) qui se sont installés sur les deux bouts de rocher les premiers. Mais comme d’habitude, les questions de frontières et d’identité nationale sont bien plus compliquées.
C’est pourquoi, malgré la géographie (400km les séparent des côtes argentines, contre 8,000km du Royaume-Uni) et l’histoire (découvertes les Amérindiens, repérées par les Espagnols et les Hollandais, colonisées par des Bretons, abandonnées à l’Espagne par le Royaume-Uni en 1776, reprises par l’Empire Britannique en 1883) les Falklands sont bien l’un des 14 Territoires d’Outremer du Royaume-Uni – comme Gibraltar ou les Cayman Islands. Avec leur propre gouvernement, monnaie (la Falkland pound) et timbres, et surtout le plus haut niveau de vie d’Amérique du Sud.
Les 3,000 Falklanders n’ont jamais voté pour ou contre l’indépendance de leurs îles. On dit que la grande majorité étant d’origine britannique, il est évident que leurs votes ne seraient pas en faveur de l’Argentine. Mais ce qui fait surtout pencher la balance du côté du UK, c’est les énormes avantages économiques dont les îles bénéficient en restant liées à Londres et non à Buenos Aires.

La fameuse Falklands War de 1982, causée par l’invasion des îles par la junte militaire argentine et gagnée par le UK de Margaret Thatcher, dura plus de deux mois et fit 649 victimes argentines et 255 britanniques. Elle ne divisa pas du tout les habitants. Leur gouvernement a encore rappelé l’année dernière que les îles voulaient rester British, thank you very much, et qu’elles considéraient les demandes argentines (tous les gouvernements argentins depuis 1883 ont répété que les îles leur appartenaient et qu’ils les récupéreraient un jour) comme une nouvelle forme de colonisation.
Les anciens colonisés (Nicaragua, Mexico, Venezuela) soutiennent l’Argentine, le Royaume-Uni ne cède pas le terrain, et tout ça va se retrouver sur la pile des dossiers du bureau de l’ONU plus tard cette semaine. Peut-être décideront-ils d’un référendum pour régler le problème en tout et pour tout.
Affaire à suivre.
