Le Royaume-désuni

À chaque fois que l’on parle d’Écosse dans les médias, je rigole. Car son premier ministre s’appelle Alex Salmond (presque comme salmon, ou saumon en anglais) et son adjointe Nicola Sturgeon (esturgeon). Au pays du saumon fumé, c’est génial – un peu comme si le président français s’appelait M Nicolas Camembert...
Mais voici que cette semaine on parlait beaucoup d'un truc beaucoup plus sérieux: l'union entre l'Écosse et l'Angleterre, et d'un possible divorce. Commençons par le commencement: savez-vous ce que c'est que la dévolution du pouvoir? C'est un transfert ou une délégation de pouvoir politique d'une entité à une autre. Dans le cas du Royaume-Uni, c’est le transfert du pouvoir de l’état central aux pouvoir régionaux d’Irlande du Nord, du Pays de Galle et d’Ecosse. Ce processus a commencé en 1997 avec l’élection de Tony Blair, dont l’une des promesses de campagne était de créer ou re-créer des insitutions pour l’Écosse et le Pays de Galles.
Le résultat aujourd’hui c’est que le Pays de Galles et l’Irlande ont chacun une Assemblée Nationale, et l’Écosse un parlement, fondé après plusieurs référendums. (De fait, le seul membre du Royaume-Uni sans parlement propre c’est l’Angleterre). Ils ont donc leurs propres lois, leurs propres ministres de la justice, finance ou agriculture, et même leur propres billets de banque pour certains. Westminster n’a pas cédé tous ses pouvoirs, et se réserve le droit de réguler le salaire minimum, l’aviation civile, les marchés financiers ou des droits de propriétés intellectuelles par example.
Le premier ministre écossais, Alex Salmond donc (on dit first minister, alors que Cameron est prime minister), est partisan d’une séparation de l’Écosse, selon lui l’étape suivante après la dévolution. Il a donc remis sur le tapis l'idée d'un référendum qui demanderai aux écossais de choisir leur camp: avec ou sans le UK. Salmond dit qu’il faut du temps pour débattre et prendre une décision sur un sujet aussi important, et souhaite l’organiser pour 2014 (accessoirement l’anniversaire de la bataille de Bannockburn, une victoire décisive de l’Écosse sur l’Angleterre).
Cameron l’a pris au mot et souhaite organiser un référendum le plus vite possible – il s’attend donc à ce que la majorité des Scottish refuse de se séparer. Après tout, cela fait des siècles (enfin depuis 1707 et les Acts of Union) qu’ils font leur petit bout de chemin ensemble. Selon les sondages, seul un tiers des Écossais seraient pour une séparation d’avec le Royaume-Uni. C’est pourquoi Salmond veut poser une seconde question durant le referendum (en gros, voulez-vous plus de dévolution et plus de pouvoir pour l’Écosse), ce que Cameron refuse. Pouvez-vous imaginer le drapeau Union Jack sans la croix bleue écossaise?
S’il est difficile d'imaginer le Pays de Galles (trop petit, pas assez de ressources, quoi que... voir cet article du Guardian) ou l’Irlande du Nord (un passé chargé pas encore réglé, le voisin du sud trop puissant) s’émanciper, il n’en est pas de même pour l’Écosse, qui a de nombreuses industries (whisky, tourisme, pêche. hi-tech, centres d'appel, etc), une longue histoire, et surtout... du pétrole et du gaz (sans parler du vent et de la marée pour les énergies renouvelables). Vous trouverez ici un petit résumé des dates importantes dans l’histoire des relations Anglo-écossaise, et là 12 problèmes/questions posée par le référendum.
Il semblerait que le processus de dévolution soit de plus en plus normal pour les habitants du UK. Selon un sondage Ipsos Mori de ce mois-ci, deux tiers des Britannique pensent que le Royaume-Uni n’existera plus dans deux décennies... Personnellement, je n’en suis pas si sûre... après tout, the more the merrier (plus on est de fous plus on ri)!
Les tentes et les caravanes

Cette semaine en Angleterre il y deux histoires de 'nomades' dans l'actualité: d'un côté, les campeurs de St Paul, et de l'autre, les Travellers de Dale Farm. Toutes deux polarisent l'opinion: faut-il laisser faire ces empêcheurs de tourner en rond?
Occupy London

Photo: Graeme Robertson/Guardian
Ces campeurs font partie d'un mouvement international (voir carte) né sur Wall Street. Ils sont devant St Paul parce que c'est à côté du London Stock Exchange. Cela fait depuis samedi qu'ils se sont installés, et je dois dire que le nombre de tentes est impressionant (plus de photos ici). J'y suis passée hier en rentrant du boulot, m'attendant à seulement une vingtaine de tentes... En fait, ils seraient déjà plus de 250, et certains prévoient de rester là-bas jusqu'à Noël.
Comme le fait remarquer le Daily Mail (qui propose également des portraits des manifestants et des vidéos), ils sont contre le capitalisme et tout un tas d'autres choses, mais ils font quand même la queue chez Starbucks et boivent du Coca. Certains portent le masque du film V For Vendetta, représantant Guy Fawkes. Leur but: de montrer le mécontentement des 99% de la population qui souffre de la cupidité du 1% restant. Un coup de pub pour des sentiments nobles, mais je ne vois pas bien ce qui va en ressortir.
Le seul résultat concret pour le moment, c'est que les magasins de Paternoster Square, où se trouve le London Stock Exchange, sont en train de couler (la police bloque l'accès à la place), et pensent déjà à virer du personnel pour survivre... Quand aux religieux de St Paul, d'abord bienveillants (ils ont demandé aux policiers de s'en aller de devant l'église, et soutiennent le droit des manifestants à manifester), ils ont eux aussi vu fondre leur chiffre d'affaire...
Dale Farm

L'autre actualité c'est l'histoire des habitants de Dale Farm, dans l'Essex près de Basildon. Cela fait depuis les années 1960 qu'une communauté de Travellers (les mêmes qui fêtent la Appleby Horse Fair et qui mettent des robes de mariée géantes) s'y est installée légalement - le terrain leur appartient. C'est une ancienne décharge au milieu d'une 'green belt' (ceinture verte) où il est interdit de construire. Seulement le campement de caravanes a doublé de volume, et la moitié est illégale. Cela fait dix ans que la ville tente de régler le problème, en proposant d'autre logements etc, mais rien n'y fait, ils ne veulent pas partir.
Après toutes sortes de rebondissements judiciaires, la police est entrée mardi matin dans le camp – le plus grand du UK – pour les expulser de force (lire le résumé de la BBC; voir plus de photo). Et ce malgré la condemnation d'organisations comme Amnesty International. Cela s'est fini en bataille rangée, la police utilisant des tasers, les habitants foutant le feux à leur propre caravanes et leur balançant des bouteilles à la gueule.
Ici certains disent tant mieux, il fallait les virer, pourquoi y aurait-il une loi pour les gens 'normaux', qui ne peuvent pas construire dans leur jardin quand ça leur chante, et une autres pour les Travellers? Pourquoi s'appitoyer sur leur sort, alors qu'ils ont refusé des logements proposés par la ville? D'autres rappellent que les Travellers ne peuvent plus voyager, car les autorités municipales ne sont plus obligées de fournir des sites adéquats. Ils sont aussi considérés comme des sous-citoyens par le plus grand nombre, et n'ont aucune envie de se retrouver dans un HLM loin de leur proches, et entouré de gens qui les méprisent. Résultat des courses: des familles sans abris, un terrain vague abandonné, et une facture de £18m pour la ville de Basildon et la police.
Ajoutez à cela des factures qui grimpent et un ministre qui démissione (sans parler des températures qui baissent et des jours qui racourcissent) – l'humeur est certainly maussade en ce moment...
Tony Blair et son Ghost

Ce week-end j'ai enfin eu le temps de visionner The Ghost Writer de Roman Polanski, sorti en 2010. Un film excellent, basé sur le thriller de l'écrivain anglais Robert Harris, et réalisé avec l'aide de grands acteurs: Pierce Brosnan (un irlandais) joue Adam Lang, un ancien premier ministre britannique, Ewan McGregor (un écossais) joue son nègre, chargé d'écrire ses mémoires alors que le nègre précédent est mort noyé, Olivia Williams (une Londonienne) sa femme, et Kim Cattrall (une Liverpudlienne/Canadienne) sa maîtresse:
Harris avait eu l'idée d'un huis-clos avec ces personnages depuis des années, mais ne savait pas trop quoi en faire. Jusqu'au jour où il a entendu quelqu'un à la télé dire que Tony Blair devrait être amené devant le tribunal de la Hague pour crime contre l'humanité pour son rôle en Irak. Et paf, son sujet est devenu d'actualité, Adam Lang rappellant Tony Blair sans trop foncer les traits...
C'est un thriller drôlement bien ficelé (lire la critique du Monde), ou les machinations politico-économiques se mêlent aux influences sournoises de la CIA. À la fin du film, on se dit, ouf, heureusement que tout ça ce n'est qu'une belle histoire et que ces complots si convaincants ont été inventés de toutes pièces.

Sauf que deux jours après, j'ai visionné un autre film, et appris que la réalité dépasse la fiction. Je parle du documentaire de la chaîne Channel 4, The Wonderful Word of Tony Blair, qui a été diffusé hier soir au UK. C'est une enquête de Peter Oborne pour le magazine d'investigation de la chaîne, Dispatches, qui se penche sur Tony Blair le businessman et envoyé pour la paix au Moyen-Orient, et sur l'immense fortune qu'il a amassé depuis qu'il n'est plus premier ministre.
En quatre ans, il s'est enrichi plus que tout autre ex-premier ministre, mais son entreprise, Tony Blair Associates, est complètement opaque et profite sans aucun doute de son rôle politique, niant ainsi tous les principes de bonne gouvernance et leadership que le jeune Tony applaudissait il y a quelques années. Un documentaire très intéressant, que vous pouvez voir ici jusqu'à la fin du mois, ou sur Youtube.
PS je vous avais déjà parlé il y a quelque mois des mémoires de Tony et de sa photo op...
Les UK Riots, la suite
Les émeutes semblent bel et bien terminées (jusqu'à Notting Hill Carnival, peut-être?), les policiers gallois sont sans doute rentrés chez eux, mais le sujet (lire mon billet précédent pour en savoir plus) est toujours d'actualité ici:
• on se moque des looters sur Photoshoplooters, où l'on retouche les images à qui mieux mieux pour se foutre de la gueule des ces émeutiers. Ça défoule, et ça fait bien rigoler (toutes les images de ce billet proviennent de ce site)
• plus de 1,500 personnes ont été condamnées (voir plus de chiffres ici). Beaucoup de suspects ont vu leur photo s'afficher en grand sur leur télé, ou sur ce van à Birmingham

• Cinq personnes sont mortes durant ces riots: trois jeunes hommes ont été fauchés par une voiture alors qu'ils défendaient leur quartier; un homme s'est fait tabasser alors qu'il essayait d'éteindre un incendie; et un jeune homme s'est fait poignarder. Une vraie tragédie, mais pour cet américain, un bilan bien moins grave que ce qui aurait pu avoir lieu chez lui...
• Environ 100 familles ont tout perdu dans des incendies à Croydon et Tottenham.
•On a vu beaucoup d'images de parents sortant des tribunaux avec leurs enfants, se cachant sous leurs hoodies pour ne pas être reconnus. Une jeune fille de 14 ans est venue au tribunal sans adulte pour l'accompagner, et le juge a dû demander que l'on fasse venir sa mère (qui était au boulot) avant de reprendre son jugement. On a aussi vu des mamans amener leurs rejetons au poste de police.

•Trois des victimes des riots ont été plus qu'aidées par la générosité d'inconnus: comme je vous le disais, Help Siva, qui a récolté plus de £13,000 pour aider un petit commerçant, et Keep Aaron Cutting, qui a amassé plus de £35,000 pour Aaron Bieber (cf post précédent). Et le jeune Malaysien qui s'est fait démonter la mâchoire puis voler, va lui recevoir £22,000 grâce au site Something Nice for Ashraf.
• Les rioters étaient âgés de 12 à 58 ans, et seulement 20% d'entre eux avait moins de 18 ans. Il n'y avait pas que des jeunes désoeuvrés dans le lot, mais des modèles, des ballerines, des anciens soldats... et des gens plutôt riches.

• Forcément les politiciens veulent marquer des points, et font n'importe quoi dans l'espoir de gagner des votes. Par exemple, ils proposent d'interdire Twitter et les sites du genre en cas d'émeutes (ce qui est contraire à pas mal de lois, et abaisserait le UK au niveau de la Chine et co).
•Tout le monde rejette la faute les uns sur les autres, la gauche accuse la droite, la droite accuse les flics, et les flics leurs rendent la pareille... On ne s'en sort plus!
• Les juges condamnent des jeunes à des peines disproportionnées pour montrer l'exemple (ce que beaucoup verront surtout comme l'exemple de l' injustice de la justice). Le dernier scandale en date: deux jeunes ont été condamnés à 4 ans de prison chacun pour incitation à l'émeute sur Facebook (émeute qui n'a pas eu lieu).
• Les autorités municipales ont décidé de virer les gens qui ont participé aux émeutes de leurs cités: une famille va se faire expulser de son HLM car le fils est accusé d'avoir participer aux émeutes. Comment cela va résoudre le problème, je ne vois pas bien...
Malheureusement, politiques (affaire des dépenses), médias (affaire des écoutes) et flics (meurtres de Ian Tomlison et Jean Charles de Menezes) ont tous perdu leur autorité morale ces dernières années (cf l'article de Peter Oborne déjà mentionné dans mon post précédent), et ne peuvent donner de leçons à personne...
Je finis avec cette mises en perspective très populaire ces jours-ci au Royaume-Uni:
£50 000 000: coût du fond débloqué par le gouvernement pour Londres après les riots
£100 000 000: coût des émeutes 2011, payable par les assurances et non par les contribuables
£112 000 000: montant volé par les hommes politiques à leurs contribuables avec des notes de frais bidons
£7 000 000 000: coût de l'évitement fiscal des britanniques les plus riches
£131 000 000 000: coût de la crise bancaire pour les contribuables britanniques
Comme quoi les voyous en costard sont biens plus inquiétants que les jeunes à capuche... Sauf si vous habitiez au-dessus d'un magasin de télé à Croydon, évidemment.
News of the World

LA nouvelle de cette semaine au Royaume-Uni, c'est que News International, l'empire médiatique de l'Australien Rupert Murdoch, a décidé de fermer le tabloid britannique News of The World, au centre d'un scandale d'écoutes téléphoniques et de corruption de policiers (Lire le résumé de l'affaire par Le Monde). Le dernier numéro, avec "Thank you & Goodbye" en gros titre, est paru aujourd'hui (et les journalistes du NOTW, suivant la plus grande tradition de Fleet Street, se sont ensuite empressés d'aller au pub). Comme l'explique si bien la BBC, "The crisis that closed the News of the World is, arguably, the third great crisis of trust in recent years. First the banks, then MPs expenses, now the media." (La crise qui a fait fermer le News of the World est sans doute la troisième grande crise de confiance des ces dernières années. D'abord les banques, puis les MPs expense, et maintenant les média.)
Cela fait un énorme scandale pour plusieurs raisons:
1. Les journalistes ont non seulement mis sur écoute les téléphones d'hommes politiques, de sportifs, ou de la famille royale, mais aussi ceux de victimes de crimes de pédophiles ou d'attaques terroristes.
2. L'ancien rédacteur en chef est aussi l'ancien conseiller du premier ministre David Cameron.
3. Rebekah Brooks, très proche de Rupert Murdoch et de David Cameron, et responsable du journal à l'époque des faits, garde son poste alors qu'environ 200 journalistes innocents se font virer.
4. News of The World est un journal vieux de plus de 168 ans, une véritable institution malgré son goût douteux. C'est aussi le journal le plus lu en Angleterre (et en Europe). Vous vous souvenez peut-être, je vous le présentais il y a quelques mois dans ma revue de presse:
News of the World (circulation: 2 812 005) est le “sister” newspaper du Sun et parait tous les dimanches, Surnommé ‘Screws of the World’ (Baises du Monde), il est surtout connu pour ses articles sur les ‘sex scandals’ des célébrités (et dernièrement le cash-for-access de Fergie), et pour son journaliste Mazher Mahmood, le ‘Fake Sheikh’, qui se déguise en émir pour gagner la confiance de ses cibles et révéler toutes sortes de scandales. Andy Coulson, ancien rédacteur-en-chef de News of the World, est ensuite devenu le chef des relations publiques pour le premier ministre David Cameron. www.newsoftheworld.co.uk
Le News of the World en 1843, en 1917 et en 2011 (le design est différent, mais le journal a toujours spécialisé dans des histoires à scandales, criminels ou sexuels, et ses lecteurs ont toujours été working class):

Pour vous faire une idée, cliquez ici pour une édition digitale récente du journal, avec Page 3 Girl et ragots compris bien entendu (il suffit de cliquer sur la une, puis de tourner les pages avec votre souris)
Murdoch a décidé de fermer ce journal très populaire et très lucratif (il le remplacera sans doute par le Sun on Sunday) même si les faits datent d'il y a cinq ans au moins, et que l'équipe en place actuellement n'est pas la même. Le journal a gagné quatre prix aux Press Awards, et organisé deux campagnes à succès: le Army covenant, de nouveaux droits pour les militaires (service de soins prioritaire, passes de bus gratuits, etc) qui ont risqué leur vie pour le UK, et Sarah's Law, une loi permettant aux parents de demander aux autorités l'identité des pédophiles vivants dans leur quartier.
Malgré ceci les lecteurs sont dégoutés, et cela sera intéressant de voir combien ont acheté le dernier numéro (dont les revenus – sans doute très maigres, puisque la plupart des compagnies ont décidé de le boycotter et de supprimer leur placements publicitaires – seront reversés à des oeuvres caritatives). À présent un un site web permet de vous tenir au courant de la situation professionnelle de Rebekah Brooks; les plus courageux dénoncent l'omerta des média sur le sujet des écoutes téléphoniques en expliquant que tous les journaux/hommes politiques sont mouillés jusqu'au cou; et même Hugh Grant s'y met (il explique ici comment il a piégé le journaliste du NOTW à son propre jeu).
Je vous laisse avec cette vidéo des Jam tournée à Battersea Power Station en 1978 et utilisée dans l'émission satirique Mock the Week. Leur chanson s'intitule... News of the World (les paroles sont ici – la méfiance envers les média, ça ne date pas d'hier):
Tous ensemble tous ensemble
Vous pensiez peut-être passer votre samedi à faire du shopping sur Oxford Street? Eh bien forget it! Aujourd'hui a lieu à Londres une énorme manifestation contre les coupes budgétaires du gouvernement de David Cameron, et la plus grande rue commerçante d'Europe est sur le point de se faire attaquer par une foule de mécontents.
Pour vous faire une idée de ces coupes budgétaires, qui touchent toute la population britannique d'une manière ou d'une autre, allez faire un tour sur la section 50 cuts du Guardian, qui explique comment les municipalités vont devoir faire des fausses économies en supprimant toutes sortes de services, des toilettes publiques près de la gare à Manchester aux logements sociaux en Cornouailles, des bibliothèques publiques de Londres au service d'aide aux victimes de viol à Glasgow.

Les manifestants d'Oxford Street feront partie du mouvement de gauche UK Uncut, qui se bat pour qu'une alternative au programme de coupes soit considérée par le gouvernement. À leur avis, le nouveau budget 'is not a blueprint for any mythical Big Society' (n'est pas un plan pour une Big Society – le grand projet de David Cameron – mythique) mais 'a recipe for a society that is smaller, colder and crueller' (une recette pour une société plus petite, plus froide et plus cruelle). Leur suggestion: Collect the tax dodged by the super rich and make the banks pay for the crisis they caused (Percevoir les impôts dûs par les super riches qui évadent leurs finances à l'étranger, et faire payer les banques pour la crise qu'elles ont causée.) C'est pourquoi des manifestants feront des sit-in dans les magasins de Boots ou Vodafone, qui paient très peu d'impôts au UK.

Photo: Demotix
Et ce n'est pas juste les jeunes de gauche qui vous empêcheront de magasiner en rond. Demain les rues seront pleines des usual suspects (suspects habituels): syndicalistes (entre 100,000 et 200,000), étudiants, journalistes et policiers. Mais il y aura aussi des grand-mères, des retraités, des jeunes parents et leurs enfants, et des docteurs. Vous trouverez un portrait de ces différents groupes de manifestants et de leurs raisons par ici.
Étant donné qu'au dernières manifs les bureaux des Conservateurs ont été envahis par les étudiants, que Charles et Camilla s'en sont pris plein la gueule, et que le gouvernement s'est fait critiquer pour sa technique violente de kettling, ça risque de chauffer. À présent même le Financial Times, la bible rose des businessmen, se met à critiquer les coupes budgétaires... (lire l'article en français ici).
Donc pour résumer, il sera impossible d'accéderà Oxford Street, les zones centrales et touristiques autour de Trafalgar Square seront bondées d'Anglais de très mauvaise humeur, et tout l'ouest de Londres près de la rivière sera envahi par des milliers de personnes venues prendre d'assaut les pubs avec vue sur la Tamise pour essayer de voir un petit bout de la fameuse Boat Race, la course d'aviron qui oppose les universités d'Oxford et de Cambridge depuis 1856.
Bon ben have a nice weekend alors!
Le UK et les révolutions arabes


Ces derniers temps au Royaume-Uni, le premier ministre et son gouvernement se sont pris quelques claques: la situation économique empire, les citoyens protestent contre les budgets cuts, gros plantage sur la vente des forêts, le scandale des écoutes du News of the World n'en finit plus... Mais le pire, c'est quand même la réponse du gouvernement face à la crise libyenne et les révolutions des pays arabes – ça ne vole pas vraiment plus haut qu'en France. Le résumé en quelques points:
1 En Tunisie
Après avoir ignoré la Tunisie pendant plus de 20 ans, le Royaume-Uni à été le premier pays à envoyer un représentant officiel après le départ de Ben Ali – le ministre des affaires étrangères, William Hague. Il a promis plus de $8 millions d'aide à la Tunisie et demandé au gouvernement intérim d'écouter les demandes de l'opposition. Difficile de voir dans cette visite plus qu'une tentative du UK de trouver un tout petit peu d'influence (et d'opportunités économiques) dans une région où le Royaume-Uni ne joue aucun rôle, et de faire un beau coup de communication. Ici, on dit que tout ça c'est juste du jaw-jaw (bla-bla), et que de toute façon personne n'écoute William Hague.
2 En Égypte
L'Égypte est une ancienne colonie britannique, il y a donc encore des liens très forts entre les deux pays. Par exemple, Tony Blair (le premier ministre qui a ignoré les 2 millions d'Anglais qui avaient manifesté contre sa politique en Iraq) passe souvent de belles vacances en famille à Sharm el-Sheik, dans une villa offerte par son ami Mubarak. Cette année Tony a du changer ses habitudes... Quand à David Cameron, il s'est lui aussi empressé de devenir le premier leader international à visiter Le Caire après la chute de Mubarak (décidemment!). Mais son petit discours sur l'importance de la démocracie et des droits de l'homme n'a pas vraiment été une grande réussite, car...
3 En Arabie Saoudite & au Bahrain
... Cameron était en fait en voyage d'affaires, organisé depuis belle lurette, avec les présidents de toutes les plus grandes compagnies d'armement britanniques. Le vrai but de ce voyage, c'était de refiler des avions de chasse, des balles en caoutchouc et des mitraillettes à de grandes démocraties comme l'Arabie Saoudite, le Qatar, Oman, le Kuwait et le Bahrain. Tiens d'ailleurs au Bahrain (un allié du UK depuis le début du 19ème siècle), les gaz lacrymogènes et balles utilisées contre les manifestants était sans doute d'origine britannique. Il y a aussi une énorme base militaire britannique, et le Royaume-Uni a tout intérêt à aider à maintenir le pouvoir en place.
4 En Libye
Les relations entre le Royaume-Uni et la Libye peuvent se résumer à l'attentat de Lockerbie, certainement commandité par Khaddafi pour se venger d'une attaque US sur Tripoli. Après avoir condamné à vie le responsable, Abdelbaset Ali Mohmed Al Megrahi, ils l'ont libéré et renvoyé vers la Libye il y a quelques mois pour raison médicale: il est atteint d'un cancer et n'a plus quelques mois à vivre. Cette décision a fait scandale, et beaucoup soupçonnent ici que le UK aurait eu peur des représailles de Khaddafi si Megrahi était mort en prison, ou aurait marchandé cette libération contre des avantages en pétrole. BP gère de nombreux puits de pétrole en Libye.
Maintenant, ce dont on parle ici c'est de la nullité de la réaction du gouvernement face à la crise. On remarque que la Belgique, un pays sans gouvernement, a réussi à rapatrier tout ses ressortissants, alors que le UK patouille. Le Royaume-Uni a attendu le dernier moment pour conseiller aux Britanniques de quitter le pays, et plus d'une centaine d'Anglais est encore coincée dans des camps pétroliers dans le désert. On rigole aussi de voir que le bateau qui a rapatrié une centaine de Brits de Benghazi à Malte, le HMS Cumberland, est un des bateaux que le gouvernement allait mettre à la casse cette année pour économiser des sous. Et pendant que Cameron faisait sa tournée du Moyen-Orient, le vice-premier ministre Nick Clegg était en vacances de ski à Davos, et a dit à un journaliste qu'il avait oublié que c'était à lui de diriger le pays...
Pour résumer: Cameron et son gouvernement sont en train d'apprendre les limites de la diplomatie basée sur l'effet de communication, et le poids des actions face aux beaux discours. Ils se sont aperçus un peu tard que l'on ne peut pas faire de grandes tirades sur la démocratie dans un pays et refiler des bombes à un dictateur dans un autre, ni assurer la sécurité de ses ressortissants en faisant des économies. Ou comme on dit par ici, you can't have your cake and eat it (on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre)!
ET AUSSI... Si l'histoire des Big Fat Gypsy Wedding vous a interressé, lisez cet article du Guardian sur la vie difficile des femmes gypsy
Bloody Sunday

En ces temps de révolution à l'étranger, et de manifestations au UK, je voudrais vous parler d'autres soulèvements populaires, d'autres jeunes gens révoltés. Eux aussi sont descendus dans la rue pour protester pacifiquement contre l'injustice et la pauvreté; eux aussi se sont heurtés à la violence de ceux au pouvoir. Des évènements pas tous si lointains dans l'histoire du Royaume-Uni.
En 1887, des ouvriers réclamant une amélioration de leurs conditions de vie et protestant contre la politique de répression en Irlande se font violemment disperser par la police montée sur Trafalgar Square – 3 morts, des centaines de blessés.
En 1920, durant la Guerre d'indépendance irlandaise, une journée de manifestations violentes à Dublin fait 30 morts, les forces britanniques tirant sur une foule de spectateurs de foot pour se venger de 14 des leurs assassinés par l'IRA.
Le 30 janvier 1972, 14 manifestants pacifiques (dont sept adolescents) se font tuer par l'armée britannique à Derry en Irlande du Nord. Ils réclamaient le respect des droits civiques et la fin de la discrimination envers les catholiques. Après ce massacre, les rangs de l'IRA se gonflèrent et l'armée britannique perdit toute crédibilité et fut perçue comme une force de répression.

Les trois évènements sont tous appelés Bloody Sunday, mais c'est celui de 1972, qui est commémoré aujourd'hui pour la dernière fois par des centaines d'habitants de Derry (les familles des victimes ayant annoncé qu'elles arrêterait la marche suite aux excuses officielles et à l'admission du massacre par le gouvernement britannique en juin dernier).
C'est aussi celui qui a inspiré le célèbre hit de U2, Sunday Bloody Sunday – un bon gros tube qui n'est peut être pas très fin mais qui a eu le mérite de rappeler ce moment de l'histoire du Royaume-Uni au monde entier, et de faire vibrer les stades du monde entiers dans les années 1980.
Sunday Bloody Sunday par U2 (1983)
I can't believe the news today / Je ne peux pas croire les infos aujourd'hui
Oh, I can't close my eyes and make it go away / Je peux pas fermer les yeux et tout faire disparaître
How long, how long must we sing this song? / Pendant combien de temps devrons-nous chanter cette chanson ?
How long? How long? / Combien de temps? Combien de temps ?
'Cause tonight we can be as one, tonight / Parce que ce soir, nous pourrions être unis
Broken bottles under children's feet / Des bouteilles brisées sous les pieds des enfants
Bodies strewn across the dead end streets / Des corps qui jonchent les rues sans issue
But I won't heed the battle call / Mais je n’écouterais pas le cri de guerre
It puts my back up, puts my back up against the wall / Il me met dos au mur, dos au mur
Sunday, Bloody Sunday (x3) / Dimanche, dimanche sanglant
And the battle's just begun / Et la bataille vient de commencer
There's many lost but tell me who has won / Beaucoup sont perdus, mais dites-moi qui a gagné
The trench is dug within our hearts / Une tranchée est creusée dans nos cœurs
And mothers, children, brothers, sisters torn apart / Et des mères, des frères et des sœurs déchirés
Sunday, Bloody Sunday (x2) / Dimanche, dimanche sanglant
How long, how long must we sing this song? /
Combien de temps, combien de temps devrons nous chanter cette chanson ?
How long? How long? 'Cause tonight we can be as one/
Combien de temps ? Ce soir, nous pouvons être unis
Tonight, tonight / Ce soir, ce soir
Sunday, Bloody Sunday (x2) / Dimanche, dimanche sanglant
Wipe the tears from your eyes / Sèche tes larmes
Wipe your tears away / Essuie tes larmes
Oh, wipe your tears away, Oh, wipe your tears away
Oh, wipe your blood shot eyes / Essuie tes yeux injectés de sang
Sunday, Bloody Sunday (x2) / Dimanche, dimanche sanglant
And it's true we are immune when fact is fiction and TV reality /
Et c'est vrai que nous sommes immunisés quand les faits sont de la fiction et la télé la réalité
And today the millions cry / Et aujourd'hui des millions pleurent
We eat and drink while tomorrow they die /
Nous mangeons et nous buvons tandis que demain ils mourront
The real battle just begun to claim the victory Jesus won on /
Pour clamer la victoire remportée par Jésus
Sunday, Bloody Sunday (x2) / Dimanche, dimanche sanglant
> Quelques photos du 30 janvier 1972
Secrets d'états et techniques policières
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Mais qu'est-ce que cette mystérieuse et menaçante bâtisse? Serait-ce une prison de carton pâte, construite pour le tournage du dernier Harry Potter? Un bagne sur une île écossaise, où l'on envoie les Britanniques qui refusent de manger des mince pies? Ou peut-être sont-ce les anciens bureaux de Margaret Thatcher?
Non, ça ne vous dit rien? Vous trouverez la réponse après cette jolie gravure, qui donne presque envie d'aller faire un tour dans le beau potager...
Il s'agit de Her Majesty's Prison Wandsworth, la plus grande prison du Royaume-Uni, construite en 1851 dans le sud-ouest de Londres, alors que les Britanniques ne savaient plus quoi faire de tous leurs criminels (l'Australie, où ils avaient pris l'habitude de les envoyer, commençait à être bien pleine). Ce magnifique exemple d'architecture Victorienne a très mauvaise réputation encore aujourd'hui, et accueille 1,664 prisonniers. Le plus connu d'entre eux, jusqu'à mercredi dernier, était le grand écrivain et dramaturge Oscar Wilde.
Vous l'avez deviné, la nouvelle star derrière les barreaux, c'est Julien Assange de Wikileaks. L'homme au nom de héros d'un roman de John Le Carré, défendeur du droit à l'information, ennemi numéro un des diplomates du monde entier, habitait ces dernières semaines à Londres au club de journalistes The Frontline Club près de Paddington. Il attend de savoir s'il va être extradé vers la Suède, où il est accusé d'agressions sexuelles. En attendant, les journaux continuent de publier de nouvelles informations sur les révélations de Wikileaks, dont vous pouvez lire les points forts en anglais sur le Guardian. Cet article de la BBC présente les informations de manière très claire, et cet autre article est intéressant aussi. Quand au Daily Mail, il s'intéresse de près aux Suédoises.
Ici on parle aussi beaucoup des attaques des hacktivists (de hacker + activistes) du groupe Anonymous, qui causent bien des problèmes à Visa et Mastercard (deux compagnies qui ont refusé de travailler avec Wikileaks, empêchant l'organisation de recevoir des donations). Cet éditorial du Guardian, montre bien les enjeux révélés par cette histoire fascinante.
Mais bien sûr, ce dont tous les Londoniens parlent vraiment cette semaine, c'est des émeutes à Westminster. Hier a été voté la hausse des frais de scolarités, contre laquelle défilaient les étudiants depuis plus d'un mois. Du coup, la tension est montée, le centre de Londres est devenu un champs de bataille, et Prince Charles et Camilla s'en sont même pris plein la figure.

Les étudiants se sont énervés, les policiers aussi. Et le mot sur toutes les lèvres des journalistes c'est kettling, cette méthode qui consiste à retenir les protestataires, serrés comme des sardines dans une zone de containment, avant de les laisser partir au compte-goutte pour faire baisser la pression, comme la vapeur qui s'échappe d'une bouilloire (kettle).
Pour résumer: les membres du parlement, qui ont tous été à l'université gratuitement (les fees ayant été votées par le Labour en 1998), ont décidé de faire payer les jeunes étudiants – et donc leur futur électorat – le double de ce qu'ils payaient déjà (lire les détails de l'affaire). Probablement un mauvais calcul politique sur le long terme donc...
> Très belles photos des manifs sur The Big Picture comme celle ci-dessous:
> Très bon article en français qui résume l'affaire Wikileaks et qui propose une traduction de l'éditorial du Guardian
> La video Wikileaks Samba, un hit sur youtube
Réactions aux mémoires de Tony Blair

Ou plutôt, j'aurais dû écrire réactions aux memwars de Tony Bliar.
Les memwars, le petit nom donné à l'autobiographie de Mr Blair, ça se prononce comme mémoires en anglais, sauf que ça fait allusion aux guerres (wars) d'Iraq et d'Afghanistan... Et Tony Bliar, c'est le surnom de Blair depuis très longtemps. Liar veut dire menteur en anglais, et nombreux sont ses anciens électeurs qui l'accusent d'avoir menti au sujet des armes de destructions massives de Saddam Hussein.
Blair a dû annuler pas mal de séances de signature de son livre (y compris la fête de lancement qui aurait dû avoir lieu à la Tate Modern à Londres) par crainte de trop grandes manifestations, comme celle de Dublin où environ 200 manifestants s'époumonaient sous la pluie (voir la vidéo). C'est vrai que des gens qui crient war criminal (criminel de guerre), ça fait un peu tache. Car plus que tout autre aspect de sa politique, c'est vraiment la question de ces deux guerres, déclarées contre l'avis du peuple et de l'ONU, qui ne passe pas chez les Britanniques.
En février 2003, j'ai eu la chance d'être à Londres lors d'une manifestation historique: environ 2 millions de personnes ont défilé en brandissant des pancartes du style: "Make tea not war" (Faites du thé pas la guerre). Des Shetlands aux Cornouailles, tout le pays (toute la planète en fait) a manifesté – en vain. Et c'est pour cela que beaucoup de Britanniques considèrent Blair comme étant "aussi pire" que la premier ministre la plus détestée du pays, Margaret Thatcher.
Même la BBC a présenté un sujet sur le livre aux nouvelles télévisées, avec un désinvolte: "Tony Blair's version of history". Ou sa version de l'Histoire par Tony Blair. C'est subtil, mais cela sous-entend quand même qu'il y a d'autres versions de l'Histoire, peut-être plus vraies. Quand aux journaux, beaucoup en ont profité pour annoncer que Tony Blair venait d'acheter cash une maison de trois chambres dans un quartier chic à presque £1 million de livres pour sa fille de 22 ans, étudiante en droit.
Pour le moment, le livre de Blair est numéro un des ventes en Angleterre, avec plus de 100,000 exemplaires vendus (les recettes du livres seront reversées à une association d'anciens combattants). Mais les opposants à l'ancien premier ministre ne se laissent pas abattre: comme vous avez pu le voir au tout début de ce message, ils ont trouvé un moyen subtil, drôle et légal de montrer leurs sentiments. Il s'agit d'un groupe facebook, Subversively move Tony Blair's memoirs to the crime section in book shops, qui a déjà plus de 11 000 membres
Déplacez subversivement les mémoires de Tony Blair dans la section "roman policier' des librairies
Description: Faites partie d'un mouvement littéraire. Littéralement.
Voici quelques photos de ce "mouvement" littéraire très futé: 


C'est vraiment dommage qu'en français, la section "Romans Policiers" ne sonne pas aussi bien que "True Crime"...
> Vous pouvez lire les extraits de A Journey de Tony Blair ici, voir un drôle de résumé ici, et
un autre plus sérieux ici (tous en anglais)


